Publié le 30 Avril 2018

Olive vit aux Etats-Unis, à la fin du siècle dernier, dans une de ces petites villes où tout le monde se connait plus ou moins. L’histoire est divisée en nouvelles, chacune relatant la vie d’un personnage ou d’un couple, qu’Olive croise, voire plus. Au fil de celles-ci, Olive se révèle. Le temps passe, sa situation évolue. Chacune de ces nouvelles m’a rappelé l’univers de Raymond Carver, ces vies bancales, qui ne tiennent qu’à un fil pouvant être brisé d’un moment à l’autre. L’écriture est très proche aussi de celle de Carver, des phrases magnifiques, efficaces, uniques, de vrais bijoux. La densité de l’écriture d’Elizabeth Strout ajoute à la tension du récit. C’est rapide, condensé, impossible de s’ennuyer.
Certaines nouvelles réservent d’énormes surprises et sont vraiment exceptionnelles, en particulier deux. La première est la rencontre d’Olive avec un de ses anciens élèves. Celui-ci va mal et semble prêt à l’action. On ne sait pas si elle s’en rend compte mais elle va être terriblement bavarde lors de cette rencontre, alors qu’elle ne l’est jamais. Les intentions du jeune homme peuvent être interprétées de différentes manières, laissant l’imagination dériver au bord du gouffre.
La deuxième est l’évocation d’un souvenir très douloureux avec des retours sur les sensations vécues et les sentiments après coup. Olive est particulièrement odieuse dans ces circonstances  horribles mais est-ce que c’est sa vraie nature ou est-ce que l’événement a provoqué un trouble de sa personnalité à ce moment-là ? Impossible de le savoir.

Que dire d’Olive ? Ce n’est pas l’héroïne idéale, elle est grosse, pas toujours facile à vivre. Elle s’intéresse aux autres, sans avoir envie pour autant d’être leur amie. Elle ne fait aucun effort, aucune concession. Olive fait peur, parce qu’elle dit ce qu’elle pense, même si cela ne fait pas plaisir. Olive suit son instinct, toujours. Elle est très libre, trop parfois. Elle ne s’embarrasse de rien et agit comme elle le sent. Olive n’a rien de lisse et elle surprend.

Elizabet Strout aborde tous les sujets : la vieillesse, la maladie et la mort. Elle va droit au but, comme Olive et nous laisse abasourdis par la perfection de son roman.
« Olive Kitterridge » a reçu le prix Pulitzer en 2009 et a été adapté en mini série avec Frances MacDormand dans le rôle principal.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 24 Avril 2018

Ce livre enchanteur raconte la vie d’une famille islandaise à partir de 1915. La guerre sévit en Europe mais là, c’est la guerre de tous les jours pour survivre. Le père a disparu en mer et la bonne est devenue folle. Deux maisons voisines ont été englouties dans des avalanches. La mère veut que ses six enfants soient instruits, il faut donc déménager pour qu’ils aillent à l’école.


Tout est difficile en Islande, les éléments sont très présents et font la vie dure à ceux qui y vivent.  Les gens n’ont pas d’autre choix que de prendre sur eux et faire avec. Ce qui est bien en revanche, c’est que personne n’est mis en marge, les islandais savent qu’il est nécessaire de s’entraider; à un moment ou à un autre, il faut se soutenir. Ainsi, il y a des fermes où les gens travaillent pour manger et dormir à l’abri, des habitations vétustes sur le port pour héberger des femmes qui préparent le hareng, jour et nuit quand il le faut.


La nature est toujours présente. Elle rythme la vie des islandais : saison de la pêche au hareng, foins, cueillette des baies… Il y des fêtes pour la célébrer, où tout le monde participe de bon coeur. Les personnages sont de belles personnes, gentils, forts, joyeux, avec de solides valeurs. Tout n’est pas parfait et il n’y a pas de place pour l’apitoiement, ni le pathos.

Le récit fascine par ses nombreux rebondissements, l’action est toujours surprenante et les descriptions nous plongent avec facilité dans cet univers si lointain. J’ai été touchée par l’histoire de ces personnages. La narration est originale, de courts chapitres, commençant toujours par une description de tableau. Celui-ci sera le décor de ce qui va se produire ensuite. Ces tableaux viennent tout droit de l’imagination de l’héroïne principale, artiste, envers et contre tout. Le besoin de peindre est irrépressible chez elle, c’est une nourriture intérieure au même titre que la bouillie de flocons d’avoine qui la nourrit tous les jours. La « peinture » de ce besoin est très émouvante et lève le voile sur la souffrance de celui ou celle qui ne peut vivre sans exercer son art.


C’est un immense bonheur de lecture, un vrai coup de fouet positif.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature islandaise

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Publié le 18 Avril 2018

Une jeune femme seule ouvre sa porte une nuit d’orage à un homme portant sa petite fille dans les bras. Elle les recueille trempés, la petite a une forte fièvre. Il va falloir qu’ils restent un peu pour réparer le toit de leur roulotte qui a pris l’eau.
Cette femme ne se pose pas trop de questions et prend les évènements au jour le jour, sans se demander ce qu’il adviendra ensuite. L’homme fonctionne de la même façon, il attend de guérir d’un drame personnel.
Le récit est à plusieurs voix, mêlé d’une autre histoire qui se passe pendant la dernière guerre. Tout se rejoint à la fin du livre.

L’idée principale est qu’il faut vivre au temps présent, faire avec le passé, sans pour autant que celui-ci empêche de vivre. Et ne pas se poser de questions sur ce qui pourrait arriver ensuite. Il y a beaucoup de bons sentiments, de belles personnes, de beaux paysages et un jardin qu’on aimerait visiter. Et pourtant ce livre ne m’a pas émue comme il aurait dû.

Tout d’abord l’écriture m’a rappelé celle des livres destinés aux adolescents, des phrases toutes simples, très descriptives, sans aucun mystère ou poésie. L’histoire déborde de bons sentiments, de valeurs d’amitié, d’amour. La vie est belle parce qu’elle est constellée de petits moments délicieux à portée de main : une jolie vue, le régal d’un légume poussé dans le jardin … Parfois, des phrases toutes faites appuient tout ce discours positif.
Ce livre veut à toute force faire passer un message d’amour mais sans aucune prétention littéraire. Il doit faire du bien, rendre les gens meilleurs, en présentant de beaux personnages, qui certes ont leurs souffrances et défauts mais qui sont gentils au fond.
Certains livres réussissent le tour de force d’arriver à faire passer ces messages tout en étant d’une immense qualité littéraire. Ils sont peut-être plus crédibles.
Seule une lettre, écrite par un des personnages, m’a vraiment touchée.

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 16 Avril 2018

Il la regarde, elle ne change pas.
Elle prépare sa liste de courses pour leur dîner. Ils seront tous là, bien sûr. Impossible de manquer une soirée chez eux, tout est toujours parfait, les plats, l’ambiance.
Elle se penche sur le papier pour vérifier qu’elle a tout noté. Elle est jolie dans sa nouvelle robe de velours, la couleur bleu va bien avec ses cheveux pâles et son teint clair. Elle est assise à la table de la cuisine, sur laquelle elle a posé les livres de recette. Elle se lève de temps à autre pour inspecter les placards bien rangés et nettoyés régulièrement par ses soins. 
Elle est satisfaite de son menu et lui demande si il a des suggestions à faire. Il n’en a pas, il n’en a plus, elle se débrouille si bien sans lui.

« Je pars faire du vélo, je reviens toute à l’heure pour diner.
- D’accord, est-ce que tu peux acheter le pain au passage en rentrant ?
- Oui, bien sûr.
- Merci ! Bonne balade alors !
- Merci, à toute à l’heure. »
Il referme la porte de l’appartement, dévale les escaliers et remonte le col de son blouson. Il ne fera pas de vélo, il va seulement marcher, seul dans la rue, regarder les autres, imaginer leurs vies. Ses chaussures lui font encore mal, mais il n’a pas envie de rester à la maison. Il sait qu’elle va le solliciter ensuite pour du bricolage, puis lui demander de l’accompagner pour faire les courses. Tout l’ennuie à la maison, à moins de se plonger dans une revue ou un bon livre. Il n’a pas toujours été comme ça. Il se souvient lorsqu’il était petit, il aimait voir les copains, jouer au ballon des heures dans la cour, ou inventer des histoires pour animer les récréations.
L’ennui s’est peu à peu installé. Il n’en veut pas à Claire. Elle est idéale. Elle n’y est pour rien.

Une femme âgée traverse la rue avec crainte devant lui. Elle porte un cabas usé, plein de courses. Elle a choisi de sortir avant qu’il ne fasse nuit. Il se demande ce qu’elle a pu faire aujourd’hui. Nettoyer la salle de bains, regarder un feuilleton à la télévision puis un ou deux mots croisés, voire plus. Les mots croisés et la télévision comblent l’attente et empêchent de se souvenir des bons et moins bons souvenirs. 

Il croise ensuite une mère de famille, qui tient par la main son petit garçon. Ils ne vont pas à la même allure et elle le soulève presque pour qu’il accélère. L’enfant se laisse faire de bonne grâce, trop occupé à lécher sa sucette de l’autre main. Sa soeur est de l’autre côté, elle boude un peu, traine les pieds. Elle est peut-être contrariée parce que sa maman n’a pas voulu s’arrêter devant la vitrine où il y avait une si belle robe. Maman est toujours pressée, pressée d’en finir avec ces années où les petits ne peuvent pas rester à la maison tout seuls, où elle peut tranquillement discuter avec les amies croisées dans la rue.
Il se retourne, et l’entend promettre la télévision à leur retour si ils sont encore sages.
Toutes ces promesses tenues.
Il marche dans la ville, sans but, sans savoir où il va.

Elle enfile son pardessus et ne résiste pas, se regarde dans le miroir et se demande si la couleur de l’écharpe convient. Tout est si agréable, les amis vont venir, elle se réjouit d’avance. Elle est excitée d’avoir trouvée une nouvelle recette, avec des ingrédients improbables, personne ne pourra les trouver. C’est si amusant de recevoir, installer la table, mettre de beaux vêtements, porter sa bague de fiançailles. En fait, elle la porte toujours depuis que Stéphane lui a offert il y a un an. Finies les bagues fantaisies. Et puis bientôt, il faudra faire place à l’alliance, enfin si tout va bien. Elle le trouve un peu grognon ces derniers temps, rien de tel qu’un petit tour de vélo pour reprendre pied … Elle éclate de rire et trouve son image encore plus jolie dans la glace. Elle tourne sur elle-même et attrape ses sacs de courses. Elle claque la porte, elle dévale en trombe l’escalier, reprend son souffle et s’arrête. Elle examine ses poches, son sac à main. Zut, elle a oublié ses clefs, elles sont restées à l’intérieur. Ce n’est pas si important, Stephane les aura sûrement prises de son côté.

« Tu sais que nous sommes invités par mes parents le week-end prochain ? Tu n’as rien de prévu ?
- Oui, je sais bien.
- Bon, c’est parfait.
- Ça va être cool d’être chez eux, pas de courses à faire, rien d’autre que boire, manger et dormir.
- Oui, c’est toujours comme ça avec eux.
- Je les aime bien tes parents, ils sont très gentils.
- Merci mon chou !
- Mais tu n’y es pour pas grand chose.
- Oui, ça me fait plaisir que tu dises ça.
- Je mets le couvert ?
- Oui, pour dix personnes, n’oublie pas de prendre les jolies serviettes de mon grand-oncle.
- D’accord »

Elle se regarde dans le miroir, elle a bien bu. Il est déjà au lit, il ronfle bruyamment, la nuit va être longue.
Le regard d’Hadrien sur elle, son sourire, lui ont donné un nouvel élan, elle se sent plus belle, plus désirable. Elle a aimé sa douceur, ses compliments. Il est si attentionné. Ce n’était que la troisième fois qu’ils se voyaient mais le plaisir d’être avec lui est plus que troublant. Ses fleurs étaient magnifiques, trop belles, trop grandes pour un simple dîner. Elle s’en rend compte. Comment se sont-ils connus déjà ? Ah oui, c’est un collègue sympa d’Amélie. Elle le voit de temps en temps. Et ils l’ont invité ce soir, comme une évidence. Elle est fière de montrer son appartement, comment elle l’a décoré avec des objets de récupération, sa patience pour agencer les bibelots avec les coussins. Elle aime son intérieur, cette harmonie sans luxe.
Ses mains sont belles, fines et fortes en même temps. Elle imagine ces doigts sur son visage, ses seins. Elle se retourne, Stéphane a ronflé très fort d’un coup, comme si il contestait ses pensées. La culpabilité de penser à Hadrien oscille avec le plaisir de plaire. Stéphane ne peut se rendre compte de rien, il est trop occupé avec ses soucis de travail. Il est difficile ces derniers temps. C’est comme ça, il va se reprendre.
Comment dormir avec toute cette excitation ? Le vin blanc est si puissant. Et le regard d’Hadrien aussi. Il est arrivé un peu en retard; il restait une place sur le petit coffre pour s’asseoir. Il paraissait si grand sur ce malheureux siège. Lorsqu’il l’a embrassée pour la saluer, elle a senti son parfum, inconnu, léger. Elle lui a pris son manteau, il était tout doux et souple, un très beau manteau de couleur verte, chiné très discrètement de rouge.
Il a ensuite ri et bu comme les autres, les écoutant raconter leurs histoires, approuvant et intervenant. Il était visiblement content de ces moments de bonne humeur car il l’a bien remerciée en partant. Toujours ces yeux rieurs et fascinants. Toujours fixés sur elle.
C’est toujours plaisant d’être regardée, même si cela la surprend encore. Pourquoi elle ? Ne se fait-elle pas des idées ? Et si les autres s’en rendaient compte ? Surtout Stéphane ! Elle se fait des illusions, c’est vraiment stupide.

« Tu as drôlement ronflé cette nuit,
- Ah, vraiment, je dirai que c’est plutôt toi, tu m’as réveillé à un moment.
- Je t’assure que je ne dormais pas encore que tu ronflais déjà …
- Bon, d’accord, passe moi le beurre s’il te plait !
- Tu veux faire quoi aujourd’hui ?
- Ben je ne sais pas, rien du tout peut-être …
- Et cette expo de photos, ça ne te tente pas ?
- Quelle expo ?
- L’expo dont nous avons parlé hier au soir …
- Ouh la la je ne me souviens pas.
- Tu devais être à la cuisine à ce moment-là, c’est une expo de photo de paparazzi des années soixante, leurs premières photos, ça doit être pas mal.
- Bon si tu veux.
- Super, je me prépare et on y va tout de suite ».
Voilà, c’est comme ça, pas de répit, il faut toujours remplir l’agenda, voir ce qu’il y a à voir, jamais de tranquillité.
« Oh zut, j’ai oublié, je dois finir de préparer une présentation importante pour le boulot demain, tu ne veux pas y aller seule ?
- Ah c’est bête.
- Oui, mais je n’ai vraiment pas le choix.
- Si tu le dis.
- Non, c’est pas drôle tu sais, je préfèrerais bien aller avec toi, je t’assure.
- Bon, excuse moi, je suis déçue, c’est tout.
- Tu me dis quand tu rentres et je te ferai un bon thé bien chaud.
- D’accord, bisous, à toute à l’heure.
- A toute à l’heure. »
Elle enfile son manteau, mets son bonnet et ses gants, puis claque la porte. Elle descend les marches, en cherchant son portable dans sa poche. Elle cherche le numéro d’Hadrien, hésite et range le portable en ayant un petit pincement au coeur. Pourquoi ne pas appeler après tout ? Il n’y a rien de mal à ça. Un message apparait à ce moment-là sur l’écran. Serait-ce Hadrien ? Non, c’est Stephane qui lui signale qu’elle a oublié ses clefs en partant.
Elle arrive dans la rue, et se demande si elle va aller à l’exposition. Cela lui parait loin maintenant et en même temps, elle a envie de marcher. Elle repère de loin la femme qui est toujours assise devant la boulangerie, la main tendue. C’est irritant d’être toujours rappelé à l’ordre. Elle a aussitôt honte de sa pensée et fouille dans sa poche à la recherche d’une petite pièce. Elle glisse un euro dans la main de la femme et passe son chemin, sans savoir où celui-ci va la conduire. Elle décide d’appeler Amélie pour voir ce qu’elle fait.
« Amélie ? c’est moi, Claire.
- Oui, bonjour Claire, tu vas bien ?
- Oui, ça va, je ne suis pas loin de chez toi et je me demandais ce que tu fais en ce moment.
- Oh pas grand chose, je range mon placard et fais du tri pour avoir plus de place, passe donc si tu veux.
- D’accord, j’arrive dans dix minutes à peu près.
- Stephane n’est pas avec toi ?
- Non, il doit travailler pour un truc important pour demain.
- Bon, ben raison de plus pour venir bavarder entre filles. »

Elle sonne à l’interphone et s’engouffre dans l’immeuble. Il est déjà tard, le soleil est presque couché. C’est l’heure du thé. Elle ne sait pas encore ce qu’elle va lui raconter. Elle espère qu’il aura bien avancé sa présentation pour avoir une soirée sympa à deux.
« Coucou, c’est moi ! tu as bien travaillé ?
- Oui, pas mal. C’était comment l’expo ?
- Ben finalement je n’y suis pas allée, je suis allée chez Amélie.
- Ah c’était cool alors.
- Oui, nous nous sommes bien amusées.
- Parfait. Bon, moi je n’ai pas fini alors comme je ne sais pas pour combien de temps encore je dois passer sur mon truc, j’y retourne. »
Amélie retire ses gants, son bonnet et son manteau. Elle a très envie de ressortir tout de suite. Peut-être qu’Hadrien est encore dans sa rue, qui sait ? Il l’a raccompagnée très gentiment. Elle lui a promis de le revoir bientôt. Elle sait qu’elle commet une erreur. Et si elle commettait sa première erreur ?
 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 14 Avril 2018

Des jeunes tuent leur ennui sur les Plates, rochers au bord de l’eau, au bord de la ville de Marseille, sous la route. Ils se jaugent, se défient en sautant de perchoirs naturels, toujours plus dangereux. Le lieu est sous surveillance d’un policier déglingué par une vie ratée. Il boit, est seul. Il n’envie pas les jeunes, il les observe sans cesse, attendant en vain qu’il se passe quelque chose. Il n’a rien d’autre à faire, bizarre.
Tout ce petit monde bien codé va être chamboulé par la venue d’une jeune fille. Son comportement est étrange. Elle n’a pas l’air de savoir ce qu’elle veut.

Les phrases sans fin, trop chargées, trop de tout, m’ont dérangées. Est-ce voulu ? Il y a aussi des mots très rares qui stoppent le flux de lecture. Est-ce voulu ? J’avoue que ce style ne me plait pas, même si le livre reste très facile à lire.
 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 11 Avril 2018

Ce récit est à plusieurs voix, des voix de petits garçons, des voix de femmes. Il y a le malheur qui rôde autour d’un des deux garçons. Il a trop lourd à porter, il se sent coupable, s’isole et trompe son malheur en faisant des bêtises. Tout ceci le rend mystérieux, très intéressant pour un de ses camarades classe. Celui-ci sera loyal, il ne dira rien de ce qu’il a découvert.


Une fois encore, Delphine de Vigan écrit avec sensibilité, finesse, légèreté pour un sujet difficile d’enfance abandonnée.


Cette histoire a une morale : les gens sèment des petits cailloux dans l’espoir qu’on les retrouve peut-être un jour. Tout ne tient qu’à un fil, le meilleur comme le pire. Les victimes se reconnaissent entre elles, elles peuvent se comprendre et s’aider.


Malgré une grande facilité de lecture, je dois dire que j’ai ressenti beaucoup de tristesse avec cette histoire, et qu’une fois refermé, je n’avais plus envie d’y penser. C’est curieux car il y a de nombreuses histoires tristes qui me plaisent énormément. Pourquoi ce livre ne m’a-t-il pas laissé une aussi bonne impression que les précédents de cet auteure ? Est-ce l’accumulation de plusieurs malheurs ? Est-ce une sorte de découragement ? Une infinie mélancolie me submerge et me met mal à l’aise. Je ne sais pas si j’aurai envie de découvrir son prochain ouvrage. Le registre du malheur ne me suffit pas.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 10 Avril 2018

Il y a la vraie histoire et les histoires inventées, qui arrangent tout le monde. La vraie histoire est celle de Patricia Hearst, elle a été enlevée par le SLA (Symbionese Libération Army) groupuscule d’extrême gauche américain des années soixante dix. Cette jeune fille est une riche héritière, son père doit donner de l’argent pour nourrir des pauvres en guise de rançon. Il tergiverse, elle lui envoie des messages pathétiques, il obtempère mollement, elle change de camp et passe à l’action en braquant une banque. Ironie de l’histoire, c’est la banque d’un ami de son père, et la fille du banquier était sa meilleure amie.
Ce livre est truffé d’extraits des messages de Patricia à sa famille, de faits racontés par toute la presse de l’époque, mise en scène de la mère en robe noire alors que sa fille est toujours vivante, etc… cette histoire a déchainé les médias.
L’époque est violente, on règle les problèmes avec de gros moyens, comme par exemple l’assaut donné à la maison où des membres de la SLA se sont dissimulés. Le LAPD (police de Los Angeles) va détruire à cette occasion deux maisons, faire des blessés et aura dépensé matériellement 67 000 dollars de l’époque.
Ce roman relate cette histoire folle et cruelle d’une jeune fille qui a été abandonnée par ses parents ou qui a eu un lavage de cerveau, c’est selon. Elle a représenté un espoir pour les jeunes américains : même une femme qui a tout, peut avoir envie de donner à ceux qui ont besoin. En réalité, elle n’a pas tout, car elle manque d’amour, c’est certain.

Une femme américaine est professeur dans un obscur collège privé du sud-ouest de la France, elle dérange par son attitude libre dans la France des années 70. Elle a un besoin urgent d’une assistante pour un travail mystérieux. Violette fait l’affaire, elle ne connait pas Patricia Hearst et a un bon niveau d’anglais pour l’aider dans sa tâche. Elle doit changer de prénom, l’emprise a commencé. Quel est le but du travail de Violette ?
J’ai aimé le parallèle entre Patricia et Violette, deux jeunes femmes qui veulent bien faire, plaire, voir être aimées.
Bien des années plus tard, une femme va partir aux Etats-Unis à la rencontre de cette professeur américaine, pour comprendre ce qui a pu se passer avec Violette, si son travail a été utile.

Pourquoi cette histoire pourrait nous intéresser encore ? parce que la question du partage de nos richesses est toujours d’actualité, parce que la manipulation des êtres faibles aura toujours cours, parce qu’il y aura toujours l’envie d’avoir une emprise sur le déroulement des événements. Est-ce que la considération pour la femme a changé ? Est-ce que le lavage de cerveau d’hier peut se comparer à la radicalisation d’aujourd’hui ? Le but à atteindre a changé.

Ce livre, au si joli titre, est intriguant malgré un procédé narratif décourageant : « elle » parle tout le temps mais on ne sait pas qui c’est et à qui elle parle. Il y a un mélange constant entre deux personnages, qui doit être surpassé pour aller au personnage central : Patricia Hearst. 
 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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