Le pont sur la Drina d'Ivo ANDRIĆ

Publié le 17 Février 2021

La Drina est une rivière qui sépare la Boznie-Herzégovine, la Serbie et le Monténégro. Le pont est le sujet de ce livre, et à cet endroit il n'est pas question du Monténégro. Le pont a été construit par un vizir turc au 16ème siècle. Les méthodes de recrutement des ouvriers étaient brutales, voir cruelles. Andric raconte toutes les péripéties diverses de la construction du pont, puis tous les évènements qui s'y déroulèrent. Où l'on découvre la puissance de l'empire Ottoman, puis comment celui-ci s'est désagrégé en quelques années alors qu'il régnait sur la vie de millions de gens pendant des siècles. L'invasion des autro-hongrois est stupéfiante, il n'y a aucune lutte armée, l'annexion est administrative, avec son cortège de règles, de mesures, de frénésie d'activité. Enfin, l'arrivée du chemin de fer ouvre les esprits de certains jeunes partis étudier et revenant avec des idées révolutionnaires, se confrontant avec ceux qui sont restés, sur fond de liberté et de consommation croissante. En ces lieux cohabitent de tout temps des musulmans, des chrétiens, des orthodoxes et des juifs. Les gens ont des origines géographiques diverses, les familles se déplacent au gré des invasions incessantes à cet endroit oscillant entre l'Orient et l'Occident.

 

La lecture peut se révéler un peu fastidieuse, difficile par manque de virgules qui oblige à relire les phrases. Andric prend tout son temps, n'hésite pas à répéter des faits, écriture d'une autre époque, où le lecteur était peu pressé. Mais il ne faut pas s'arrêter à ces désagréments. Ce livre nous présente une constellation de vies, avec leurs espoirs, leurs combats, leurs envies. Chaque personnage est intéressant et constitue à lui seul un petit roman. L'ensemble crée une mosaïque riche et variée.

Malheureusement, les états détestent les populations riches et variées, trop compliquées sans doute à assujetir. « Diviser pour régner » est la doctrine que les dirigeants ont appliqué à ce lieu maudit, où chacun méritait d'avoir sa place. Le poison s'est diffusé pendant tout le vingtième siècle. Ce livre est une leçon d'histoire, sur les difficultés rencontrées par ces gens qui n'ont pas envie de faire la guerre, ils ont envie de vivre gentiment, de leur labeur, voir les enfants grandir, des choix universels, en somme.

Andric a reçu le prix nobel de littérature quinze années après la parution en 1945 de ce roman. Il est peu connu car il ne voulait pas de publicité. Pour autant, ce livre est à classer avec « Vie et Destin » de Vassili Grossman, ces livres très éclairants qui abordent les conflits par la petite porte, celle des gens qui ont eu à les subir sans se sentir concernés.

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature serbe

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