Publié le 28 Mars 2018

Marie-Edith Laval raconte son pélerinage sur l’île japonaise de Shikoku, pendant presque deux mois d’été. Elle a eu connaissance de ce pèlerinage en parcourant le chemin de Saint Jacques. Elle raconte ses préparatifs puis son parcours qui va la conduire à visiter les quatre-vingt huit temples qui le jalonnent. Le sentier est au bord de la mer, dans la forêt, dans des tunnels où circulent des camions. 
Il y a parfois beaucoup de dénivelé, des serpents en pagaille et des distributeurs automatiques de boisson.
Elle est bien souvent seule et fait son introspection. Chaque soir, elle dîne et dort dans des demeures réservées aux pèlerins. Ils ne sont jamais nombreux mais sont toujours des japonais ouverts, curieux, accueillants. Le langage limite les vraies discussions avec elle.
Tout a l’air magnifique, les sentiers, les maisons, les temples, les plats à déguster. Elle est une des rares personnes à faire le sentier intégralement et à pied. En effet, beaucoup visitent seulement une partie des temples, en bus ou en voiture, et parfois même en mobylette.
J’avoue n’avoir pas apprécié ce livre parce qu’en réalité, soit on fait le pèlerinage et toutes les sensations sont dévoilées ici à l’avance, soit on ne le fait pas mais lire des pages entières sur ses révélations intérieures entrecoupées de nombreuses citations n’a pas retenu tout mon intérêt. 

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

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Publié le 26 Mars 2018

J’avais l’intention de visiter l’hôtel particulier de la famille Camondo au 63 rue de Monceau à Paris et j’ai appris l’existence de ce livre racontant l’histoire de cette famille. Celle-ci a été tributaire des décrets régissant la vie des juifs. Elle va se trouver en divers endroits : l’Espagne, le ghetto de Venise, puis Istanbul. Nous sommes au milieu du 19ème siècle, tout se joue à Paris, le patriarche déménage avec ses deux fils pour s’y établir et accroitre la fortune des Camondo. Il meurt peu après.
La révolution française a octroyé aux juifs leur émancipation puis la restriction de leurs droits a été supprimée en 1846. La France devient un endroit où il est peut-être possible de s’installer enfin durablement.
Pourtant l’antisémitisme grandit et son apogée est l’Affaire, celle de Dreyfus. Il y a une accalmie ensuite; les juifs participent à la guerre de 1914. Et puis vient après l’inimaginable.

Ce livre rappelle plusieurs points : les juifs n’ont pas de patrie. Ils sont originaires d’Espagne (sépharades) ou de l’est de l’Europe (ashkénazes),  et ils ne supportent pas entre eux.
Ils sont obligés d’être inventifs et dynamiques car rien ne garantit jamais leur position dans les sociétés où ils se trouvent. Il faut rappeler que bon nombre de métiers leur étaient interdits et qu’à plusieurs reprises, ils ont dû fuir leur lieu d’existence (Espagne), être confinés dans un lieu de vie  restreint (le ghetto).
En étant « mieux traités » en France au 19ème siècle, ils s’impliquent dans la vie économique, en contribuant largement à la construction des chemins de fer par exemple. De même, ils offrent des collections d’objets d’art aux musées, afin d’asseoir leur puissance chèrement acquise et si fragile.
Ils vont s’intégrer peu à peu à la société française en se mariant avec les aristocrates désargentés suite à la crise agricole de 1880 ou affaiblis par le krach boursier de 1882. Ce krach va leur être attribué et cela contribue à la montée de l’antisémitisme dont certains comme le fils d’Alphonse Daudet, journaliste, le peintre Degas, Antoine Vollard le collectionneur … ne se cachent pas.

Ils ne pratiquent que très peu leur culte, et certains vont même se convertir au catholicisme, religion de l’état français de l’époque.
Pour mieux asseoir encore leur percée dans la société française, les juifs ne construisent pas seulement des fortunes mais aussi des dynasties. La famille doit être nombreuse et soudée, à l’instar de la famille Rothschild. Or les Camondo se retrouvent avec deux enfants, un garçon qui meurt au front et une femme qui se marie. L’hôtel particulier sera le bijou démontrant la réussite de cette famille, à défaut d’une dynastie. C’est une maison musée, construite pour le plaisir du père, collectionneur, écrin pour présenter tous les objets du 18ème siècle dont il raffole. Tout y est conservé, selon sa volonté.
Ce musée, légué à l’état français dans les années 30, est intact, car il a été préservé pendant le seconde guerre mondiale, contrairement à la famille Camondo …

Cet ouvrage m’a beaucoup appris sur l’histoire des juifs, même si je n’ai pas eu de véritable plaisir à sa lecture, le style étant trop tarabiscoté à mon goût.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 19 Mars 2018

Vendredi dernier au salon du livre de Paris, j’ai eu la chance d’assister à des débats en direct. Le premier était un dialogue entre le philosophe Frédéric Worms et le public présent. Celui-ci était essentiellement composé de jeunes de classe de 4ème, de prime abord bruyants et excités, tous d'origine africaine du nord et du sud. 

Le sujet était celui du livre auquel le grand professeur a collaboré : les mots de la République.

La femme qui animait le débat propose alors au public de prendre le micro pour proposer ses mots, lieux ou dates ayant trait à la République. A monsieur Worms de rebondir sur la proposition soit en trouvant le mot dans le recueil, soit en discutant de l’absence du mot ou du bien fondé à l’y ajouter. Il a d’ailleurs dit à ce sujet que l’éditeur, les éditions PUF Presses Universitaires de France, avait l’intention d’ouvrir un site pour que tout le monde puisse s’emparer de l’objet et augmenter ce recueil de mots proposés par les internautes.

Les enfants se précipitent sur le micro pour citer les droits de l’homme, la religion, la citoyenneté puis nombre de dates relatives à la Révolution Française… à tel point que les professeurs les accompagnant ont trouvé nécessaire de nous dire que rien n’avait pourtant été préparé.

Ces élèves avaient une maîtrise formidable de l’histoire et avaient une telle envie de participer que Frédéric Worms leur a enjoint « d’être un peu plus républicains » pour se passer le micro.

Il a été génial : il a abordé des concepts avec la hauteur d’un philosophe avec des mots simples et des exemples concrets. J’enviais ses élèves de l'école Normale Supérieure car il incarnait à ce moment-là la transmission du savoir, avec le sourire, la simplicité … Un magnifique moment d'intelligence pure.

 

Ensuite, il y avait les fameux plateaux de radio en direct. Quelle joie de voir les visages des journalistes écoutés quotidiennement, entre autres Olivia Gesbert. Elle maîtrise totalement le dialogue, passe la parole à un rythme soutenu, en faisant des liaisons habiles entre tous les intervenants nombreux ce jour-là. Entre autres invités, Pierre Assouline est interrogé sur « l’affaire Cantat », une du journal Libération. Il répond avec mesure, et propose de moins en parler. Une autre époque, moins de braises attisées pour le buzz, plus de recul pour se poser les bonnes questions. Il souligne aussi que refuser d’éditer les pamphlets de Céline peut leur faire de la publicité et que le volume, donc le prix à payer pour le lecteur, peut en dissuader une bonne part  des lecteurs de les acheter. Un peu plus loin, on entend Bernard Pivot et sa fille sur le plateau de France Inter. Voilà une voix qui a bercé tous nos vendredi soir pendant des années. Un studio d’Apostrophes est reconstitué à quelques mètres de là.

Il y a quantité de livres partout, des gens passionnés et heureux, qui se conseillent gentiment, sans bousculade. Le bruit d’un orchestre arabe couvre un moment les cris des enfants venus nombreux avec leurs classes.

 

Je me dirige vers le stand consacré à la littérature russe, puisque celle-ci est mise à l’honneur cette année. Pas plus de conseil qu’ailleurs pour découvrir les auteurs. Des livres en caractères cyrilliques pour les initiés. Il y a un débat à côté mais je n’en saisis pas le sens. Déception de ne pas avoir été plus guidée pour découvrir de nouveaux auteurs russes.

En revanche, il y a de plus en plus de monde et un exposant me fait part de sa surprise car en principe, il n’y a personne le vendredi à midi. C’est bon signe et une consolation car il me fait remarquer que certains éditeurs se sont regroupés sur des stands pour réduire leurs frais et d’autres, comme les éditions Métailié, ont renoncé à participer car il est impossible pour un exposant de s’en sortir tellement le prix pour exposer est élevé. Les gens ne sont pas prêts non plus à payer pour accéder à cette librairie géante. Ils ont tort à mon avis car il y a de belles rencontres, des animations (ateliers d’écriture par exemple) et des débats partout.

 

D’ailleurs, j’aperçois un tas de livres qui retient mon attention. Leur auteur est Anne Nivat, entendue la semaine dernière sur France Culture. Elle m’a impressionnée par sa grande connaissance du terrain russe, sa facilité à s’exprimer et la profondeur de ses analyses. Décidément, c’est bon d’écouter des gens brillants. Je regarde la photo derrière le livre, la compare à la dame juste à côté. C’est elle, elle nous dit « oh la la, il y en a plein de livres sur cette table, quelle horreur ». Elle est d’emblée sympathique, simple, directe et l’échange va droit au but. Nous avons (ma fille et moi) la première dédicace … et la dernière car elle doit tout de suite se rendre à un débat. Belle rencontre, j’ai hâte de découvrir son livre "Un continent derrière Poutine ?" et  son documentaire que je regarderai en podcast sur France 5 (plus de 600 000 personnes ont regardé en direct le documentaire qui va avec le livre dimanche dernier à 17h).

 

Ensuite, c’est la plongée parmi tous les livres. Je me laisse tenter par la littérature japonaise pour ma fille et des choix complètement arbitraires bien assumés :

  • Un anthropologue en déroute de Nigel Barley (petite bibliothèque Payot voyageurs)

je me passionne pour l’anthropologie, l’auteur est anglais et il a l’air doté de cet humour qui me ferait lire presque n’importe quoi. Bref je vais rire en apprenant des tonnes de choses, bonheur garanti

  • La peur de Stefan Zweig (Rivages poche)

un grand auteur classique dont je ne compte pas le nombre de livres lus. Le sujet me parle : une femme soumise au chantage, excellent thème.

  • Crépuscule irlandais d’Edna O’Brien (Sabine Wespieser)

j’adore cet éditeur qui est le dernier à coudre ses pages. La couverture sobre est belle. Et l’auteur m’attire depuis des années. Le vénérable monsieur qui était derrière les piles de livres m’a indiqué celui-ci pour débuter avec O’Brien. Je lui fait confiance.

  • Lettres à sa fille de Calamity Jane (Rivages poche)

Oui, c’est la vraie Calamity Jane. Elle a eu une fille et c’est la traduction de ces lettres envoyées à une fille dont elle ne s’est pas occupée. Indépendamment du fait qu’il s’agit de Calamity Jane, il y a l’époque, le lieu et le déchirement d’abandonner sa fille. Intéressant a priori.

  • La fenêtre panoramique de Richard Yates (Pavillon poche)

Cet auteur a inspiré Raymond Carver et ce fait pourrait me suffire amplement. Mais en feuilletant ce livre et d’autres du même auteur, j’ai trouvé une écriture qui me correspond : efficace et simple. J’ai longuement hésité entre tous les ouvrages proposés et me suis décidé pour celui-ci car il est de format poche, cartonné en blanc, très beau.

 

Pour finir cette belle journée, j’assiste à un débat avec Raphaël Glücksman que je pourrais écouter pendant des heures raconter ce qu’il a vu place Maïdan en 2013. Il est accompagné, entre autres, d’Asli Erdogan. Cette écrivaine turque a été emprisonnée pendant six mois dans son pays en 2016, à vouloir y défendre les droits de l’homme, et  elle a quitté la Turquie depuis. Emotion de l’écouter raconter les dix-sept plus beaux jours de sa vie, ceux de la place Taksim, lieu de contestation et de parole libérée. Elle dit aussi les jets de produits acide sur les manifestants et les conséquences qui n’en finissent pas de faire souffrir les gens. Elle est belle et marquée. On aimerait aussi l’écouter seule, raconter ce qu’elle a vu et entendu, ses sentiments, comment elle voit les événements aujourd’hui, la venue d’Erdogan (oui, il a le même nom) à Paris. C’est beaucoup trop court. Tant pis, c’est mieux que rien.

 

Voilà, j’espère avoir la chance l’année prochaine de revenir au salon du livre, c’est vraiment passionnant.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 12 Mars 2018

Ce livre est tout à fait à part dans l’oeuvre de Murakami car il ne s’agit pas ici d’une fiction mais le récit des sensations de l’auteur sur la pratique de la course à pied.

Il y a là des pages fascinantes et très intéressantes sur la douleur ressentie pendant cette activité, et il la met en perpective avec la souffrance de l’écriture.

Il cite Raymond Chandler qu’il aime particulièrement et dit à son propos que le grand écrivain américain se mettait toujours à sa table de travail, avec ou sans inspiration.

L’objet central du livre est la discipline, la maîtrise des efforts, de son corps et de son esprit.

En particulier, Murakami raconte une course qui se déroule au Japon. Le parcours est de cent kilomètres, à effectuer sous une chaleur étouffante. Il raconte toutes les sensations qu’il ressent, occasion unique pour quelqu’un qui ne court pas pour comprendre ce qui peut être vécu par un coureur et ce qui le pousse à recommencer. Il révèle une force intérieure qui doit aussi l’aider dans son métier d’écrivain. Il dit qu’au 75ème kilomètre, il est passé « à travers la chose ».

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature japonaise

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Publié le 8 Mars 2018

Le documentaire de Sandrine Bonnaire sur Marianne Faithfull (diffusé sur Arte), nous présente une artiste qui était si seule et si douée. Que de malheurs pour cette femme belle et grande musicienne ! 

Elle a beaucoup de mal à parler de son passé, il lui est encore trop douloureux, toutes ces années après. Ce n’est pas de la coquetterie de sa part, elle en est tout bonnement incapable. Trop sensible  peut-être ?

Elle est maintenant une femme tout à fait rangée, tout du moins vu de l’extérieur. Petite frange, boucles d’oreilles et collier de perles. En la voyant dans son fauteuil confortable, impossible de se la représenter vivant dans la rue. Que s’est il passé pour elle ? Peut-elle l’expliquer elle-même ? A un moment, elle dit avoir quitté Mike Jaeger parce qu’elle serait morte sinon. Elle a pourtant sombré plus encore pour passer deux ans dans la rue. Pourquoi lui est-il toujours vivant ? Je me pose cette question car apparemment, ils prenaient de très fortes doses de drogues et d’alcool. Bien sûr, nous ne sommes pas tous égaux devant ces substances et n’avons pas les mêmes cartes en main, que ce soit notre histoire ou nos ressources personnelles. Il suffit d’observer une fratrie élevée par les mêmes parents pour s’apercevoir que les destinées sont diverses.

Marianne a souffert l’indicible, on le comprend quand elle se fâche parce qu’elle ne veut rien en dire. On se sent un peu voyeur mais c’est une leçon de vie. Elle reste seule car impuissante à raconter l’indicible.

Elle s’en est sortie, a trouvé ce qui lui fait du bien, sa famille, ses musiciens et elle continue à chanter sur scène, tout ce pour quoi elle excelle. Un très joli exemple de douleur surmontée.

 

Ensuite j’ai regardé le film « Série noire » avec Patrick Dawaere. J’ai été frappée par son jeu d’acteur; il est complètement entier, on l’oublie totalement, ce type est un génie. Pourtant, il a enchainé tous les drames, subi complètement sa vie. Une fois encore une immense solitude et un don énorme. Y a t-il de la place dans notre société pour des gens hors normes ? Font-ils peur aux autres ? Parce qu’ils pourraient prendre leur travail ? Parce qu’ils dérangent en renvoyant une image trop forte ?

Patrick ne s’en est pas sorti comme Marianne. Il s’est drogué et alcoolisé comme elle. Mais il n’a pas eu les ressources suffisantes pour s’en remettre. Son histoire personnelle est abominable, inracontable. Les drames surgissent très tôt. Tout petit, il tire sur un homme par accident à la foire, et il est abusé sexuellement par un proche de la famille. Il est seul car impuissant à raconter l’indicible. Déjà il y a trop en lui. Il remplit sa vie avec frénésie, école le jour, le théâtre le soir. Il a une vie si différente des autres. Impossible de se confier, de créer des relations. A l’âge où on se cherche, il a l’avantage de s’être trouvé un personnage public, il peut être fier de lui, il est fier de lui. Il se construit là dessus. Or deux problèmes surgissent. Le monde du cinéma ne lui reconnaît pas sa place. Il fait trop peur, il est trop doué, les gens détestent les meilleurs. Il ne comprend rien et se donne à fond, toujours meilleur, si cela peut être possible. Personne ne le rassure et son image s’effrite au fil du temps.

Il leur faisait peur parce qu’il sentait tout et n’avait pas de limites. Et son manque de reconnaissance crée une violence difficile à contenir. Qu’aurait-il dit si il s’était retrouvé sur scène pour aller chercher son césar du meilleur acteur ? J’étais encore jeune lorsqu’il s’est suicidé mais je me souviens de l’humiliation ressentie pour lui quand une fois encore il échouait à la remise des prix annuelle du cinéma. Traité comme le mauvais élève, lui le génie incontestable. Il ne peut plus être fier de lui, alors qu’il sait au fond de lui qu’il excelle dans son métier.

Il rencontre des femmes, a deux enfants. Est-ce qu’il ne se sentait pas à la hauteur pour les aider à grandir ? Il est extrêmement fragile face à la caméra, personne n’a rien vu venir ? 

 

Avons nous la place aujourd’hui pour accueillir des Patrick Dewaere, où est notre Patrick Dewaere maintenant ? Qui est-il ? Tout le monde est policé, maîtrisé. Je trouve un écho de cette authenticité chez l’actrice américaine Frances MacDormand. Elle aussi donne tout à l’écran. Elle est forte au sens propre du terme. Forte dans sa vie et dans ses rôles. Qui donne quoi à qui ? Aucune importance, elle nous est nécessaire et nous donne tout ce qu’elle a. Merci Frances. Continue, on te regarde et on t’aime. L’académie des oscars a su lui donner sa récompense méritée, devant des  actrices plus blondes, plus jolies, plus jeunes pour certaines. Bravo à elle.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 5 Mars 2018

Partir dans une autre direction demande soit une volonté indéniable, soit un manque de discernement, un lâcher-prise, pourquoi pas ?

 

Le soleil commence à donner sa chaleur, par intermittence, selon la trajectoire où se trouve la jeune fille. Elle a déjà mal aux genoux, la douleur se propage peu à peu, elle continue à avancer. La douleur doit être bénéfique, c’est sûr. Elle la cherche pour être sûre qu’il y aura un effort et puis ensuite elle aura la satisfaction d’avoir épuisé son corps. Il doit être à son service et pour cela, elle doit lui remettre en mémoire qu’elle le dirige. Il va lui rappeler ensuite qu’il a travaillé, mais ce n’est rien, c’est elle qui a décidé de l’utiliser pour maintenir sa domination. Elle continue sur le chemin et ses pensées sautillent, tiens les vignes sont bientôt prêtes, il y a encore des mûres, pourquoi je n’ai pas appelé ma mère alors que c’était ce que j’avais décidé. L’effort devient plus pénible, il fait plus chaud. Les cailloux irréguliers du chemin la font trébucher. Le silence autour l’enveloppe. Il faut continuer encore, le temps presse. Cet exercice lui rappelle que le temps passe inexorablement, il ne faut pas le gâcher. Perdre son temps est un luxe inutile qu’elle ne peut se permettre, et qui entrave son grand projet : avoir une vie parfaite.

 

La sueur perle sur son front et coule doucement dans ses yeux. Le chemin est caillouteux, escarpé, il ressemble à ces chemins de petites montagnes provençales. Seul le bruit des cigales manque, les odeurs aussi. Ses pieds se tordent légèrement par moments, elle a soif, ses genoux sont trop présents, déjà douloureux.

Elle court après le temps, elle court pour arrêter de penser, de faire des choix.

Elle court pour dominer sa peur. Elle craint tout d’abord les mauvaises rencontres sur ce chemin isolé. Elle ne sait pas comment elle pourrait réagir en cas d’agression. Elle craint d’affronter sa vie. Elle a beau se persuader que rien n’a d’importance, son imagination la rattrape et lui dicte ses peurs.

Pourquoi avoir peur ? Quelle perte d’énergie … Elle sent que cela ne sert à rien et pourtant c’est insurmontable. C’est comme ce vent qui se lève et accable toute la nature, soulève la poussière qui va ensuite se déposer sur les jeunes pousses.

La fatigue l’envahit. Elle est lasse de cette poursuite après une délivrance qui n’arrive pas. Il faut continuer pour voir jusqu’où cela peut la mener.

 

Le chemin s’est rétréci. Elle ne voit plus rien que de petits buissons, des arbres courts, des troncs coupés par endroits, abandonnés. Les cailloux se font plus présents, ils sont plus gros, plus tranchants. Leurs arêtes lui blessent les chaussures et leurs formes font qu’ils glissent les uns sur les autres. En cherchant à ne pas tomber, elle dirige son regard sur le chemin. Elle ne regarde plus autour d’elle, elle ne peut pas voir que la végétation s’épaissit, que les arbres sont très resserrés, qu’il y a de la mousse sur les troncs abandonnés. Enfin, elle ne pense plus à sa peur mais à ne pas trébucher.

Le vent se fait maintenant moins sentir dans cette forêt devenue dense, la chaleur aussi parce que les rayons du soleil pénètrent végétation de plus en plus irrégulièrement. Le temps ne semble plus s’écouler de la même manière dans cet écrin végétal.

 

Maintenant, ce ne sont que des pierres, des touffes de buissons ras, avec quelques épines. Les arbres ont tous l’air morts avec leurs troncs gris. Pourtant, une pauvre feuillure les décore à leurs cimes.

Elle est absorbée par sa performance. Il faut toujours gagner, gagner sur soi, sur les autres, arriver coûte que coûte, quel qu’en soit le prix. Mais quoi ? De qui s’agit-il au juste ? Faire une performance à vendre, à raconter. Non, c’est d’abord contre elle. Elle est harassée par ses propres questions. Qu’il est facile de suivre les indications données depuis toujours. Ecouter ses parents, écouter à l’école puis faire des études. Supporter toutes les épreuves de la vie en surnageant au dessus en pensant d’abord à soi. Pourtant c’est plus fort que soi, l’envie de plaire tord la réalité. Elle veut réussir à l’école pour faire plaisir à ses parents. Ensuite, cela ne l’intéresse plus du tout de vouloir faire plaisir à ses parents. Elle veut maintenant plaire à ses amis, s’habiller comme eux, boire et fumer comme eux, écouter la même musique … Ensuite l’envie sexuelle arrive. Il faut trouver le bon partenaire qui saura être attentif sans être intrusif. Elle s’attache vite mais se détache au même rythme. Les autres n’ont plus d’importance, si ce n’est que de faire comme tout le monde. Se mettre en couple pour ne pas rester seule. Vite, il faut trouver un partenaire avant que le marché soit épuisé. La chance entre en ligne de compte car il n’y a pas de choix, juste des opportunités à saisir. Il en est de même pour le travail, saisir toujours les opportunités … et ne pas réfléchir. Continuer à ressembler à la troupe, faire plaisir à ses parents, être indépendante financièrement et affectivement … même si cela est le cas depuis bien des années.

Sa seule dépendance est celle de sa pensée qui l’assaille constamment. Ai-je bien fait ? Ai-je été correcte ? Gentille ? Pourquoi toujours se poser cette question au fond ?

Ensuite, il s’agit de s’arranger pour que le partenaire trouvé reste et corresponde un tant soit peu à ce qui convient pour les amis et la famille, une bonne situation, une bonne éducation, les mêmes exigences professionnelles …. Il faut une base solide pour construire un avenir commun.

 

Elle s’est arrêtée, essoufflée, elle n’a pas eu le temps de comprendre où en elle était qu’elle est arrivée à un endroit où nul chemin n’apparaît. Elle s’assied sur une souche coupée de longue date. Ses chevilles sont douloureuses. Elle se masse doucement les jambes en contemplant autour d’elle l’endroit désert et désolé où elle est arrivée.

Le soleil parvient avec difficulté à se frayer un chemin à travers les branches nues et grises des arbres alentour. Elle ne trouve plus aucune direction à prendre. Elle s’est engouffrée dans cette forêt hostile sans réfléchir ni faire attention à sa position. Seuls les cailloux coupants ont retenu sa vigilance.

Les derniers rayons de lumière ont une trajectoire oblique, la nuit va venir. Elle a froid par réflexe, il ne faut pas rester sans bouger car la transpiration de toute à l’heure va être glaciale pour de bon.

Elle se lève alors qu’elle n’a pas encore décidé de la direction à choisir. Vers où se diriger ? Comme toujours, il faut décider, voilà ce qui compte. La réflexion est annexe.

La nuit est arrivée alors qu’il faisait si chaud toute à l’heure, comme si c’était pour toujours.

Son corps est déjà endolori, il faut qu’elle se remette en marche très vite pour qu’il lui obéisse encore correctement.

 

Elle s’assied à nouveau et cherche à se souvenir d’où venaient les derniers rayons du soleil. En se remémorant sa position assise sur la souche coupée en biais, elle se place alors de la même manière. Elle est rassurée, elle a trouvé la solution. Elle repart dans le sens inverse. Tout va bien aller. Elle regarde moins les cailloux coupants, se dit qu’on verra bien, s’ils doivent la blesser, tant pis, l’important est de garder le cap trouvé. Elle se concentre désormais sur les arbres qui l’entourent, observe la moindre évolution du paysage, guette l’apparition de nouveaux buissons, moins denses, moins resserrés. Elle lève les yeux vers ce ciel caché, guette les mouvements de la nature.

 

Enfin une sorte de sentier apparaît, il descend légèrement, les buissons sont nouveaux, porteurs de petites fleurs refermées avec la nuit, elle les devine blanches et mousseuses mais pas odorantes comme les herbes.

Elle réalise qu’elle n’est pas montée pour accéder à cet endroit hostile de toute à l’heure. Comment se fait-il qu’elle descende maintenant ? Cela n’a pas d’importance, ce qui compte à présent est d’avoir trouvé un sentier. Or il y a bien un sentier. Elle continue sans prêter attention à son corps, celui-ci lui obéit. Ses pensées sont concentrées sur la mécanique de la marche. Il faut continuer à avancer jusqu’à ce qu’elle trouve quelqu’un, une habitation, une route. N’importe quel moyen fera l’affaire pour retrouver sa voiture et ainsi rentrer chez elle.

Sa gorge est sèche, la nuit s’accompagne d’une petite rosée, elle lui donne une fraîcheur qui n’apaise pas sa soif. Elle est impatiente de rentrer. Il faut rentrer à tout prix. Elle n’anticipe plus rien, elle scrute les alentours pour découvrir la route qui ne manquera pas de surgir.

Encore de la descente, jusqu’où cela peut elle la conduire ?

Elle économise ses forces et sait que la civilisation n’est jamais bien loin dans ces lieux. Elle stoppe devant un panneau à peine lisible dans cette pénombre. 

Maintenant il est possible de retrouver un peu de réconfort, sa faim grandit. Elle songe déjà à la longue douche puis à la douceur des vêtements propres et frais qu’elle portera.

 

Enfin tout ceci ne sera qu’une petite aventure à raconter aux collègues le lendemain, si tant est que cela puisse les intéresser … elle est prête à recommencer, elle n’a pas eu peur, elle a eu le plaisir des sensations de son corps, le plaisir de profiter des beautés de la nature. Elle sait qu’il s’agit d’une ressource infinie, dont elle peut disposer toujours, sans regrets ni obligations en retour.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 2 Mars 2018

Après l’avoir entendue parler de son dernier roman à la radio, j’ai eu envie de lire cet auteur et j’ai pris ce livre par hasard. L’héroïne est une jeune parisienne, mère de jumeaux de six ans, de notre époque.

Dans un premier temps, elle découvre avec effroi que son mari n’est pas celui qu’elle espérait. Par moments, elle est trop crédule, accepte des choses inacceptables (pour moi !) comme ne pas avoir accès à une pièce de leur appartement exigu parisien, pièce qu’il s’est réservée. Or cet appartement elle l’a payé toute seule. Voilà peut-être une nouvelle raison de se poser des questions, d’en poser, et de comprendre comment tout ceci est possible. Or elle ne le fait pas et c’est un peu irritant. Au moment où elle voudrait comprendre, il est trop tard.

Ensuite elle perd pied, est en colère et est complètement épuisée. Elle se coupe des autres, en particulier ses amis et sa famille proche. Elle cherche à le piéger.

Troisième et dernier temps, elle réalise qu’elle ne se considère absolument plus, elle n’est entourée que de spécialistes présents pour l’aider. Pour presque tout, elle a oublié de penser car elle n’a aucun recul.

Je ne dévoile pas la suite, bien sûr.

C’est cruel mais très bien enchainé et rythmé, voire drôle par instants.

 

L’utilisation des réseaux sociaux est excellente dans ce naufrage conjugal. Elle montre par exemple, que le mensonge familial devient plus compliqué avec l’avènement de ceux-ci. On serait tenté aussi de penser que seuls les gens heureux ne sont pas sur FaceBook; les autres auraient grand besoin de raconter leur vie, se raconter leur vie, se raconter des relations, et parler en contrôlant ce qui est dit. Il est possible même de s’inventer une vie, des amis et relier ceux-ci à de vraies personnes …

 

Ce qui ressort de cet ouvrage est la conclusion suivante : les couples se déchirent à deux, chacun  participant à sa manière. Impossible de ne pas penser à certains couples autour de nous, les lâchetés, les silences et les injustices consenties.

 

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 1 Mars 2018

C'est un beau livre raconté à deux voix : une joueuse de go chinoise et un militaire japonais récent conquérant de la Mandchourie. Cette histoire se déroule en Chine, au début des années 1930.

Les deux protagonistes font connaissance sur un jeu de go public. Ils ont des ambitions différentes : elle oublier ses amours et ses malheurs, lui démasquer d'éventuels terroristes.

Il y a de belles descriptions de cette terrible guerre et aussi plein de sentiments, tout en contraste avec la violence alentour.

Avec peu de mots, l'auteur nous offre plein d'impressions très très fortes.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature chinoise

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