Publié le 27 Septembre 2018

Ils sont jeunes, ils s'aiment. Franck est infirmier aux urgences. Emilie reprend sa thèse de littérature sur un romancier anglais. Cet auteur mythique s'en donne à cœur joie sur le sexe et la violence dans ses polars.

Elle part trois mois sur une île d'Ecosse où cet auteur a perdu la vie mystérieusement après vingt années de retrait de la vie « normale ». Elle a pour tout compagnon le gardien de l'île.

Frank la rejoint pour assister au congrès annuel en l'honneur du romancier, impatient de la retrouver après toutes ces semaines sans elle. Nous suivons les atermoiements de Franck, il ne sait pas trop ce qu'elle pense et elle ne semble pas trop pressée de le revoir... Voilà.

Ce récit est ponctué de ces « journées d'études » fastidieuses sur les polars. C'est caricatural et ennuyeux comme cela se doit. Alice Zeniter décrit un univers triste et pathétique, à l'instar de ce couple.

Heureusement, Stock, le personnage du gardien, pimente l'histoire. Il aime boire et fait découvrir à Franck les trésors de l'île où il a toujours vécu.

Celui-ci, littéralement noyé par son obsession pour Emilie, s'intéresse peu à Stock.

Le point de départ du livre était prometteur mais l'ennui et la déception ont pris le dessus.L'oubli est arrivé bien vite.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 25 Septembre 2018

Voici l'histoire de Gina, jeune fille de quatorze ans, orpheline de mère à deux ans, choyée par son général de père. Elle est élevée par sa gouvernante française, à Budapest. Elles visitent l'Europe pour y découvrir ses richesses culturelles.

La vie rêvée prend fin avec l'arrivée de la guerre en Hongrie, et le départ de la gouvernante pour la France. Un soir, le père déclare à sa fille qu'ils partent le lendemain pour une destination inconnue, elle ne doit emporter avec elle que le strict minimum. Il ne lui en dit pas plus.

Ils partent à l'autre bout du pays, elle va se retrouver dans un pensionnat.

Voici le résumé des deux premières pages du livre … Et le suspens tient tout au long de ce roman merveilleusement écrit, très évocateur.

Il nous plonge dans un univers très étrange qui n'est pas sans évoquer le totalitarisme. Szabo l'a écrit à la fin des années soixante, époque soviétique pour la Hongrie.

Certaines situations ou dialogues sont provoqués par des règles absurdes devant être appliquées coûte que coûte. 

Ce livre est vraiment excellent, divertissant et éclairant.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature hongroise

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Publié le 21 Septembre 2018

Elle a quatorze ans, vit seule avec son père dans une maison isolée sur une côte américaine. Son grand-père vit près d'eux dans son mobil-home, il est alcoolique.

Le père fait subir à sa fille toutes les violences possibles. Il est instruit et lit des livres de philosophie. Elle est très douée pour le maniement des armes et passe son temps libre à les nettoyer.

Nous sommes dans la tête de Julia, incapable de saisir les mains qui se tendent, loyale envers son père.A la moitié du livre, on pense qu'il ne pourra plus rien arriver de pire que ce qui s'est déjà passé, mais non, ce n'est pas fini.

Tallent aime les répétitions : elle se traite de petite connasse, elle gobe des œufs pour son petit déjeuner et jette les coquilles dans le compost, elle lance la bière à son père à la cuillère. Ces répétitions accentuent sans doute le désespoir, elles peuvent donner l'impression que tout est immuable.

Le rythme est haletant, il ne laisse pas de place au recul, à la réflexion, tout s'enchaine si vite. Par exemple, je ne me suis pratiquement jamais demandé ce qui fait que le père est si épouvantable. Je pensais seulement à sa fille, comment et quand elle pourrait s'en sortir. J'ai ressenti du voyeurisme en continuant à lire.

Mais nous sommes dans la tête de Julia, elle non plus ne se pose pas de questions au sujet de son père et nous n'avons pas d'élément pour expliquer ce père imprévisible.

Certains livres où la violence est reine, évitent de nous ressentir comme voyeurs. Je pense à « La malédiction des colombes » ou « La chorale des maîtres bouchers » de Louise Erdrich.  Faut-il une quantité de violence suffisante pour plaire ? Pour retenir l'intérêt de lecteurs blasés ? Je pense aux « Professeurs de désespoir » de Nancy Huston qui s'appliquaient dans le registre pour choquer et interpeller les lecteurs anémiés.

Car ce roman a été un best-seller lors de sa sortie aux Etats-Unis en 2017. Est-ce une dénonciation des armes à feu ? Le père n'a pas besoin d'elles pour maltraiter sa fille.

Tallent décrit très précisément la nature, en citant de nombreuses plantes inconnues. A un moment, le père évoque les obèses, incapables de prendre soin d'eux d'après lui, et du coup, insensibles à dégradation de la planète. Cette remarque est surprenante de sa part, car il n'hésite pas à brûler du plastique en quantité. Complètement déroutant.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 19 Septembre 2018

Il s'agit d'une enquête policière très originale menée par un détective privé dont la qualité principale est l'humour. Il lui en faut beaucoup pour vivre en cette période sombre de l'Allemagne, en 1936, à la veille des jeux olympiques de Berlin. Tout semble inédit : la demande d'enquête par une femme anti-conformiste, les situations incroyables dues en partie au contexte. Philip Kerr dépeint cette société de gens qui ont peur ou qui sont plus opportunistes que jamais.

Ce livre, très simple, très agréable à lire, est plein de rebondissements.

L'auteur a certainement fait de nombreuses recherches pour nous mener aussi loin dans les détails de la vie quotidienne du berlinois en 1936.

Les Violettes de mars – nom original du livre – sont ces gens convertis à la cause nazie sur le tard. Les personnages sont nombreux, les lecteurs ayant des difficultés avec les noms allemands devront dévorer rapidement ce livre, sous peine de se perdre.

Kerr éclaire en divertissant le lecteur et c'est un régal. C'est le premier livre de la Trilogie Berlinoise.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 17 Septembre 2018

Cyril Dion a réalisé avec Mélanie Laurent le film « Demain », sorti en 2015. Il fait le bilan depuis ces trois années.

Tout d'abord, il constate que « rien » ne s'est produit à la hauteur des enjeux, le péril devient plus immense et il cherche à comprendre pourquoi. Pourquoi il ne se passe rien ? Pourquoi on n'en parle pas plus ? Il a de multiples explications, la présence des écrans dans nos vies modernes étant l'une d'entre elles. J'y ajouterai nos profondes mutations : notre impatience (i.e. Notre habitude à vouloir tout faire le plus vite possible), notre manque de courage et notre désert intellectuel. J'avais envie qu'il évoque la télévision – même si elle est en perte de vitesse - avec ses faux rêves, surtout que tout est facile et à portée de main-, elle touche une bonne partie de notre population vieillissante. J'avais envie qu'il parle des migrants, victimes aussi du climat.

Notre société de communication n'apprécie guère les discours alarmistes. Et la conjoncture dirige l'intérêt des populations vers les aspects économiques plutôt qu'écologiques.

Pas de solutions présentées, mais des renvois à des sites internet pour montrer ce que font les autres. Au lecteur de se « bouger » pour trouver ses propres idées. L'idéal est que les gens se réunissent pour former des groupes gérables et capables de traiter au mieux les problèmes, de façon démocratique.

Cyril Dion sait bien que les lecteurs de son livre sont déjà préoccupés par le problème, sinon ils n'achèteraient pas son livre. Il préconise de construire des récits autour de la défaillance écologique pour toucher plus de gens, leur donner envie de chercher des solutions et de les mettre en œuvre. Alors à nos plumes ...

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Document

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Publié le 13 Septembre 2018

Wendy vit à New York, elle a treize ans. Elle veut rejoindre son père qu'elle connait à peine en Californie. Sa mère s'y oppose. Le compagnon de celle-ci est parfait et ils ont un petit garçon de quatre ans. Wendy adore son petit frère. Amélia est sa meilleure amie, elle est « prête à tout » (titre d'un autre livre de Joyce Maynard ...).

Bref, elle mène une vie sans histoire, ou presque. Et puis le 11 Septembre, tout bascule. La mère ne rentre pas de son travail dans une des tours jumelles. C'est l'attente infernale. Voici juste le début de ce roman.

L'auteur nous laisse entendre qu'il est plus aisé d'être jeune face à l'adversité, il est nécessaire de laisser le libre arbitre aux victimes pour les aider et toute forme d'art : dessin, musique, lecture est un baume pour l'âme blessée.

« Frankie Adams » de MacCullers et « Le journal d'Anne Frank » sont les livres de chevet de l'héroïne qui se construit non seulement par son épreuve mais aussi dans ces lectures.

Il y a des passages très forts d'humanité, où un personnage peu attrayant de prime abord, se révèle d'une grande philosophie.

Le message le plus important reste qu'il faut toujours beaucoup d'amour avec quiconque et dans n'importe quelle circonstance. C'est la seule richesse qui reste au delà de la mort. Et les souvenirs de cet amour restent pour ceux qui n'ont d'autre choix que de continuer à vivre, et cela les rend forts pour surmonter le chagrin.

La solitude des personnes de l'entourage des disparus est immense dans cette histoire. Rien ne leur est proposé, ils doivent mettre leurs petits papiers de recherches partout sur les murs de la ville, en souhaitant un signe quelconque. Aucune aide ne leur vient. Et ils vivent une situation inédite, difficile à décrire. Joyce Maynard nous amène à ces gens par le biais de ce roman.

J'ai été gênée par certaines réactions de Wendy, trop mâture à mon goût et qui m'ont empêchée d'y croire par instants. En revanche, le récit est très bouleversant.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 5 Septembre 2018

Cet auteure m'a été conseillée par un acrobate, Julien Scholl de la compagnie Jupon. Ce document sera au cœur de leur prochain spectacle.

Sans rire, il faut avoir du courage pour lire ce livre qui emploie les mots spécifiques à la philosophie et chaque phrase a dû être pesée car la réflexion est intense. Mais c'est tellement riche !!! J'ai donc cité un bon nombre de phrases, pour ceux qui n'auraient pas le courage de le lire et qui voudraient savoir de quoi il s'agit.

Une notion essentielle du livre est le dire parrésiastique, décrit par Michel Foucault dans une de ses conférences. Le dire parrésiastique est tout simplement le dire vrai. Partant de là, il faut définir le dire vrai … et c'est ce que l'on pense, après avoir supprimé toutes les contingences qui déforment notre pensée. C'est l'adéquation entre ce que vit le sujet et ce qu'il dit.

Le parrésiaste dit surtout ce qu'il pense mais d'abord « il se lie à cette vérité, il s'oblige, par conséquent à elle et pour elle ». Pour qu'il y ait parresiâ, il faut que « le sujet en disant cette vérité qu'il marque comme son opinion, sa pensée, sa croyance, prenne un certain risque, risque qui concerne la relation même qu'il a avec celui auquel il s'adresse ».

Au fur et à mesure que le temps passe, le découragement, la mélancolie s'installent et adoucissent les déceptions, les inéluctables renoncements.

Le courage est de voir ce qui peut être, ce qui reste, connaître la peur, la mesurer, l'accepter, vivre le temps présent.

« Le vingtième siècle a en effet signé la fin des convergences, la fin des évidentes alliances entre le progrès et la raison, la morale et la science, l'éthique et la technique ».

Il faut veiller à savoir bien vivre. Rien de plus simple à énoncer, ni de plus difficile à mettre en œuvre.

« Maintenir le désir devant la vie qui s'efface ».

Tout un programme car en avançant dans la vie, il y a la décrépitude, la maladie, la mort, les absences définitives, les renoncements ...

Il faut privilégier ce qui est proche, modeste, sans calcul, s'en réjouir tout simplement.

Le courage c'est d'être heureux avec ce que l'on a et ce qu'on est, et rester vigilant.

Le savoir du courageux est le fait de savoir qu'il ne sait rien. Nous restons ignorants de l'éternité et de la finitude. « Vouloir contrer à tout prix cette ignorance nous éloigne du courage. » Par exemple, vouloir décider de tout, organiser sa vie pour ne pas à avoir éprouver son courage … Or la mort est là, rien ne peut être prévu pour s'y préparer.

« Le parrésiaste ne peut manquer d'humilité ».

Une personne n'ayant plus de reconnaissance au travail n'a plus d'estime de soi. En particulier, elle ne trouve plus sa place dans la démocratie. Une conséquence est qu'elle ne vote plus. On peut étendre ce raisonnement aux jeunes qui ne votent pas. Est-ce parce qu'ils ne se sentent pas à leur place dans notre démocratie ? Est-ce parce qu'ils ne se sentent pas considérés ?

Le courage est intrinsèque à la reconnaissance sociale. Or que deviennent les chômeurs ? Les retraités ? Les femmes au foyer ?

C'est une lutte perpétuelle pour conserver notre démocratie. Rien n'est jamais acquis. C'est aux riches de se préoccuper des pauvres, aux heureux des malheureux. La loi doit être en accord avec le droit.

Ce livre a été l'occasion de découvrir Victor Hugo homme politique, l'auteure cite des extraits de discours absolument magnifiques.

Il est question également du besoin d'imiter pour se définir. D'où vient ce besoin qui nous empêche d'accéder à notre moi ? A quel moment avons nous ce besoin ? 

« Le courage est sans doute l'unique façon de réhabiliter le moi et son unicité, et sa légitimité ».

« Le courageux ne cherche pas à être courageux. Il concilie son dire et son acte et devient par là-même courageux ».

« Le courage est sans victoire. Sans victoire, d'une part, car il ne parvient jamais à écumer le reste de la morale ». « Et d'autre part, parce qu'il y a souvent au bout de l'acte de courage un échec. Ce qui sanctifie le courage, ce n'est pas la réussite de l'opération mais bel et bien qu'il y ait eu courage, intention courageuse ».

«L'élan courageux sanctifie l'élan vital ». 

Est-ce que le courageux peut faire peur aux autres ?

« Le courageux est celui qui a la volonté de l'absence de ressentiment ». « II garde par devers lui le sens et la volonté de la joie ». « Et le sillage de la joie reste un rempart sûr contre le ressentiment et la mésestime de soi-même ». « La volonté de la joie évite la barbarie ».

Cynthia Fleury cite à de nombreuses reprises Vladimir Jankélévitch, comme par exemple : « Devenir n'est pas mourir à petit feu, ou se morfondre, mais se réaliser à l'infini ».

Elle nous interroge, certes, mais exacerbe notre volonté, notre liberté, notre unicité pour nous amener vers nous-mêmes.

« Refuser de miser sur la fuite du réel comme source du bonheur. Faire le pari de l'optimisme, c'est assumer la responsabilité d'un destin ».

C'est un livre très difficile à lire mais qui fait un bien fou, à méditer, à relire, pour y puiser une immense énergie.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Philosophie

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