Publié le 25 Décembre 2017

Comme neige au soleil est le genre de livre difficile à quitter, comme un ami avec qui on a vécu des événements fondateurs. Très aisé à lire, par son écriture fluide et classique, ce récit est lent sans jamais ennuyer. Il aurait pu être écrit à l’époque des faits, pendant la guerre de 14-18. 

 

Boyd tient en haleine son lecteur, les rebondissements sont excellents, imprévisibles à souhait. Il prend le temps de détailler les paysages, les maisons, les objets, que ce ce soit en Afrique ou en Angleterre. Cela permet de nous sentir proches des personnages, alors que nous n’avons vraiment rien en commun. Il y a un américain, entrepreneur à tout va, qui essaye toutes les cultures possibles dans sa ferme africaine. Sa femme, Matilda, suit tout ça de loin, le nez constamment plongé dans un livre. La famille anglaise est moins attachante; les deux fils sont pathétiques, l’un parce qu’il ne se fait pas confiance, l’autre parce qu’il ne sait pas ce qu’il veut dans la vie. Enfin, ll y a le couple allemand qui ne communique pas. La femme est très étonnante, elle est très moderne pour son époque.

 

La révélation du livre est l’incroyable  manque de préparation et d’organisation des combats. On a l’impression que la victoire ou la défaite tient à un fil. Les régiments sont composés de combattants qui ne parlent pas tous la même langue.

 

Je trouve la traduction du titre malheureuse car il s’agit en anglais, langue du livre, d’ « Ice-cream war » et cela donne un autre sens, ce sont des enfants qui combattent, leur vie n’est pas faite pour la plupart d’entre eux. Ils ne savent pas ce qu’ils manquent mais ils découvrent en accéléré les horreurs de la vie. Ils ont assez de candeur et ne sont pas assez désabusés pour garder toute leur foi, leur énergie pour surmonter les épreuves.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 22 Décembre 2017

Le soir vient tout doucement, la lumière disparaît derrière les lourdes tentures de velours. Une lampe, posée sur la commode, éclaire faiblement le salon. Autour de cette lampe recouverte d’un abat-jour vert amande, sont disposées des photos de famille, dans des cadres dorés. La pièce est remplie de meubles anciens, de fauteuils revêtus de tissus épais aux motifs de fleurs. Le papier peint est beige uni. Les murs sont recouverts de nombreuses gravures, un miroir est accroché au-dessus du piano. Sur celui-ci, une partition attend d’être exécutée. Laurence aime l’idée de prendre des cours de piano, la professeur est si sympathique, elle peut lui parler de tout pendant des heures. Elle ne travaille pas trop souvent, pour garder cette sensation de liberté peut-être.

Elle feuillette un catalogue de laines par correspondance. Son visage est penché de côté, les cheveux noués en une stricte queue de cheval, identique à celle qu’elle portait collégienne. Les yeux sont maquillés de noir, ses lunettes, noires également, sont simples. La tenue est stricte : un gilet rouge, une jupe beige et des chaussures noires. Seul un petit foulard attaché autour du cou apporte une fantaisie.

Elle examine les modèles un par un, élimine d’emblée les plus compliqués, tout comme ceux ressemblant à ceux commencés, rangés là-haut dans l’armoire de la chambre de Lise. Il faut choisir avant ce soir pour utiliser le code promotionnel.

Les informations à la télévision attirent son attention, il est question de migrants, des enfants  à la mine hébétée, des adultes qui pleurent épuisés. Le commentaire du journaliste est toujours le même; comment continuer à parler d’une tragédie qui dure depuis des mois ?

Le film va bientôt commencer, le repas doit être préparé maintenant. Dans la cuisine, des revues trônent en tas sur le plan de travail, sur la table de la cuisine, et n’y trouvant plus de place jonchent le sol. Il arrive qu’elle achète la même revue deux fois, parce qu’elle en prend toujours beaucoup. Elle parcourt les pages, rêve de ces décors, de ces jardins parfaits.

Au milieu de la pièce, un énorme tas de linge attend sur la table à repasser. Des théières de toutes sortes, pots en faïence chinés, pots en céramique, de toutes les couleurs, toutes les tailles, recouvrent le haut des placards. Il reste peu de place près de l’évier pour un plateau. Elle y place une assiette, dépose une endive, une petite tranche de jambon et un morceau de pain. Elle ajoute un verre d’eau, un yaourt nature et des couverts. Pas de gras, pas de sucre. Laurence ne s’accorde plus d’écarts, pour garder cette silhouette de jeune fille dont elle est si fière. 

Qui peut savoir les efforts qu’elle fait ? Qui s’en rend compte ? Elle pense à Solène qui se plaignait cet après-midi pendant qu’elles pédalaient sur leurs vélos avec Valérie. Solène parle toujours haut et fort, comme si elle n’arrivait pas à se faire entendre. Solène se demandait si les autres s’interrogent sur sa vie, comment elle la remplit désormais, puisqu’elle ne travaille plus. De fait, elle ne gagne pas d’argent et dépend de son mari. Elle n’est plus rien. Elle s’imagine que les autres la voient faire du tricot ou du vélo tous les jours. Elle enrage encore plus en se disant que les autres ne se posent même pas la question de ce qu’elle peut faire du matin au soir. Elle dit se sentir transparente socialement, et pense que son opinion n’a plus d’importance. Sans compter cette journaliste entendue ce matin à la radio qui stigmatisait les femmes au foyer diplômées en les comparant à des femmes entretenues. « Pourquoi pas putains ? Ce serait plus clair comme ça … » s’est mise à crier Solène. Pourtant elle devrait s’y faire depuis toutes ces années où elle ne  va plus travailler. Elle en a assez de justifier le fait qu’elle a dû arrêter un excellent travail. Les gens ne voient que ce qu’elle est désormais. Une pauvre fille préoccupée de son intérieur, des études de ses enfants et du bien-être de son mari. Elle se sent pathétique aussi bien quand elle évoque son passé professionnel que sa vie actuelle.

Laurence est lasse de ces discussions interminables sur la place de la femme au foyer dans notre société. Solène n’est pas facile à supporter, son mari ne doit pas s’amuser tous les jours. Quand il y a des dîners chez eux, il prépare les desserts et range la vaisselle. Solène a de la chance tout de même. Pourquoi toujours revenir à ce sujet ? Pourquoi ne pas parler des enfants, de leur venue le week-end, des menus ? Ou des histoires de famille ? Pourquoi ces revendications perpétuelles ? Et puis Solène propose toujours de marcher dans la forêt, où les chaussures se salissent si vite. Autant marcher sur cette ancienne voie ferrée sur laquelle elles font aussi du vélo : c’est tout droit, lisse, les montées et descentes sont tellement faibles qu’elle ne les ressent pas. Elle a encore le souvenir du dîner chez Solène. Elle était toute excitée et inquiète en même temps. D’ailleurs cela lui avait provoqué une terrible migraine qui l’avait empêchée de boire la moindre goutte de vin. Elle a picoré dans son assiette les mets gras et sucrés. Inutile de gâcher ses efforts quotidiens en un soir. Elle aime cultiver cette image de femme qui ne se laisse jamais aller.

Le plus gênant fut cette fois où Solène, lors d’une journée de forte chaleur, lui a dit de venir se baigner dans sa piscine. Comment lui répondre qu’elle ne s’était plus baignée depuis trente ans ?

Elle s’assied devant le poste de télévision quand la sonnette retentit. Elle n’attend personne. Son mari est en déplacement, les enfants ne sont plus à la maison. Sa voisine a peut-être besoin d’un oeuf, ou de lait, cela arrive de temps à autre. Encore pire, cela pourrait être des colporteurs du soir, ceux qui se présentent comme employés du gaz et viennent pour la révision des tarifs. Impossible d’être tranquille. Elle va leur répondre qu’elle n’a pas le temps. En attendant, il faut voir qui cela peut être. Elle regarde discrètement par la fenêtre mais la nuit l’empêche de distinguer quoi que ce soit. L’envie de savoir est trop forte, elle ouvre la porte d’entrée. Une jeune fille est devant elle. Elle est petite, mince, ses vêtements ont l’air sales et usés. Elle grelotte de froid, elle ne sait pas comment commencer.

« Bonjour !

- bonjour madame,

- c’est pour quoi ?

- euh…

- bonjour mademoiselle, qu’est-ce que vous voulez ?

- est-ce que vous savez où nous sommes ici ?

- vous êtes chez moi !

- non, nous sommes où ? quelle ville ?

- eh bien nous sommes à Noyen, Noyen sur Sarthe.

- et c’est loin, Rennes ?

- oh oui, vous n’y êtes pas du tout !

- j’ai marché depuis tôt ce matin et je me suis perdue.

- entrez donc un peu.

- non, je ne peux pas, je dois encore marcher.

-non, il fait nuit et vous ne pouvez pas continuer ainsi.

- je voulais juste savoir comment repartir, par où aller.

- eh bien je vous le dirai plus tard, pour le moment, entrez.

- bon alors d’accord.

- enlevez vos chaussures s’il vous plait ».

La jeune femme retire ses chaussures, la fatigue lui fait perdre l’équilibre, elle se rattrape au porte-parapluie. Il y a tout autour des cageots plein de fleurs attendant d’être plantées, une partie d’entre elles finiront de pourrir à la déchetterie. Laurence s’en moque, elle a tant de plaisir à acheter les fleurs. Du reste, il est difficile de trouver une place dans le jardin devenu au fil des années une  charmante jungle.

La jeune femme sent immédiatement la chaleur de la maison et est surprise par l’accumulation de papiers entassés sur la commode de l’entrée. Parmi les enveloppes à moitié ouvertes, se trouvent des clefs, des pièces de monnaie, des tickets de réduction. Les pieds sont visibles dans les chaussettes trouées et humides.

Laurence les voit et ne sait pas quoi faire, lui proposer des chaussons ? Elle n’a certainement pas pris de bain depuis un moment vu l’odeur qui règne dans le vestibule.

« Je vous prête ces chaussons » dit-elle en lui tendant ses chaussons de rechange. Elle ne s’en sert jamais. Une immense chaleur parcourt le corps de la jeune fille. 

« Quel âge avez-vous ? Qu’est-ce que vous faites sur les routes, seule, à une heure pareille ? »

Elle garde les yeux baissés, fixés sur les chaussons, elle n’en a jamais porté de si beaux, de si confortables, puis se décide à les enfiler.

« Vous vous appelez comment ? »

Elle semble s’affaisser doucement sur elle-même, comme si elle allait tomber.

« Voulez-vous venir vous asseoir dans la cuisine ? »

Elle suit Laurence les yeux rivés au sol, comme pour éviter de remarquer les tableaux au mur, les meubles.

Laurence lui tend une chaise et la jeune femme s’assied, tout doucement. Elle tient ses mains sur les genoux, les larmes sont proches.

« Voulez-vous une tasse de thé chaud ? Cela vous ferait du bien je pense ». Elle ne répond pas, elle est anéantie, elle ne sait plus pourquoi elle a sonné à cette porte. La fatigue l’envahit si puissamment qu’elle n’a pas la force de répondre. Elle n’a qu’une envie, s’allonger là, par terre, et s’endormir aussitôt. Mais l’autre ne la laisse pas en repos. Elle veut savoir qui elle est.

« Je m’appelle Samira, je suis une réfugiée, je veux retrouver les miens, nous sommes tous dispersés. 

- réfugiée ?

- oui, de Syrie

- oh la la, quelle histoire … »

Laurence ne sait plus quoi dire, elle se précipite vers la bouilloire et la remplit d’eau. Elle cherche le thé, prend une tasse. Elle s’excuse du bazar de la cuisine. 

« Vous parlez drôlement bien le français, à part un petit accent, c’est incroyable.

- merci, c’est gentil, j’étais étudiante en français il y a quelques années à Damas.

- alors vous ne faites vraiment pas votre âge ! »

Laurence réalise la futilité de sa remarque quand elle observe cette femme, toute sale et exténuée, assise dans sa cuisine. Il y a cinq minutes à peine, elle s’apprêtait à manger son plateau-repas devant le film et voilà qu’il y a une intruse maintenant. Enfin, c’est bien sa faute, elle n’aurait pas dû répondre. Mais qu’est-ce qu’elle dit maintenant ?

« est-ce que vous auriez quelque chose à manger ?

- oui, bien sûr, qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? »

Depuis combien de temps, a-t-elle eu la possibilité d’avoir du plaisir ? 

« n’importe quoi me ferait plaisir

- oui, évidemment, suis-je bête ».

Laurence verse l’eau bouillante dans la tasse, tend le sucre et une cuillère à la jeune femme. Elle cherche ce qu’elle va bien pouvoir préparer, il n’y a presque rien dans le frigo. 

« J’ai une tranche de jambon et une endive, je vous fais cuire des pâtes avec, ce sera parfait ».

Elle se précipite dans le salon pour reprendre le plateau, revient dans la cuisine et met le plateau près de l’évier. Elle s’excuse à nouveau pour le désordre et s’empresse de retirer les magazines de la table. Elle fait chauffer de l’eau ensuite pour les pâtes et pose le plateau devant Samira. Celle-ci boit à toutes petites gorgées le thé chaud.

« Merci infiniment, c’est délicieux ». Laurence est submergée par la gratitude, quel bonheur de recevoir ce remerciement. Elle cherche encore ce qu’elle pourrait proposer à manger. Samira doit être affamée, c’est évident.

Elle découpe très lentement l’endive et porte les morceaux à sa bouche. Elle prend des petites bouchées de pain et les mastique longuement. Un grand silence s’est installé. Laurence ne bouge plus, elle attend que l’eau soit prête pour les pâtes, c’est tout ce qui compte à présent. 

« oh là là, excusez moi, je vois que vous ne mangez pas de jambon, mais je n’ai pas réalisé que cela est interdit par votre religion, je suis désolée, c’est ce que je devais manger ce soir … je vais vous préparer des oeufs, un ou deux ?

- merci, c’est gentil, j’en veux bien un s’il vous plait ».

Samira est penchée sur son assiette, elle est gênée et heureuse. Elle déguste paisiblement le pain, mâche les morceaux d’endive. Elle ne se souvient pas du goût de ce légume. Est-ce qu’il y en avait chez elle, en Syrie ? C’est si loin tout ça, et surtout si douloureux qu’elle préfère ne pas s’en souvenir du tout.

« Allez, les oeufs sont prêts, je vous change votre assiette, vous allez vous régaler ».

Samira se sent mal à la vue des deux oeufs, c’est déjà trop. Elle prend son temps, découpe l’oeuf tout doucement.

Laurence regarde son invitée, surveille les pâtes, c’est moins bon quand elles sont trop cuites. Que dire à cette femme ? lui proposer de rester dormir ? dans ce cas, peut-être lui suggérer un bain, et du coup, lui prêter des vêtements, ou encore mieux, lui en donner ?

Samira semble lutter pour rester assise.

« Voulez-vous vous coucher un peu maintenant ? ». Tant pis pour les pâtes et les oeufs auxquels elle a à peine touché. Tant pis pour les habits dégoûtants et la crasse de cette malheureuse. Elle l’aide à monter les marches et la conduit jusqu’à la chambre d’amis. Elle vérifie qu’il y a assez de couvertures et mets le chauffage dans la pièce. La jeune femme proteste un peu puis demande à se rendre aux toilettes. Laurence sort une serviette et lui montre la salle de bains.

« Vous pourrez vous laver aussi, si vous voulez. »

Samira ne sait plus si elle rêve tout ça. C’est incroyable. Il y a vingt minutes, elle luttait pour avancer et son estomac la tenait éveillée. Maintenant elle va pouvoir s’allonger, au chaud, dans un vrai lit, à l’aspect douillet, entourée de coussins ravissants, et l’estomac plein.

« Bonne nuit Samira, je suis là en bas, si vous avez besoin de moi. Je monterai toute à l’heure.

- Bonne nuit, madame, je vous suis tellement reconnaissante, vous ne pouvez pas savoir ».

Laurence redescend les escaliers, éteint la télévision pour ne pas faire de bruit. Elle retourne à la cuisine, mange quelques pâtes tièdes.

Le téléphone se met à sonner. « Bonsoir ma chérie, tout va bien ?

- oui, et toi ?

- oui, je pense rentrer demain finalement

- ah bon, tu auras fini ?

- oui, je vais me dépêcher de régler tout ça pour être plus vite à la maison

- eh bien parfait, alors je t’attends. Tu me diras à quelle heure tu reviens quand tu le sauras, d’accord ?

- d’accord, bonne nuit ma chérie

- merci, bonne nuit, bisous ».

Elle a raccroché, met le téléphone en silencieux, revient au salon et ouvre son magazine.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 20 Décembre 2017

Franz-Olivier Giesbert nous révèle dans ce livre sa terrible enfance, ses traumatismes. Son père est américain, il est arrivé en France lors du débarquement de Normandie à la fin de la seconde guerre mondiale. Sa mère est professeur de philosophie. Ils vivent à la campagne, modestement. Le père est violent, il bat sa femme et ses enfants.

Quelle énergie, quelle auto-dérision ! Il arrive même à nous faire rire. FOG a le culot des désespérés ou des innocents : il écrit à Giacometti qu'il va lui rendre visite la semaine suivante. Il a surtout une force et un courage énorme pour s'en sortir, appuyé en cela par l'amour de sa mère. Il puise aussi sa vigueur dans la nature qui l'entoure. Il écrit beaucoup et plagie sans vergogne ses écrivains favoris. 

Le centre du livre est le pardon qu'il n'a pas pu donner de son vivant à ce terrible père et qu'il regrette de ne pas avoir réussi à donner.

Ce récit fait du bien, fait avancer, grandir. Quelle leçon, donnée avec beaucoup de classe et d'humour. Elle donne envie d'être meilleur et fait comprendre que finalement, le secret, c'est de pardonner et de s'effacer, effacer ses rancoeurs, pour avancer encore.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 20 Décembre 2017

Ce livre nous raconte trois histoires de femmes subissant l'écrasante folie de leur entourage.

Ce sont des destins tragiques et bien compliqués. La première femme est victime de son besoin d'amour filial, d'être reconnue par son père. La deuxième est victime de ses illusions et de sa confiance, la dernière est victime de son abyssale ignorance.

J'avoue être dérangée par cette noirceur, est-ce pour nous rappeler notre belle condition de femme occidentale ? est-ce pour nous désespérer en pensant qu'il ne peut en être autrement pour ces femmes ?

Pourquoi le titre de ce livre ? Trop de questions pour ce prix Goncourt 2009.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 20 Décembre 2017

C'est l'histoire d'un hollandais marié à une anglaise. Ils renoncent à rester  ensemble après le 11 septembre 2001 à New-York où ils vivent avec leur petit garçon.

Il rencontre alors un personnage très différent de lui, se sent attiré par cette différence et lui fait confiance .... jusqu'à ce qu'il réalise que l'autre l'utilise dans ses transactions louches.

Le héros, très déçu, décide d'aller à Londres y retrouver sa famille. Or sa femme n'a plus envie d'être avec lui, elle est partie avec un autre ... qui la décevra.

Ils se retrouvent tous, sans colère, sans rancoeurs, apaisés et respectueux l'un de l'autre, de leurs errances.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 20 Décembre 2017

C'est un récit autobiographique. A.M. Homes a toujours su qu'elle avait été adoptée. Alors qu'elle est adulte, écrivain assez connue, sa mère biologique souhaite prendre contact avec elle. Elle cède à la curiosité car elle a toujours eu envie de la connaitre.

La rencontre a lieu et les désillusions viennent. La mère lui raconte, en partie, sa pitoyable histoire. Est-ce pour que sa fille l'adopte ? Elle le voudrait bien en tous cas.

L'auteur se révolte peu à peu et comprend au fil du temps que sa famille adoptive - très austère - lui a apporté bien plus que ce que n'auraient pu faire ses parents biologiques.

Ensuite elle fait la connaissance du père. Celui-ci est une grande figure de lâcheté et ne traite pas sa fille comme telle mais comme une maîtresse désavouée.

Ce terrible livre se dévore non seulement pour son histoire mais parce qu'il est très bien écrit.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 17 Décembre 2017

Ce récit est une plongée dans un village catalan perdu au fin fond des montagnes pendant et après le franquisme. Il décrit le lien entre le franquisme et la religion, ses dérives pour l’enrichissement personnel de quelques-uns, son manque de morale, son aveuglement. Les vengeances et les haines sont entretenues continuellement. 

Ce livre a été une vraie surprise car j’ai dû m’accrocher véritablement pendant les 150 premières pages pour surmonter une écriture qui mêle, dans la même phrase différents personnages et différentes époques. A cela s’ajoutent des descriptions d’arbres généalogiques pour parler d’un personnage et répétées à chaque fois que le personnage est cité. Cela rappelle les psaumes récités à l’église, le besoin de rappeler l’origine des gens, leurs familles. Car le poids des inimitiés entre familles est lourd, c’est une charge pour les générations. Chacun doit tenir son rôle : être républicain ou franquiste n’est pas le fruit d’un choix, c’est une obligation. Le franquiste est pour l’Espagne. Le républicain est pour la Catalogne. Le franquiste est riche et pieux, le républicain pauvre et communiste. C’est très intéressant de découvrir à quel point les gens sont déterminés dans ce contexte. Leurs haines et leurs alliances sont claires. Cela peut durer éternellement puisque les gens sont là pour toujours, ils ne changent pas de lieu.

Seul le héros est à la lisière des deux camps. Il n’est pas du village. Il ne veut pas choisir, par lâcheté, parce qu’il n’est ni riche ni pauvre, c’est juste une âme qui se pense par elle-même, loin des règles, c’est un artiste.

Il attire tout le monde et pourtant, il sera bien seul dès lors que sa femme s’enfuit, lui reprochant de ne pas choisir fermement le camp des républicains.

Elisenda est un personnage féminin fascinant : elle est seule pour affronter un monde d’hommes et est éduquée par des bonnes soeurs qui n’y connaissent rien. Tina est l’autre personnage féminin du livre. Elle fait face à tout avec candeur. Elle se raccroche à une histoire qui n’est pas la sienne pour se donner une chance de réussir quelque chose dans sa vie.

Alors le lecteur finit par oublier le labyrinthe dans lequel Cabré l’entraine, il se laisse faire par cette sombre histoire de pouvoir, d’argent et de sexe, histoire captivante sans être glauque pourtant.

Toute la profusion de détails est là pour ensevelir les idées, il faut juste passer rapidement. Le récit s’éclaircit au fur et à mesure, les secrets, les enchevêtrements apparaissent, au rythme des découvertes de Tina. Elle avance avec naïveté, elle n’a rien à perdre car elle a le sentiment d’avoir déjà tout perdu.

Encore une histoire extrêmement humaine où l’auteur nous montre à quel point les événements ne tiennent qu’à un fil, où tout peut basculer à cause d’un café arrosé. A plusieurs reprises, les personnages font les frais de ces moments a priori anodins. Ils ont beau vouloir tout contrôler, ils ne peuvent pas y arriver. A cela s’ajoutent les erreurs de jugement.

 

Ce livre impressionne littéralement, à condition de céder aux exigences narratives de l’auteur.  C’est une immersion dans un univers violent et cruel, avec en toile de fond de belles montagnes et des personnages qui ne demandent qu’à être aimés finalement.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature espagnole

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Publié le 16 Décembre 2017

Ce livre percutant relate les faits historiques en Allemagne entre 1937 et 1938 sous un jour anodin, avec des détails vains et inutiles, nous sommes si habitués à ne pas avoir de détails qu’on en déduit que c’est vain et inutile, c’est certain. Nous sommes si confiants. C’est le problème.

Eric Vuillard nous raconte pour la énième fois l’Anschluss et le traité de Munich qui vont conduire l’Europe puis le monde entier à sa perte. Et son tour de force est d’en faire une histoire neuve, neuve de ces détails qui n’en sont pas en réalité. Ils éclairent l’histoire autrement et c’est glaçant. Pourquoi ? Parce qu’elle met à jour toutes ces petites mesquineries, ces petites lâchetés qui nous mènent à accepter l’inacceptable, à capituler sans protester. Parce qu’il aurait été possible, avec plus de courage et de clairvoyance, d’enrayer la folie d’Hitler. Parce qu’il est impossible de ne pas lire ce livre sans faire écho à notre histoire actuelle, sans se dire que l’histoire raconte ce qu’elle veut bien raconter et de la façon qu’elle veut bien raconter.

Par exemple, les seules images des allemands arrivant à Vienne viennent toutes de la propagande de Goebbels. Elles ont formé notre jugement puisqu’il n’en existe pas d’autres. Or cette arrivée fut calamiteuse, puisque l’armée allemande a eu une énorme panne.

Le portrait de Goëring est non seulement effrayant mais rappelle celui qui pourrait être fait du président actuel des Etats Unis, immature et conscient de sa puissance en même temps, et tellement grossier. Comment en arrive-t-on à se retrouver à négocier avec quelqu’un d’aussi dérangé ? Eh bien parce que les principes s’estompent par manque de courage.

Il y a aussi l’idée que ce sont les entrepreneurs qui mènent la danse, qui veulent la stabilité pour mener à bien leurs opérations et rassurer les investisseurs, sans que la morale entre en ligne de compte, et surtout continuer leurs affaires à n’importe quel prix. Par exemple, exploiter les juifs dans les camps … Aujourd’hui c’est le fleuron de l’industrie française qui pactise avec Daech. L’histoire n’en finit pas de se répéter.

Eric Vuillard dénonce non seulement les arrangements avec la morale pendant cette période mais aussi après. Quand les juifs exploités réclament aux industriels allemands un dédommagement,  celui-ci est donné avec réticence et surtout pingrerie. Et parfois il n’y a jamais eu de morale, comme ces nazis riant de leurs tromperies lors de leur procès à Nuremberg. Même face à leurs victimes, ils ont la désinvolture monstrueuse.

Ce petit ouvrage édifiant est d’une densité incroyable, efficace pour se poser beaucoup de questions nécessaires. Le rappel des faits, avec cette manière nouvelle, est salutaire, et remet à neuf des événements pourtant retracés maintes fois. Ce serait formidable de reprendre toute l’histoire de cette façon.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 11 Décembre 2017

Livre magnifique sur l'esclavage et l'impossibilité pour les esclaves d'avoir des relations humaines, même au sein de leur propre famille. La déshumanisation de ces êtres est très bien rendue.

Même si les conditions de l'esclavage sont connues, elles sont révélées par bien des aspects au travers de cette histoire d'âmes perdues et violentes à cause de ces règles de vie déshumanisantes.

La question à se poser, après avoir refermé ce livre est la suivante : comment a-t-on pu s'en sortir ?

Toni Morrison use dans ce livre de stratagèmes littéraires pour troubler le lecteur : chaque chapitre est la voix d'un des personnages et elle nous laisse dans le doute pendant quelques phrases, les évènements ne se suivent pas forcément. Cela peut irriter mais c'est efficace pour faire encore plus réfléchir sur les répétitions de l'histoire ou les similitudes entre des personnages de conditions différentes.

Enfin, c'est frappant de constater à quel point il n'y avait à cette époque d'esclavage, aucune loi à laquelle se référer, aucune justice possible, sauf celle de la loi du plus fort et celle des armes.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 8 Décembre 2017

Ce livre relate la correspondance entre Juliet, son éditeur, sa meilleure amie et des habitants de Guernesey, avant tout amateurs de littérature, juste après la seconde guerre mondiale. Juliet est écrivain, très drôle, pleine de vie, d'énergie. Ce sont des témoignages, des tranches de vie relatives à la guerre, pleins d'espoir, de bienveillance, d'humour et de délicatesse.

C'est tellement sympathique qu'on rêve de rencontrer les protagonistes de cette histoire, et mieux encore, de devenir leur amie.

L'histoire est forte et profonde, elle se lit avec une grande facilité et donne à réfléchir. Les descriptions sont magnifiques; la mer, le port, les maisons, tout est superbe. Il ne reste plus qu'à aller à Guernesey.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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