Publié le 27 Février 2024

Quelle merveille ! Guirec Soudée nous raconte ses débuts de marin au grand large. Il a grandi sur l’unique maison d’une petite île bretonne, il est passionné de surf, paddle, pêche … Ses études arrêtées, il travaille dur pour rassembler suffisamment d’argent pour se payer un modeste bateau. Assez vite, il fait connaissance de Monique, et elle va l’accompagner tout au long de ses pérégrinations marines : le Cap Nord, les rugissants et le Cap Horn, quatre transatlantiques. Ah oui, Monique est une poule, non seulement elle lui donne des œufs, mais est aussi d’une bonne compagnie.

Guirec a vingt ans quand il part, son premier objectif est de traverser l’Atlantique. Dès qu’il a besoin de faire des réparations – et il y en a très souvent – il s’arrête, travaille jusqu’à pouvoir payer le matériel et les réparations s’il ne peut pas les faire tout seul. Au fur et à mesure, il décide de sa prochaine expédition, se trouver pris dans les glaces du Grand Nord par exemple. Il n’a pas de contrainte de temps. Il se connait très bien, recherche une forme de solitude et sa force mentale est impressionnante.

Ce livre est un résumé de toutes leurs aventures, des évènements plus ou moins dangereux, des rencontres, des descriptions de paysages et tout cela présenté avec beaucoup d’humour, ce qui allège les moments périlleux.

Un seul petit bémol pour ceux qui n’ont jamais fait de voile, Guirec utilise un vocabulaire technique, c’est ainsi !

Cette lecture fut une source de joie, de rires, c’est rare d’éprouver autant de plaisir à lire. J’aimerai lire plus souvent ce genre de livre, l’Aventure avec un grand A, racontée par une personne admirable à tous points de vue.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Document

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Publié le 22 Février 2024

De prime abord, ce roman a l’aspect d’un livre pour adolescent : la typographie du titre penche du côté du gothique. Mais c’est seulement une impression !

Nous sommes en Suisse, à Berne, à la fin du 18ème siècle. Une enfant se retrouve orpheline et se présente à l’hôpital où elle demande le docteur Curtius. On lui répond peu aimablement que le docteur demandé ne travaille pas dans l’établissement. Mais elle pourrait se rendre non loin de là, dans une rue sale et sombre. N’ayant pas d’autre solution, Marie va sonner à la porte indiquée. Un homme très étrange finit par ouvrir la porte et la reçoit. Il modèle pour la Faculté des viscères, des morceaux de chair humaine, elle devient son assistante.

Marie grandit auprès de cet homme bizarre, aux relations réduites au strict minimum et qui n’a qu’une seule passion dans sa vie : mouler dans la cire toute partie du corps humain nécessaire à la Science.

Leur destin est mêlé, ils n’ont que l’un et l’autre dans leur vie.

Voici le début de ce roman émaillé de nombreux schémas, comme si Marie – devenue plus tard Petite – nous les avait adressés pour compléter son récit à haute voix.

L’histoire nous amène à celle de la Révolution française, présentée de l’intérieur, la terreur avec un grand « T », la guerre civile, les retournements de situation.

J’ai littéralement dévoré ce roman étonnant, magnifiquement traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre et qui aurait demandé quinze ans à son auteur pour l’écrire … et le dessiner.

Je n’ai pas eu l’occasion de lire d’autre roman sur cette période très trouble de la Révolution française et de ce fait, ce roman revêt beaucoup d’intérêt. Le personnage principal est vraiment fascinant. Et on découvre pour finir qu’elle a vraiment vécu, qu’elle est très célèbre. Chut ! Lisez ce livre, il est exceptionnel.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 10 Février 2024

Jonathan Coe sait raconter les histoires, son style est fluide. Nous nous attachons peu à peu à Mary, sa famille, celle d’où elle vient, celle qu’elle construit avec son mari, leurs vacances, les ambitions des enfants. Tous ces faits sont mêlés de plus ou moins près à un événement qui a marqué l’histoire de l’Angleterre, le premier étant la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a ensuite le couronnement de la reine Elisabeth, la coupe du monde de football en 1966 … et d’autres encore jusqu’à la pandémie qui débute et clôt l’ouvrage.

Les personnages peu parfaits, les situations assez banales, apportent une humanité, une sorte de vérité à ce roman attachant.

Au cours du récit, Coe évoque des sujets de société, les émeutes avant le mariage de Charles et Diana, les difficultés avec le Parlement européen, et plus largement le nationalisme et le racisme.

Le mot qui vient à l’esprit en ayant définitivement refermé ce livre est la délicatesse. Elle est si bien employée pour exprimer et relater des situations difficiles.

A la toute fin, il y a un dialogue qui dénonce le besoin de tranquillité au prix de la souffrance des autres, c’est tout à fait remarquable et efficace.

Je recommande vivement à tous les amateurs du Royaume Uni et à ceux qui aiment les nuances.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 7 Février 2024

Panorama se déroule dans une drôle de ville : les maisons ont des parois transparentes, de telle sorte qu’on peut tout y voir, ou presque, de l’extérieur. C’est une volonté politique pour rassurer les gens, qui n’ont en principe rien à cacher. Seuls les quartiers de non-droit ne sont pas soumis à cette règle, et ne disposent pas par conséquent de l’intervention des forces de l’ordre. Tout le monde peut dénoncer tout le monde et surtout, les verdicts sont rendus par sondage public.

Impossible de ne pas songer à certaines émissions de télévision où le jugement est sans appel, soit-disant juste parce qu’émanant du peuple qui a toujours raison.

Cette histoire donne à réfléchir, si proche et si loin de nous.

Passée la moitié du livre, l’action prend de la vitesse et j’ai dévalé l’escalier, une après-midi pour finir cet alcool fort, d’autant que je rencontrais curieusement des difficultés à retenir les prénoms des personnages.

Ce roman est riche d’enseignements car en usant de cette science-fiction douce, on réalise que vouloir toujours plus de justice peut engendrer des dérives. La transparence poussée à l’extrême fait dérailler les gens. Ils ne peuvent pas éviter de penser aux autres, à ce que les autres pensent d’eux, c’est une sorte d’enfermement moral. Bien sûr, cette transparence fait écho aux réseaux sociaux. Elle empêche de vivre sa vie, en s’écoutant, sans se soucier des autres et la confiance en soi disparait au profit de la crainte de ne pas être conforme à ce que la société attend.

Au début de cette histoire, il est question d’une semaine de folie où toute la société s’est déchainée. Les gens ont fait justice eux-mêmes. Puis ils ont été amnistiés, parce qu’ils étaient trop nombreux. Un nouveau système s’est alors mis en place : le peuple juge, sans avocat pour le justiciable. La justice est précieuse, garde-fou de la société. Elle doit être choyée pour cette raison. Ce n’est sans doute pas le cas, elle souffre de manque de moyens.

Pour finir, l’intrigue est excellente, c’est un roman dérangeant dont le fond donne à réfléchir.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 6 Février 2024

En 1942, Julien Gracq enseignait à Angers et vivait en dehors de la ville. Il se rendait donc en car pour ses trajets à l’instar du narrateur qui passe quotidiennement devant une maison qui le fascine. Celle-ci est isolée, dans une sorte de bosquet, très à l’écart de la route et d’un style peu courant. Un jour, l’homme entreprend de voir de plus près l’édifice semblant abandonné. Là le récit prend corps, toute la poésie de l’écriture de Gracq se déploie en nous entrainant dans une végétation dense, un peu hostile, on s’y croirait. Tous les sens sont en éveil. Après moultes difficultés, l’homme contourne la maison et une surprise l’attend. La fin est un peu abrupte. Est-ce la raison pour laquelle cette histoire n’a été éditée qu’en 2023 et bien après le décès de l’auteur ?

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

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Publié le 3 Février 2024

Au sein d’une famille pauvre du fin fond de l’Amérique, il y a la drogue, l’alcool, l’enfant au milieu à la merci du copain grand costaud manipulateur. L’écriture est celle du garçon qui raconte, directe et sans fioritures.

Je me sens comme un voyeur en lisant le livre, j’ai l’impression de Kingsolver joue sur un registre si malsain que j’ai envie de savoir la suite … toujours pire que ce que je viens de surmonter.

J’ai arrêté la lecture après le premier tiers, et à onze ans, le héros a subi tant de situations cruelles que je n’ai pas envie d’en savoir plus. J’ai bondi parfois tant la violence est épouvantable.

Tout le monde va adorer ce roman – déjà prix Pulitzer – pour les raisons qui me font reculer. Ce fut le cas pour « American Darling » de Tallent. On pourrait dire « Vous vous en souviendrez pendant longtemps » … mais pas pour de bonnes raisons.

Nancy Huston a très bien décrit ce phénomène dans « Professeurs de désespoir » : plus c’est monstrueux, mieux c’est.

Il est certain qu’il y a nombre d’enfants maltraités mais ce récit n’est pas pour moi.

Je suis terriblement déçue car j’avais adoré « Les cochons au Paradis » et « Les yeux dans les arbres », livres que je considère comme les meilleurs romans que j’ai eu la chance de lire. Son précédent roman, « Des vies à découvert » m’avait laissée perplexe, je comptais sur celui-ci pour renouer avec cette auteure. Et c’est toujours si triste de ne pas réussir à terminer un livre.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 26 Janvier 2024

Luisella grandit dans une petite ville du Nord de l’Italie, au 19ème siècle. Sa beauté de petite fille est remarquée par un homme soi-disant propriétaire viticole. Les parents de la fillette de cinq ans sont pauvres et acceptent que Luisella parte avec un inconnu pour un avenir meilleur. L’homme la dépose chez Mona, une vieille femme qui va prendre soin d’elle dans sa masure éloignée de toute civilisation. Luisella grandit et se rebelle, demande à voir les vignes, d’autres horizons. Piqué, il la retire à Mona et l’emploie à transporter le fruit de ses vols opérés par les bandits sous sa coupe. Elle découvre la vie sur sa mule, vit toujours seule ou presque. Puis vient un jour où elle revoit Mona qui la vêt de beaux vêtements voyants. Luisella a pour mission de détrousser de jeunes gens riches lors d’une fête, en compagnie de son patron. La conscience de Luisella l’en empêche, c’est un choc pour elle de découvrir des gens qui mènent une autre vie, avec des perspectives, sans se corrompre. Elle prend sa liberté avec un immense courage. Son mentor est fait prisonnier, il la menace.

Voici le résumé du début de ce récit rondement mené, narré avec une belle langue, riche, singulière, qui porte cette histoire passionnante, et réelle, car Bertil Galland s’est inspiré d’un long poème écrit à la gloire de Luisella.

Le seul bémol à ce roman est parfois la sensation, ressentie dans la seconde partie, de lire un guide touristique tant les descriptions sont fournies et ralentissent alors le rythme.

C’est l’occasion de découvrir l’Italie avant son unité, les difficultés pour se rendre d’un endroit à l’autre, puis la découverte de la France de cette époque riche artistiquement.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature suisse

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Publié le 10 Janvier 2024

Ayant entendu à la radio une interview d’Ilaria Gaspari, je me suis précipitée pour acheter son essai. Il m’a fallu du temps et de la concentration pour déguster à petites bouchées ce livre qui commence en disant que la philosophie guérit les maux. Chaque chapitre est consacré à une émotion. Ilaria Gaspari n’hésite pas à puiser dans sa propre expérience pour alléger et illustrer en même temps ce qu’elle présente.

J’ai glané ici et là des idées. Certaines ont eu un écho tangible avec mes propres ressentis, d’autres ont été une véritable découverte.

Le postulat de départ est notre peur d’être comme les autres, de ressentir des émotions, les mêmes émotions. Or ressentir des émotions, c’est s’accepter, et en s’acceptant, on est capable de les affronter de face.

« Il est libérateur de dire : « J’ai peur du monde, et cette peur, je peux l’affronter ! » ».

Pour l’envie, elle cite Dante qui dit que l’envieux est affamé de vengeance et sa source inconfortable : le manque de confiance en soi.

Elle nous incite aussi « à sortir de la comptabilité des prix (et des punitions) pour mieux nous aimer, être aimés. »

La question « Suis-je heureux ? » doit être posée régulièrement. Si se poser cette question est douloureux, ce n’est pas grave. Le bonheur était une vocation pour les Grecs. Se poser la question est une bonne chose avant de s’apercevoir que le bonheur est parti, en garder le souvenir pour les jours de disette, garder l’espoir ainsi. Savoir en profiter pleinement et non, par exemple, tout prendre en photos, être là sans être là.

Socrate souligne l’importance d’être fidèle à soi-même, ce qui suppose de se connaître, comprendre qui l’on est. Être heureux, c’est réussir à vivre sans se trahir, ce qui est difficile.

« Je ne dois pas m’efforcer de retenir quoi que ce soit, mais me contenter d’être, être toujours ».

Le dernier chapitre aborde la gratitude, qui efface les dettes entre celui qui donne et celui qui reçoit. Elle cite Adorno « La seule relation de la conscience au bonheur est la gratitude ». Quand on a été éduqué dans une arithmétique de devoirs, de dettes, on ne peut s’adonner au bonheur. Il y a l’orgueil, la jalousie qui l’empêchent de survenir. « Comprise pleinement, la gratitude nous pousse vers la personne qui nous a apporté son aide ou vers la personne que nous avons aidée, parce que la reconnaissance concerne la relation entre le bénéficiaire et le bénéficiant ».

Il y a toutes ces frustrations liées à l’attente d’un geste, d’une récompense. Ne plus rien attendre libère sûrement et le cadeau reçu sans raison a encore plus de saveur dans ce cas.

Je ne pense pas avoir profité de tous ses enseignements, mais il est sûr que ce livre m’a donné une forme d’apaisement réjouissant, voire guéri quelques maux avec ses mots … Lire de la philosophie c’est faire un écho avec soi, mettre en résonnance ses idées avec celles des autres, en toute modestie. Cela demande un peu de courage d’expérimenter cet exercice rare, rechercher par exemple des définitions ou décrypter certaines citations de philosophes. C’est aussi un rendez-vous choisi avec un ou une amie qui donne à réfléchir.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Philosophie

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Publié le 9 Janvier 2024

Il y a quelques années, une copine de Pilate m’a dit en chuchotant que sa fille de 8 ans avait des problèmes. Puis elle s'arrêta, me jugeant de son regard planté tout droit dans les yeux : que pouvaient bien être ces problèmes ? La petite voyait des fantômes partout. Elle était constamment effrayée. Sa mère était désemparée et ne savait que faire. Bien des années après, une voisine me racontait la même chose à propos de son fils. J’étais encore plus intriguée et plus encore à l’écoute, il m’arrivait - très rarement – d’avoir l'impression de la présence de mon père défunt à mes côtés. Alors ce livre m'a attiré car c'est le sujet. Une maman meurt peu après avoir donné naissance à un petit Hadrien. Celui-ci la voit et voit d’autres morts. Cela envahit sa vie de petit garçon. Il est en colère car incompris. Son père va se battre pour trouver un moyen de vivre avec cela, vivre tout court.

Ce roman se lit tout seul, il y a quelques digressions mais c’est sans doute pour alléger le sujet abordé de manière très sensible.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 8 Janvier 2024

Voici la véritable histoire de Mokhtar né en Amérique dans une famille modeste de yéménites exilés. Il ne sait pas bien quoi faire de sa vie et découvre fortuitement que le café vient du Yémen. Il développe une passion telle qu'il va apprendre tout du café et son énergie folle va le conduire à rencontrer les quelques producteurs restants au Yémen. La culture du Qat a remplacé celle du café. Les rares producteurs de café sont pauvres : les intermédiaires ne leur font pas profiter des hausses de prix du café et sont très peu regardants sur la culture, le stockage, le tri et le transport des petites cerises rouges : le café.

La fin du livre est absolument haletante, inimaginable, digne des meilleurs livres d'aventures, et pourtant tout y est véridique.

C’est le troisième de Dave Eggers que je lis, avec toujours autant de plaisir. Son écriture a pour effet de donner l’impression d'écouter une histoire sensationnelle raconté par un ami proche.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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