Publié le 28 Janvier 2018

Cet essai met en lumière les changements de la société japonaise suite à l’introduction des progrès techniques, inventés par les occidentaux. L’auteur s’interroge tout d’abord sur le point suivant : est-ce que si le Japon était resté isolé du monde, les techniques découvertes par les nippons auraient été différentes de celles qui leur ont été apportées ? Partant de là, Tanizaki pose son regard plus particulièrement sur la maison, l’éclairage, les objets usuels, le théâtre traditionnel comme le Kabuki et le Nô.

Il fait alors l’éloge de l’ombre, l’électricité étant usitée sans compter, pour montrer la beauté des contours, l’intemporalité des lieux … sans jamais ennuyer le lecteur, comme si il s’agissait d’une conversation, avec ses tours et détours. Par exemple, il fait part de ses émotions quand il découvre les mains d’un acteur sur une scène traditionnelle et ne s’explique pas en quoi ces mains sont manifestement beaucoup plus belles que les siennes. 

Ce livre est un petit bijou de finesse, de sensibilité au sens propre, qui s’attache à ces infimes détails que nous ne regardons jamais et qui pourtant nous partagent, nous les Occidentaux des Orientaux. Il prend le temps d’observer nos différences de culture et de chercher à les élucider, sans pour autant prétendre à une vérité. Or c’est là que le livre prend toute sa dimension humaine, Tanizaki nous semble extrêmement proche, alors qu’il est japonais, a écrit son livre au début des années 1930. De plus, il nous enseigne sur le mode de vie d’un intellectuel japonais de cette époque. Par exemple, il décrit le soin qu’il apporte au choix du lieu où il va passer la fête de la lune avec des amis. On aimerait en être aussi pour partager le pique-nique sur une barque la nuit.

La traduction de René Sieffert est limpide, de très beaux mots portent ce texte rare et précieux.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature japonaise

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Publié le 23 Janvier 2018

Le huitième envoyé est une histoire extrêmement originale, amusante et philosophique.

Le point de départ est le suivant : un homme jeune, en Croatie, se retrouve piégé par ses pairs et est exilé du jour au lendemain sur une île habitée mais quasiment inaccessible.

Jusque-là tout pourrait arriver, il pourrait se rebeller, revenir en arrière. Pourtant, il prend à coeur sa nouvelle fonction : être le représentant de l'état. Il ne pourra partir de l'ile que lorsqu'il aura réussi sa mission, jamais réalisée par ses sept prédécesseurs :  mettre en oeuvre des élections sur l'île pour désigner un représentant des habitants. Or ceux-ci ne le souhaitent pas du tout.

S'en suivent des situations de plus en plus incroyables et très drôles.

Le héros fait face à un système indépendant, face à lui-même, à ses réflexes, ses contradictions, son conditionnement ...

J'ai franchement ri par moments, ce livre fait non seulement réfléchir mais il fait du bien.

Il a reçu le prix du jury des étudiants de l'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) dans le cadre du salon du livre des Balkans en 2017.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature croate

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Publié le 20 Janvier 2018

Deux adjectifs pour définir le caractère exceptionnel de Misty Copeland : grâce et intelligence. Qui est-elle ? La première ballerine noire à avoir été nommée danseuse étoile du plus prestigieux ballet nord-américain, l'American Ballet Théâtre.

Son parcours n’a rien de simple, loin s’en faut. Elle nait dans une famille recomposée à multiples reprises. Sa mère change souvent de mari, et donc de domicile, jusqu’à faire dormir ses nombreux enfants par terre entre le canapé et la télévision, dans des chambres de motel sordides.

Misty est malgré tout heureuse parce que sa famille est pleine d’amour et d’énergie. Là est le premier intérêt à cette histoire hors norme. Cette vie si difficile est décrite par de petits détails, de petits faits et c’est passionnant de se retrouver plongé dans les années 80 dans une banlieue pauvre de Californie.

Ensuite, elle présente tout le travail de son corps, son évolution, sa transformation, et la connivence qu’elle entretient avec lui, malgré toute l’exigence qu’elle lui impose. Cette relation est captivante, rares sont les lectures qui décrivent si précisément le corps. 

Le livre montre bien aussi tout le courage, la ténacité, la valeur du travail sans relâche. On comprend l’évolution entre le plaisir, la passion, puis le challenge irrépressible, coûteux parfois.

Enfin il se lit très facilement, c’est un réel bonheur de lecture de découvrir la biographie de cette immense artiste. J’ai eu très vite envie de la regarder sur internet, elle est superbe. A découvrir absolument.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 13 Janvier 2018

Cette année de lecture aura apporté son lot de bonheurs, de découvertes heureuses et petites déceptions … Je parle de petites déceptions parce qu’il y a tellement de livres en attente d’être lus que ce n’est pas grave du tout de s’ennuyer parfois. 

 

La révélation de l’année est « Americanah » de Chimamanda Ngozie Adichie (#Littérature américaine).

Ce livre allie tout ce que j’aime en littérature : une langue parfaite, juste, une vraie histoire qui me déconnecte complètement de mon univers, tout en me touchant au plus profond.

 

Le récit le plus drôle est « Le huitième envoyé » de Renato Baretic. Je n’en dis pas plus, je mettrai un article sur le blog plus tard.

 

Les livres les plus bouleversants sont :« L’oubli que nous serons » d’Hector Abad (#Littérature sud-américaine), ainsi que « Petit pays » de Gaël Faye (#Littérature française).

 

Les livres qui m’ont beaucoup fait réfléchir sont : « Suite française » d’Irène Némirovsky (#Littérature française) et « Purity » de Jonathan Franzen (#Littérature américaine).

 

Le livre impossible à lâcher est « Le violoniste » de Mechtild Borrmann (#Littérature allemande).

 

Evidemment, j’en ai aimé beaucoup d’autres mais il m’est arrivé d’être vraiment déçue : « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeault (#Littérature française),  « Baby love » de Joyce Maynard (#Littérature américaine), auteure appréciée pour d’autres romans, « 2084 » de Boualem Sansal, pas terminé.

 

L’année 2018 s’annonce prometteuse, puisqu'elle débute avec « Une vie en mouvement » de Misty Copeland, première ballerine noire à être danseuse étoile à l’American Ballet Théâtre. Son récit est à son image, plein de grâce et d’intelligence. Article à suivre …

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

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Publié le 10 Janvier 2018

Il monte lentement les escaliers, tout est sombre. Ecrasé par la chaleur, il fait un effort à chaque pas. Enfin, il arrive sur le palier. Il fouille dans ses poches à la recherche de sa clef. Il la met dans la serrure mais la porte est déjà ouverte. L’air est encore plus suffocant dans son appartement, une odeur lourde et inconnue lui coupe la respiration. Il pose la veste qu’il tient à la main et essuie la sueur de son front. Il se dirige vers le salon. Personne, les persiennes sont fermées, rien n’a changé depuis ce matin. La cuisine est sans vie, elle aussi. Il entrebâille la porte de la chambre à coucher. L’odeur est devenue insoutenable. Elle est là, allongée, sur le lit, dans le noir. Il ne comprend pas et est figé. Elle a le regard éteint, elle est toute blanche. La couleur tend vers le jaune et lui rappelle celle de livres abandonnés depuis bien longtemps. Ses pas sont encore plus lourds, il a du mal à avancer jusqu’à elle. La tête lui tourne. Il voudrait repartir en courant. Il n’en a pas la force, il reste là hébété, impuissant. Il voudrait ne jamais avoir vu ça. Il a maintenant envie de vomir et de fuir.

Il pensait en avoir fini avec les histoires de femmes, même si sa mère avait fait en sorte qu’il ne soit jamais concerné. Elle, si belle, si digne, l’avait préservé de tout ça.

 

Elle ne bouge pas, il s’en approche doucement, de peur de la déranger une fois encore. Il redoute ses cris, ses larmes. Rien ne vient. Il distingue à peine les draps mélangés à sa chemise de nuit. Il scrute encore ce corps tant aimé et là, réalise l’origine de tout ce sang. Encore une fois, il ne comprend rien. Elle ne bouge pas. Elle ne bougera plus. Elle est morte d’avoir voulu arrêter cette autre vie en elle. Ses genoux tremblent. Il est seul. Il ne sait plus quoi faire, pleurer, crier, gémir. Non, impossible pour lui de se laisser aller, il ne se l’autorise pas, ce sont des réactions de bonnes femmes. Que faut-il faire ? Qu’exige la situation en pareil cas ? Bien évidemment, rien de ceci n’a pu lui être enseigné. Elle lui aura causé bien des ennuis, mais celui-là aura été le pire de tous.

Il faut sans doute appeler la police, qui va poser des questions.

Faudra-il tout dire ? Quoi raconter ? Commencer par les disputes ? Par la trahison ? Par l’aveu ? Ou bien faire comme si, ignorer, faire semblant de ne rien comprendre et éviter la honte qui le ronge depuis quelques semaines. Ne pas avoir à raconter surtout, pour ne pas avoir à revivre toutes ces scènes pénibles, la déception. Pourquoi n’a-t-il pas su la retenir, être l’homme de sa vie ? En se mariant avec elle, il était convaincu d’avoir signé pour une vie entière à ses côtés, un foyer bien tenu, une femme docile. Elle ne regarderait que lui, l’accompagnerait dans tous ses projets et serait fière de lui. Bien sûr, ils auraient de beaux enfants … Si elle avait continué à l’admirer.

Il avait noté un changement depuis un certain temps. Au début, ce n’était presque rien, comme une impression un peu désagréable, passagère, un petit courant d’air glacé, oublié aussi vite, car étrange et inconnu.

Puis les signes sont apparus : un peu d’humeur, un verre posé presque brutalement sur la table, une phrase sèche, un regard vague. Le temps allait faire son affaire, tout rentrerait dans l’ordre. Elle avait besoin de temps pour s’adapter à ses exigences. Il serait patient. Elle riait moins, mettait peu d’entrain pour l’entretien de la maison, assez peu encline à bavarder pendant le dîner.

Enfin la mauvaise humeur s’installa. La chemise n’était pas prête comme convenu. La soupe n’était pas chaude comme il l’aurait souhaité. Moins de visites, moins d’amis, tout semblait se resserrer autour d’eux, sans faire de bruit.

Il détestait tout ça mais ne souhaitait pas en parler : il méprisait les histoires et comptait bien que tout s’arrange enfin. Les femmes ont leur tempérament, c’est bien connu. Elle a eu tout ce qu’elle veut, il lui a donné le confort de ce petit trois pièces dans un quartier bien tenu, avec tout ce qui est nécessaire à l’épanouissement d’une femme d’intérieur moderne.

Elle l’attendait toute la journée. Elle repassait et réfléchissait. Elle allait faire les courses, épluchait les légumes et réfléchissait. Il serait là à six heures. Le temps était long, il s’étirait, elle voulait voir du monde, mettre une belle robe et recevoir un compliment. Plaire, parler et être écoutée. Elle changeait de coiffure, mettait ses cheveux sur le côté, les attachait de mille façons. Elle avait du mal à se regarder dans le miroir. Elle ne s’y reconnaissait plus. La vie s’était arrêtée, c’était l’attente, jour après jour, de son mari. Elle découvrait qu’elle ne le connaissait qu’à peine.

Enfin les moments tendres entre eux se sont espacés. Elle était lasse, elle se couchait plus tôt et s’endormait bien vite. Il attendait encore. Il trouvait d’autres moyens. Il n’était pas habitué à demander ou à attendre. Elle le savait, était de plus en plus fatiguée et finissait par être réellement épuisée.

Ils ne se parlaient presque plus. Comment a-t-il su finalement ? 

Il ne veut plus se souvenir de ces scènes pénibles, les cris, les reproches, il en a honte aussi. Tout ce qu’il sait, tout ce dont il se souvient, c’est qu’elle le trompait. Jamais il n’aurait imaginé cela possible. Et encore moins avec un allemand, dans ce Paris occupé. La honte est double, il est trompé et par un allemand.

Elle se défendait de vouloir l’humilier mais c’est trop pour lui. Elle continuait à le voir, il le savait et n’y pouvait rien. Il espérait encore que tout se terminerait.

Tout est fini à présent. Il a froid. Il tremble. Il n’a rien pu empêcher.

Maintenant il faut passer à l’action et appeler la police, prévenir la famille et les amis, prévoir les obsèques et en finir bien vite avec tout ça.

Tout lui revient : comment il a su qu’elle le trompait, comment il a su qu’il était allemand, et enfin, comment il a appris pour l’enfant à venir. Il n’a jamais voulu savoir pourtant. Elle voulait encore le blesser sans doute. C’est bien le genre d’une femme de se venger ? Mais il n’a pas compris de quoi. Il a eu toutes les attentions. Il ne veut pas ressasser, tout est fini, cela ne sert à rien.

Il espère seulement que les questions ne seront pas trop pressantes, que la vérité finira par s’effacer. Elle sera morte en couches, l’enfant était trop petit. Il sera un veuf exemplaire, triste mais déterminé à commencer une nouvelle vie. Rien ne viendra flétrir le souvenir de sa femme. Il ne se reproche rien.

 

Sa cousine a insisté pour qu’il vienne à ce dîner. Il a horreur des invitations en semaine. Il préfère sortir le dimanche. Il est arrivé en avance, pour être sûr d’être le premier. Cette cousine est fantasque et les surprises sont souvent au rendez-vous. Elle n’a pas été traumatisée par l’arrivée des allemands et continue sa vie, en s’adaptant comme tout le monde.

Son appartement est à l’autre bout de Paris, il déteste prendre les transports en commun alors il rentrera à pieds. Il aura le temps de se détendre pour bien dormir ensuite.

Il dort bien depuis qu’il a changé le matelas et que tout est rentré dans l’ordre. Bien sûr, il faut se lever plus tôt le matin pour préparer le café et repasser la chemise. Mais ce n’est pas si grave au fond, il est tranquille.

L’appartement d’Irène est plein de tableaux aux murs, des livres partout et des petites bougies sont prêtes à être allumées pour la fin du souper. Elle a préparé des pommes de terre, rien de mieux à vrai dire en ces temps difficiles. Il n’est pas venu pour cela mais pour rencontrer une de ses nombreuses amies. Elle travaille avec elle à l’hôpital depuis quelques semaines. Irène ne s’embarrasse pas des convenances, elle aime voir du monde et sortir. Elle finira sans doute par trouver le bon parti, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse pour l’instant. Elle veut voir tous les spectacles du moment, Maurice Chevalier, Edith Piaf …

Il est impatient maintenant que les autres arrivent, en particulier cette amie d’Irène. Elle s’appelle Odile mais en réalité les gens la surnomment Gabrielle. Peu importe, Odile ou Gabrielle, pourvu qu’elle soit jolie et docile. Ce n’est pas si sûr car cette Odile travaille depuis quelques années comme infirmière à l’hôpital. Elle gagne sa vie, elle est indépendante.

Il se regarde dans le miroir du salon, y voit un homme sûr de lui, de belle prestance. Il se plaît.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 3 Janvier 2018

Livre foisonnant d’histoires de toutes sortes ayant en commun un moteur puissant : la recherche de la vérité et le besoin de pouvoir, ou la recherche du pouvoir et le besoin de vérité. Nous sommes perdus, la folie guette.

 

La première impression de lecture fut pour moi désastreuse : un langage pénible sur des sujets qui ne me touchent pas et des héros assez peu sympathiques, surtout trop pathétiques pour vraiment m’y intéresser. 

 

Ensuite, la curiosité est venue. Il est question de la Stasi, de lanceurs d’alerte, de la domination dans le couple, du poids d’une mère perverse, comment l’histoire se fabrique avec rien.

 

Le rythme s’accélère avec un meurtre, une séparation impossible qui se réalise quand même.

 

Je me suis sentie récompensée dans mes efforts pour continuer le récit et plus encore, étourdie de toutes ces histoires qui s’enchevêtrent avec habileté, étourdie de tous les sujets traités et toutes les questions qui se posent alors. En particulier, les questions relatives aux réseaux sociaux. Quel est leur poids dans nos vies ? Sur notre citoyenneté ? Le lien qu’ils entretiennent avec les journalistes ? Les lanceurs d’alerte veulent faire éclater la vérité mais pour qui ? Pour quoi ? Pour faire justice ? Pour être relayés ensuite par les journalistes ? Pour le seul pouvoir d’être le premier dans la course ? La question du temps est posée aussi. Le premier gagne, et pour gagner il faut aller toujours plus vite, avec toujours plus de réseaux et de machines. Il n’y a pas le temps long de l’analyse du journaliste qui se trouve dépassé.

 

Ce livre pourrait s’appeler « Vérités et pouvoir », décliné aussi bien dans la sphère du couple, la sphère familiale, jusqu’aux réseaux sociaux.

C’est un vrai grand roman, parfois éreintant parce que sans concessions.

A lire par les courageux qui n’ont pas peur de se poser des questions.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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