Je me souviens ... suite, d'Hélène Peyceré

Publié le 26 Juin 2017

Plusieurs fois par semaine, madame de Souza venait faire le ménage. Ses vêtements sombres, son foulard sur ses cheveux noirs, contrastaient avec son éternel sourire, ses yeux verts magnifiques et j’aimais quand elle me prenait dans ses bras. Elle parlait doucement, avec un léger accent, tout était délicat chez elle. Je l’observais de loin, en train de passer un chiffon sur les meubles, se déplaçant avec grâce et tranquillité. Elle ne faisait pas de bruit, pas de conversation avec notre mère. Chaque année, elle rapportait une bouteille de Porto, pour le plus grand plaisir de papa. Je me demandais alors quel cadeau nous lui faisions. Mais c’était comme ça, c’était dans l’ordre des choses, elle était notre employée et elle nous faisait des cadeaux.

 

Une autre personne illuminait mon enfance : madame Davin. Cette femme travaillait déjà à la pharmacie lorsque celle-ci était celle de mon grand-père et elle y est restée lorsque la pharmacie a été reprise par mon père. Cette femme me paraissait immense, avec ses cheveux courts et frisés, des yeux plissés par son sourire, portant toujours une blouse blanche. Si elle traversait la cour pour aller dans la réserve et que nous nous y trouvions, elle ne manquait jamais de nous proposer l’avion, pour notre plus grande joie. Alors elle nous attrapait par les bras et tournoyait si fort que nous étions soulevées au niveau de sa poitrine. Elle riait encore plus fort lorsque nous lui réclamions de recommencer. Ainsi, la cour devenait très attrayante, rythmée par les venues de madame Davin. Le fond de la cour à gauche était recouvert de briques, dont la couleur me ravissait. Il y avait des petits murets qui faisaient des genres de séparation, lieu idéal pour des enfants pleines d’imagination.

 

Dominique était le champion pour nous amuser le plus sûrement. Faisant alors son service militaire à Rennes, il venait passer ses permissions à la maison. Notre oncle était non seulement la joie de vivre, mais il incarnait la liberté. Il disait des gros mots, riait fort et racontait des blagues. Ses préférées étaient celles de Coluche. Il nous chantait les chansons de Bobby Lapointe en roulant ses yeux bleus brillants. Je le vois encore en bas de l’escalier de la maison, nous appelant pour signaler son arrivée. Nous nous jetions aussitôt dans l’escalier en hurlant de plaisir, d’autant plus que sa venue était toujours une véritable surprise.

Il nous traitait toutes les trois de façon égale, avec beaucoup d’intérêt et une immense gentillesse. Je nous vois encore en tenue de danse, mises en scène par ses soins dans la cour. Cela pouvait durer toute une après-midi, nous n’avions jamais l’impression de le lasser ou de l’agacer. En tous cas, il ne nous faisait pas sentir que nous étions que des enfants, donc peu digne d’attention. Cela a créé entre nous un lien très fort, qui dure encore.

 

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

Repost 0
Commenter cet article