Publié le 27 Octobre 2018

Suite de « Yerruldegger », ce polar est toujours autant plein de péripéties. L'action se situe en Mongolie, dans sa capitale Oulan Bator. Cette ville est extrêmement sordide, elle a perdu sa spécificité mongole pour ressembler progressivement à n'importe quelle capitale.

 

Puis l'intrigue se déroule dans la steppe, où la nature est déchainée (vents violents, glaces et gelées), en Russie dans des villes fantômes et … au Havre !

L'histoire est racontée en très courts chapitres, avec de nombreuses surprises. L'ennui est impossible et il arrive même parfois de rire très franchement. Le seul petit défaut est la pléthore de personnages portant des noms mongols compliqués et il est préférable de lire très vite cette intrigue fourmillante de crainte de ne plus pouvoir suivre.

Le « fond » soviétique de ce roman est très excitant, plein de mystère, de logique digne des meilleurs romans d'espionnage, de références à des faits réels qui brouillent les pistes. Par exemple, Manook évoque la ville russe où Khodorkovski (ce PDG condamné pour escroquerie et évasion fiscale) a été emprisonné. Les russes voulant s'y rendre doivent posséder un passeport. Il n'y a qu'un seul hôtel pour les voyageurs, toujours plein pour décourager les amis et la famille du célèbre prisonnier de venir dans cette ville perdue … ville non seulement isoléee mais polluée par les mines d'uranium tout autour.

 

Le bien et le mal non plus trop de place, c'est la vitesse et l'intelligence qui l'emportent.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 24 Octobre 2018

Dans ce troisième et dernier volet de la trilogie berlinoise, la violence règne toujours, et les femmes en sont les premières victimes. Pourtant ce livre est impossible à lâcher, c'est captivant.

Nous sommes en 1947, la guerre est terminée. Bernie a souffert, enrôlé de force chez les SS, il a demandé à aller sur le front russe pour ne pas participer aux Einsatzgruppen, commandos si tristement célèbres pour avoir tué beaucoup de gens, et surtout des juifs. Il sera ensuite fait prisonnier en Russie.

Nous le retrouvons à Berlin malheureux non seulement pour ce qu'il a pu endurer mais à cause de sa femme. Elle semble indifférente et il découvre qu'elle le trompe. Cela le décide à accepter une offre d'enquête à Vienne pour aider à la libération d'un de ses anciens collègues de la police.

Ce récit rejoint la grande Histoire, les rivalités entre russes et américains, les rivalités entre le renseignement américain et l'armée américaine, la détestation des allemands pour les français qui ont collaboré et se présentent en vainqueurs, la dénazification, toutes les relations troubles et les combines en tout genre.

Là il est nécessaire de dévorer ce livre pour suivre toutes les péripéties et les nombreux personnages. Ils font tous partie de différentes organisations plus ou moins secrètes et parfois, se comportent comme s'ils faisaient cavaliers seuls.

Une fois encore, les femmes sont très maltraitées mais cela a sans nul doute été le cas et le reste encore. A noter que le dernier prix Nobel de la paix rend hommage aux femmes victimes pendant les conflits … enfin une reconnaissance.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 22 Octobre 2018

Ce polar psychologique se déroule de nos jours à Londres, les héros ont leurs défauts, leurs qualités et surtout leurs secrets. PD James aborde avec cette histoire de grands thèmes comme la foi, la solitude, l'ambition. Ses réflexions sur la société sont magnifiques et intemporelles. Le suspens est évidemment parfait.

Ce gros pavé est tellement délicieux qu'il s'avale tout seul !

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 20 Octobre 2018

Dans cette seconde partie, l'héroïne s'assouplit, communique plus. La fatalité s'est estompée, les éléments sont toujours présents.

Un personnage fait son entrée dans la seconde moitié du roman, il aiguise la curiosité, tout comme celle de Dina. On a envie d'avaler la suite. Mais l'écriture du récit est pesante, un temps à l'imparfait un peu lourd, des phrases hachées.

Dina reste une énigme, un sujet en soi, elle n'obéit qu'à sa règle, se fiche du regard des autres et ne se conforme qu'à son instinct. C'est un beau personnage de roman.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature norvégienne

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Publié le 19 Octobre 2018

Il la regarde, elle ne change pas.

il aurait bien aimé voir des gens ce week-end, cela fait si longtemps … Il ne se souvient plus de la dernière fois. Elle est toujours mince, chic, ses cheveux placés impeccablement. Son maquillage est discret, ses vêtements coûteux, cela lui plait. Il se tourne vers le jardin, la pelouse n’est pas tondue.

« Dis donc, tu n’as pas passé la tondeuse.

- Je n’en avais pas envie.

- C’est vrai, tu n’as envie de rien.

- Non ce n’est pas vrai, j’ai juste fait autre chose.

- Et si moi j’avais passé ma vie à faire autre chose que de travailler ? Hein ?

- Eh bien nous aurions vécu autrement, ne sois pas vulgaire.

- C’est bien toi, de me dire de ne pas être vulgaire.

- Pourquoi ?

- Parce que tu ne sais déjà pas bien parler français, alors la vulgarité, ça te connait.

- T’es vraiment méchant.

- Non, réaliste. D’ailleurs, j’ai corrigé les fautes d’orthographe sur ta liste de courses, ma pauvre fille.

- Bon, je te laisse là parce que j’ai mieux à faire que de t’écouter.

- C’est sûr.

- Je retourne à ma peinture ».

Elle tourne les talons et se dirige vers son petit atelier au fond du jardin, son lieu réservé. Elle ouvre la porte et a le souffle coupé. Des larmes coulent aussitôt sur ses joues, ses jambes tremblent. Elle est suffoquée par un mélange de colère et de stupéfaction. Il a osé.

Il a toujours critiqué ses peintures : trop de rouge, trop de noir, trop de couleur, tout de travers, encore rien à dire, encore de la peinture gâchée, heureusement que tu n’exposes pas, ce serait la honte … Elle a tout entendu depuis toutes ces années. Elle aime l’abstrait, les couleurs, les couleurs la transcendent, elle les associe merveilleusement.

D’ailleurs cela ne l’a pas empêchée d’exposer avec des amies et elle a obtenu un petit succès. Elle aime gagner de l’argent, il lui en faut toujours, cela la rassure et aussi compense toutes ces bêtises qu’elle doit entendre. Cette fois, il a dépassé les bornes, elle est tétanisée. Il a repris son portrait, profitant de la peinture encore fraîche pour « corriger » les traits délicats, formés avec patience.

 

Elle se précipite dans la maison, il est assis dans le salon, et lève les yeux de son journal.

« Alors, c’est pas mieux comme ça ? ». Elle n’en revient pas, elle a envie d’hurler, elle bafouille.

« Mais oui, je t’avais dit que ça n’allait pas et tu ne faisais rien pour arranger ça, voilà qui est fait maintenant. »

Elle explose de fureur : « Quel salaud tu fais, tu n’en a pas assez de me gâcher la vie ? Il faut que tu gâches ma peinture maintenant ? ».

Il arbore son petit sourire satisfait, si désarmant, celui qu’il avait avec ses patientes mécontentes, sa carapace irréprochable.

« Et voilà, tu t’énerves encore. Tu es incapable de me remercier. Quelle ingrate tu fais. Bon, je vais te laisser, je dois partir maintenant ».

 

La laisser, c’est toujours pareil. Il la laisse et la reprend. Elle adore être reprise, comme une vieille voiture d’occasion. Il a peut-être envie d’une neuve à présent. C’est ce que sa fille lui a laissé entendre. Elle pourrait être bientôt abandonnée. Enfin, sa fille ne lui a pas dit qu’il avait quelqu’un d’autre, elle lui a seulement répété ce que son père lui a dit. Il veut se séparer d’elle. Cette idée la fait frémir : toutes ces années à le subir pour rien au final. Que deviendrait-elle sans lui ? Il est bien capable de refuser de lui donner quoi que ce soit, il est tellement radin. Où irait-elle ? Comment continuer sans argent ? Elle est déjà trop âgée pour reprendre un poste. Ses enfants pourraient l’aider. Cela fait si longtemps que sa fille lui dit de partir, si longtemps. Elle n’a jamais su le faire. Elle ne connait rien d’autre. Elle était éblouie par ce garçon charmant qui avait traversé toute la France pour demander sa main à ses parents alors qu’ils venaient tout juste de faire connaissance. Elle était éblouie par sa gentillesse, il était très beau, mince comme aujourd’hui, des yeux pleins de tendresse. Son avenir était tout tracé, une belle situation, la promesse d’une vie aisée, sans soucis, une belle position sociale.

Quand ils se sont mariés, elle a été étonnée de sa désinvolture; ce n’était pas pour lui déplaire, c’était plus marrant que gênant. Ils allaient aux soirées étudiantes et buvaient à l’oeil, profitaient de tout, sans se soucier de ce que pouvaient penser les autres.

Les disputes ont commencé tout de suite, elle ne s’en est pas inquiétée pour autant. Les réconciliations étaient si délicieuses. Il savait lui dire ce qu’elle voulait entendre et elle oubliait aussitôt les petites vacheries. Elle était heureuse, elle allait fonder sa famille, avoir une belle maison, acheter tout ce qu’il lui plairait. Elle ne se posait pas de questions. Il était présent dans tous les sens, et surtout au lit, point essentiel.

Mais justement c’est bien terminé de ce côté-là et quand elle repense à aux assauts quotidiens de son mari, elle s’inquiète un peu de ce changement, arrivé sans faire de bruit. Il n’était pas avare de compliments non plus. Et cette petite phrase répétée de sa fille a aggravé son sentiment de délitement complet de leur relation.

 

Elle s’arrange les cheveux devant le miroir, ses yeux sont cernés. Sa bouche est toujours plus fine, plus dure.

Il est en bas, prêt à partir pour son séjour en montagne; il doit attendre qu’elle descende pour lui dire au revoir. Non, il a claqué la porte d’entrée. Elle est libre. Enfin presque.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 16 Octobre 2018

Ce livre est un très bon policier, plein de rebondissements. L'histoire est originale, et l'auteur nous distille des pensées plus complexes qu'il n'y paraît.

Même si ce n'est pas le grand roman qui marque, c'est très divertissant et fait passer un très bon moment.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 16 Octobre 2018

Ce petit recueil de nouvelles est un délice de lecture. Le style est efficace, direct.

Dans la première nouvelle, un couple se retrouve après une longue séparation forcée de près de huit années. Ils sont encore jeunes, se sont beaucoup aimés mais ils n'ont pu construire leur vie ensemble.

Ils se croisent par hasard et décident d'aller admirer ensemble la première neige sur le mont Fuji. Ils se parlent tout au long du voyage puis à l'hôtel, pleins de respect l'un envers l'autre, de crainte d'aller trop loin, de trop en dire ou trop en faire, une immense délicatesse les unit.

La seconde nouvelle a un thème bien original : un écrivain visite un autre écrivain, bien plus âgé et qui ne communique plus du tout. Sa fille s'occupe de lui. Elle dialogue avec le visiteur, sans bien tenir compte de la présence de son père. Est-ce qu'un écrivain n'existe que par ses écrits ? Est-ce que le père existe encore en quelque sorte ? Voilà la question posée par Kawabata.

La troisième nouvelle et les suivantes sont évanescentes, inattendues. Les dialogues sont directs et ont des sujets saugrenus : la chute irrégulière des feuilles, le nombre de maîtresses d'un père. Des questions sont posées par le maitre de la littérature : à quoi tient une relation ? Une odeur ? Il souligne les lubies, la fragilité d'une relation, tout ce qui nous traverse et la profondeur des liens qui unissent les gens.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature japonaise

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Publié le 10 Octobre 2018

Tout commence à la plage, ils sont jeunes, ils viennent de se marier … et sont tous seuls. Puis l'auteure nous détaille l'histoire de Lotto, le jeune marié, l'histoire de ses parents.

Lotto se conforme à ce qu'on lui demande, il a une réputation à tenir, il la tient. Il suit son instinct qui le guide à Mathilde. 

Il est toujours le petit garçon de son papa décédé et sa mère lui a coupé les vivres pour lui apprendre à grandir. Elle n'aime pas la belle-fille qu'elle n'a jamais rencontrée.

Celle-ci est juste bonne à baiser – c'est dans le livre à de nombreuses reprises – elle n'en demande pas plus, et doit faire bouillir la marmite. Pourtant, elle sait ce qu'il va faire, ce qu'il sera. Et lui se laisse guider, centré sur lui, ne s'intéressant pas du tout à Mathilde. C'est une sorte d'inversion des rôles « classiques » entre l'homme et la femme.

Nous suivons ce couple pendant plus de vingt ans, avec le regard posé sur lui. Elle prend le relais ensuite. Les révélations fracassantes permettent de « tenir » jusqu'à la fin.

Lauren Groff aime les digressions qu'elle place entre crochets pour mieux nous prendre à parti et prendre le parti de celui ou celle dont on parle à ce moment-là. Cela donne parfois l'impression de gagner du temps sur ce qui doit être ressenti et épargne les descriptions ou anecdotes fastidieuses à raconter. Ou alors c'est un parti pris pour mieux nous saisir … et ne pas nous laisser en spectateur.

Le récit s'emballe par moments, et hop, il change de direction. C'est peut-être la démonstration que le déroulement des évènements ne tient à pas grand chose. Le rythme est très inégal.

Les personnages sont déplaisants, ne suscitent pas d'intérêt, sauf à la fin, et ils sont assez tristes. J'avoue avoir ressenti un dégoût croissant à la lecture de ce livre, car rien de beau n'en sort. C'est une escalade de vengeance entre personnes blessées, cruelles et seules.

Là encore, il y a de la surenchère dans la violence pour entretenir l'intérêt du lecteur, sans laisser la place à la réflexion subtile. Que raconteront les romans américains dans dix ans ? Il paraît que Barack Obama a adoré ce récit, alors ce n'est pas prêt de finir.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 8 Octobre 2018

Ce deuxième tome de la trilogie berlinoise est violent, complexe et très surprenant, sans doute à l'image de la société berlinoise en ce début Août 1938.

L'été est brûlant à Berlin, le héros – Gunther le détective privé – sent autour de lui une effervescence très particulière, la guerre est imminente.

Le statut des juifs se dégrade, la nuit de cristal aura lieu en Novembre. Philip Kerr a l'art de décrire avec force détails toute l'ambiance délétère de l'époque, les petits arrangements de certains, les gros profits éhontés des autres. Tout se dérègle et devient fou. Par exemple, il y a ces quêtes obligatoires pour les bonnes œuvres nazies.

Rien n'est sûr et dès le début de cette histoire, Bernie Gunther perd son associé sans comprendre comment ni pourquoi, le comble pour un détective privé. Il est alors tout de suite recruté par ses anciens employeurs de la police, de force bien évidemment, pour enquêter sur des meurtres de jeunes filles allemandes de type aryen.

Son esprit non formaté devrait faire des merveilles pour découvrir le ou les meurtriers et stopper l'hécatombe. De plus, cet homme ne craint plus grand chose.

C'est une immersion dans un passé pas si lointain, où tout le monde semblait perdre pied. Passionnant tout simplement.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 4 Octobre 2018

Les carnets commencent en mai 1935, Camus est âgé de vingt et un an.

Ce qui frappe tout de suite, c'est sa maturité. Il a un recul incroyable et une plume magique pour synthétiser en une ou deux phrases une pensée fugace.

Camus était un homme très libre, dans ses mouvements, ses choix. Il prend le temps de contempler le soleil du soir dans la mer, d'observer la courbe du corps des femmes qui l'excitent. Ce n'est jamais vulgaire. Il les aime d'une façon désuète, regarde leurs corps et les commente, comme des œuvres d'art, avec beaucoup d'amour.

Ces notes prises au fil de ses pensées sont des ressentis, des idées pour ses histoires, des sensations, des émotions de lecture.

Certaines phrases sont de purs bijoux, justes, allant droit au cœur.

Je n'imagine pas comment il pouvait être dans la vie courante mais toutes ces richesses intérieures devaient l'occuper beaucoup et il avait sans doute besoin d'être seul pour laisser tout ce flot de pensées s'écouler en lui.

C'est très touchant et étonnant de lire la pensée d'un homme qui savait si bien les transcrire.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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