Publié le 28 Février 2018

Des descriptions rapides et efficaces, des chapitres courts et de l'action à chaque page, voici tous les ingrédients pour une lecture facile et agréable. Mais le sujet n'est pas facile et agréable, il s'agit de la position de la femme dans la société, à travers trois récits qui s'entremêlent tels les fils de la tresse.

Ces récits se passent en différents endroits : le Canada, l'Inde et la Sicile. Chaque héroïne est confrontée, tout de suite après avoir campé le décor pas toujours idyllique de leur vie, à une nouvelle épreuve. Ces épreuves sont universelles, elles pourraient tout aussi bien arriver à des hommes, choix judicieux de la part de l'auteur. Comment réagiraient-ils alors ? Au delà des personnalités, le caractère féminin des personnages ressort, lié très fortement à leur contexte de vie : réussir dans la société en faisant oublier qu'on est une femme, ne pas transmettre à sa fille le malheur d'être née fille et qui plus est, intouchable, et enfin prendre les commandes d'une entreprise familiale tenue et transmise de père en fils depuis des générations, dans une société machiste.

Ces trois belles luttes de femme posent la même question : celle du partage du pouvoir avec les hommes et les moyens dont disposent les femmes pour obtenir ce pouvoir.

C'est un tour de force de faire un livre plaisant à lire sur un sujet difficile, qui donne à réfléchir.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 26 Février 2018

Débutants est un recueil de nouvelles magnifiques et douloureuses.

Les personnages sont des gens paumés, alcooliques, un peu perdus, un peu tout ça et souvent rien du tout, du moins à leurs yeux.

Tout est possible et le pire arrive parfois. Les nouvelles sont pleines de tension, de violence contenue et sont désespérantes presque tout le temps. Toutefois, même si il faut vraiment avoir le moral pour les lire, elles sont superbement écrites. Peu de mots pour mettre en place un lieu, un personnage, tout y est avec presque rien. Chaque nouvelle est tendue à l'extrême. Les plus longues sont les plus éprouvantes, comme celle qui donne son nom à ce recueil "Débutants". Jusqu'à la fin de cette nouvelle, on se demande ce qu'il va se passer car tout est prêt à être brisé à tout moment. Les personnages ne sont jamais à leur avantage. Par exemple, le cardiologue qui invite ses amis à boire, est déprimé, pleurnichard et vantard. Il retient l'intérêt de ses amis parce qu'il a des histoires à raconter, des histoires de malades dont il s'occupe. C'est l'occasion pour lui de se mettre en avant, de montrer qu'il est fort, attentionné, compréhensif ... Tout ce qu'il n'est pas dans la vraie vie.

Raymond Carver est mort à cinquante ans, alors qu'il avait réussi à se sortir de son alcoolisme et être reconnu comme écrivain. C'est Gordon Lish qui lui a permis d'être édité et de travailler dans une université américaine. Or le prix à payer par Carver a été très élevé. Lish "retravaillait" systématiquement les nouvelles de Carver, sans aucun état d'âme pour l'écrivain : coupures, réduction de moitié de la longueur des nouvelles, changements de noms, de titres, etc... un véritable supplice pour Carver.

A la fin de ce recueil de nouvelles, est publiée une lettre de Carver à Lish suppliant celui-ci de ne pas faire paraître ses nouvelles après "tout le travail accompli" par Lish. Cette lettre est véritablement poignante : Carver est désespéré et reconnaissant à Lish de tout ce qu'il a fait pour lui, mais certaines nouvelles sont déjà parues dans des journaux et c'est une honte pour Carver si jamais on s'aperçoit de ces changements qu'il n'approuve pas du tout bien évidemment.

J'avais lu les mêmes nouvelles il y a presque trente ans, éberluée par l'écriture de Carver mais moins sensible à la cruauté de ces nouvelles. En réalité, j'avais lu la version expurgée par Lish et en effet, en réduisant la plupart de ces nouvelles à leur moitié, le supplice était moins douloureux. Elles étaient édulcorées en quelque sorte.

Elles réapparaissent dans leur intégralité bien après le décès de Carver, extrêmement malheureux de n'avoir pu de son vivant les voir éditées ainsi. 

Il en reste une littérature brillante et forte, intensément humaine.

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Rédigé par Hélène Daumas Peyceré

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 17 Février 2018

Ce livre réunit tous les ingrédients du bon roman. Le héros est un jeune homme norvégien qui va reprendre l’exploitation familiale de semences de pommes de terre et d’élevage de moutons. Ce n’est pas un gars comme ceux de notre époque actuelle, il a grandit à l’écart avec ses grands-parents, on parle peu dans sa famille. Il est gentil, il aime la nature, toutes les saisons le comblent, il est toujours heureux. Il n’a pas eu à se plaindre, tout est simple, excepté son début de vie sur lequel plane un grand mystère. Il sent qu’il doit le résoudre pour construire sa propre famille.

 

Voilà un héros auquel on s’attache tout de suite et les énigmes vont s’enchainer les unes après les autres pour le mener dans les îles Shetland puis en France. Il croise la route d’une jeune femme tout sauf ordinaire, qui va le fasciner. Elle est imprévisible et déroutante au sens propre du terme.

 

On est confondu par la pugnacité de notre héros, comme si il n’avait d’autre choix que de continuer. Il reste solide et confiant, malgré les impasses, le temps passé à chercher des indices disparus, le peu de gens qui peuvent encore parler, et ce à condition qu’ils en aient envie.

 

Tout est excellent dans ce livre, j’étais vraiment triste de le finir, j’ai adoré les paysages rudes des Shetlands, la mer déchainée, ces personnages si forts et une histoire vraiment exceptionnelle.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature norvégienne

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Publié le 8 Février 2018

Ce livre est très brillant, bien construit, écrit.

Un homme au soir de sa vie raconte tout ce qu'il a ressentit et principalement la relation - fausse - qu'il a entretenu avec sa femme et ses enfants.

Dans la seconde partie du récit, l'homme s'enfuit de la maison pour donner son énorme héritage à un fils naturel qu'il ne connait pas. Il revient ensuite chez lui et obtient la rédemption avec sa petite fille.

Cet homme ne peut être sympathique mais François Mauriac montre bien comment il s'enferme dans ses doutes qui deviennent convictions puis fondations pour toutes ses relations avec les autres.

Or il y a un paradoxe entre le travail de cet homme avocat et son manque de communication avec son entourage. C'est si bien présenté qu'on a envie tout au long de la lecture de ce bel ouvrage d'expliquer aux personnages ce qu'ils devraient dire ou faire pour enrayer tout ce malheur.

Ce récit est la critique d'une société codée où il n'y a pas de place pour le dialogue et où les règles et l'honneur dictent tout. Ce livre date de 1933 et garde toute sa force, même si le vocabulaire et les situations sont datées, le problème de communication reste d'actualité.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 8 Février 2018

C'est un petit livre inégal, il y a de magnifiques descriptions de la Sardaigne où on a envie de se précipiter et une caricature dérangeante d'une femme dérangée à laquelle je n'arrive pas à croire.

Ce personnage n'a pas d'emprise sur moi, et encore moins l'héroïne qui conte l'histoire.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature italienne

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Publié le 2 Février 2018

Quelle claque ! Ce roman m’a prise tout court parce que c’est un monument d’imagination.

 

Il débute comme un énième roman d’espionnage américain, un peu caricatural, avec une traduction parfois pénible. Tous ces petits défauts disparaissent vite dès l’arrivée du héros, unique au sens propre du terme. Né en Chine au début des années 1930, avec des origines russes, françaises et prussiennes, ce garçon grandit seul avec sa mère fantasque et apprend la vie dans les rues de Shangaï. Il partira ensuite au Japon pour se perfectionner au jeu de Go.

 

L’auteur nous emmène où il veut : dans le Japon dévasté par la seconde guerre mondiale ou dans un gouffre profond du 

Pays Basque. Trevanian peut tout se permettre car son talent de conteur est immense, les descriptions parfaites, jamais ennuyeuses. Il sait retenir les détails que l’on aimerait connaitre et les distille ensuite pour prolonger le plaisir du lecteur. 

 

Ce roman traite de tout, du plaisir, de la vengeance, des différences entre Orient et Occident, le culte du corps qui se plie à la volonté, le besoin naturel de nature, un peu de philosophie, un peu d’anthropologie.

C’est passionnant, il y a du suspens, de l’action en continu.

Ce livre, édité il y a presque quarante ans, a connu un énorme succès et ses thèmes sont indémodables, voir modernes. 

On pourrait trouver aussi ce livre manichéen, empreint de machisme ou donneur de leçon, oui mais c’est si bien écrit ! Il est si riche de belles phrases comme celle-ci :

« Accepte sans sourciller l’expérience propre à tes aînés. Souviens-toi qu’ils ont payé pour cela la monnaie courante de la vie et qu’ils ont vidé une bourse qu’on ne remplira plus jamais ».

 

Le mystère plane aussi sur l’auteur. Aurait-il croisé la route d’un de ses personnages ?

… et Shibumi c’est quoi ? A vous de le découvrir.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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