Publié le 26 Novembre 2018

Une famille résidant aux Etats-Unis de nos jours voit son cours ébranlé par la venue d'une famille anglaise dans son quartier plutôt privilégié.

Dans la famille américaine, la mère est noire, infirmière et elle vit dans l'ombre de son mari qu'elle adule. Le père est anglais, professeur dans une université de seconde zone, son sujet est Rembrandt. Il est pédant, imbu de sa science et très égocentrique. Le fils ainé est semble-t-il très doué, trop sensible et assez en retrait. La fille est sûre d'elle, elle travaille son assurance en étant terriblement scolaire, mais est assez seule. Le petit dernier ne va pas en cours, essaie tout ce qui se présente et aimerait être ami avec des gens qui ont de vrais problèmes. Ils sont tous paumés, et ont des existences un peu vides.

Or au fil des pages, les retournements de situations surprennent, aiguisent la curiosité et à la moitié du roman, le lecteur fait partie de cette famille. Il tremble, puis est déçu, puis inquiet. Par exemple, les disputes sont d'une justesse impressionnante, les paroles échangées sont si banales.

A priori, l'arrivée de la famille anglaise dans quartier ne devrait pas poser de problèmes : le père est professeur dans la même université, la fille y étudie aussi. Ils ne sont pas des inconnus pour la famille d'américains. Mais tout va déraper avec leur arrivée. 

C'est un tourbillon de scènes très fortes, tantôt douloureuses, tantôt très drôles. Zadie Smith sait tout raconter avec brio.

Voir les commentaires

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

Repost0

Publié le 23 Novembre 2018

La construction de ce livre laisse à penser qu'il s'agit d'un « page turner » : de très courts chapitres où les personnages racontent les uns après les autres le déroulement des faits, après qu'un drame ait eu lieu.

Mais c'est bien mieux que cela, il y a du suspens – que s'est -il passé au juste ? - et aussi de la psychologie : qui sont ces personnages qu'on découvre au fil de leurs révélations ?

Le lecteur ressent l'inéluctable, la machine est bien rodée pour broyer les personnalités faibles. Il y a le dégoût face à cette jeune femme dressée pour réussir … à n'importe quel prix. Et enfin le vide intersidéral de ces vies, conditionnées par la publicité, formatées par une éducation qui retire la possibilité d'être soi. Tout ceci mène à l'horreur, sans le moindre remords.

La course à l'envie d'être célèbre est touchante et ridicule, puis devient inquiétante. Elle est utilisée par l'auteur pour démontrer que nos repères disparaissent. Les proies les plus faciles sont les personnes n'ayant pas reçu de valeurs solides durant leurs enfances. Elles rêvent d'être des gens importants sans avoir aucun effort à fournir.

La victime est le seul personnage qui est bon, travailleur, aimant jusqu'à l'aveuglement.

 

C'est cynique, sidérant et génial.

Voir les commentaires

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

Repost0

Publié le 21 Novembre 2018

Alaa El Aswany dénonce avec un courage fou la dictature égyptienne dans cette série d'articles publiés en 2010 et 2011. La révolution égyptienne a lieu en 2011, après trente années de soumission au régime de Moubarak.

Ce document permet d'avoir une petite idée de ce qu'est au jour le jour une dictature, avec toute la violence inouïe ressentie par le peuple égyptien.

L'auteur manie le raisonnement par l'absurde, ce qui fait qu'il est possible de sourire à ses écrits, malgré l'horreur et le désespoir. En voici un exemple : L'homme étant égal, en principe, à la femme, pourquoi les hommes beaux ne seraient pas voilés ? Eh oui, ils pourraient tenter les femmes … Car une femme étant voilée pour ne pas tenter les hommes, l'inverse est vrai !

Ces articles donnent une leçon sur la démocratie, ils révèlent l'injustice et la misère.

Comment les égyptiens sont-ils arrivés là ? Comment peuvent-ils en sortir ? La religion sous sa forme extrémiste est la béquille de la dictature, elle maintient la tête sous l'eau du peuple égyptien.

El Aswany s'attache donc à décrire en quoi l'application wahabiste de l'Islam dévoie l'Islam et permet à la dictature de se maintenir.

Il se souvient des femmes en maillot de bain, en mini jupes, à une époque révolue où la vie se déroulait paisiblement. Une des explications donnée à ce changement social est la suivante. Un certain nombre d'égyptiens ont dû aller en Arabie Saoudite pour travailler. Le wahabisme est très répandu là-bas, pour montrer aux autres pays arabes qu'ils sont plus croyants que les croyants. Ces égyptiens sont revenus ensuite au pays avec des idées et des pratiques wahabistes. La télévision, financée par les pays du pétrole, fait le reste ...

Bien évidemment, tout ce qui est raconté dans ces articles est vrai mais écoeurant, révoltant, avec le but de réveiller les consciences de tous les lecteurs. C'est pourquoi le style est simple et direct. Pour autant, la lecture est difficile à cause des sujets abordés comme la violence gratuite exercée par le pouvoir, les tortures pour effrayer les gens.

Liberté, justice et vérité sont les trois mots répétés tout au long de ces articles percutants. Impossible de ne pas y être sensible, surtout après sept années de recul, car ils sont pleins d'espoir et de croyance en l'humanité. Or l'histoire ne s'est pas déroulée comme prévu.

Voir les commentaires

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature égyptienne

Repost0

Publié le 19 Novembre 2018

Quelle surprise ce livre ! Il s'agit d'extraits du journal intime de Jane Birkin, sélectionnés et commentés pour certains. Ce qui ressort en premier, c'est la candeur, la sensibilité et la fragilité de Jane.

Elle est née dans une famille anglaise, en 1946. Cette famille est très aimante, mais elle ne s'occupe pas d'elle, pas plus de son frère et de sa sœur. La mère est une actrice célèbre au Royaume Uni, son père est un homme qui a eu pas mal de problèmes de santé.

Jane subit beaucoup parce qu'elle n'a pas reçu toutes les armes pour s'en sortir et n'est pas assez forte pour supporter les séparations régulières d'avec cette famille. Elle est le plus souvent dans un pensionnat, où elle n'est guère populaire parmi ses camarades.

Elle sait pourtant s'amuser, profiter de la vie, mais sa solitude la rend vulnérable. Elle se précipite dans de mauvaises situations, et manque de se noyer parfois … au sens propre comme au sens figuré. Jane n'est jamais sûre d'elle, toujours à douter de ce qu'elle pourrait penser et elle ne s'aime pas physiquement. Alors elle se confie à son journal, pour se donner un peu d'assurance et beaucoup de consolation. Elle ne s'autorise pas à parler aux autres et doit plaire à tout prix, elle a un immense besoin qu'on s'occupe d'elle.

Ce manque d'aisance et de repères dans la vie la conduit à mener des expériences, parfois douteuses. Elle semble rester indéfiniment jeune et insouciante. Or la tristesse règne tout au long de ces pages. Elle endure la vie avec Serge Gainsbourg, ses scènes, ses caprices, ses exigences, car elle l'aime quoiqu'il arrive.

Elle observe ses filles grandir, avec de l'amour certainement, un petit peu en retrait.

Jane a toutes les qualités d'une artiste, elle peut se fâcher très violemment mais elle a une infinie bonté en elle.

Ce livre est aussi difficile à lâcher qu'à lire. Il ne peut laisser indifférent car il dégage une formidable humanité.

Voir les commentaires

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

Repost0

Publié le 14 Novembre 2018

Une fois encore j'ai été éblouie par son écriture simple et efficace, très visuelle, prompte à plonger dans n'importe quel sentiment. Cela a été rudement vérifié par cette histoire de haine folle au sein d'un couple et j'étais presque autant désespérée que les enfants de cette famille. Tout va mal et se dégrade inexorablement. Il est évident que la chute sera tragique et violente.

L'héroïne est le modèle de son mari artiste peintre. Il la déshabille, la met dans des positions humiliantes. Elle ne supporte plus ces situations dégradantes. Elle l'acceptait au départ pour l'argent et par fascination. Les enfants grandissent et c'est le déclic. Elle refuse de se représenter ce que les enfants pourraient ressentir s'ils la voyaient ainsi sur les tableaux. Heureusement, toutes les peintures ont été vendues - petite dénonciation au passage du voyeurisme des collectionneurs - mais elle comprend qu'avec internet, ils peuvent la voir ainsi.

Le personnage du mari est odieux, si odieux qu'il n'est pas crédible. Il fait croire à sa faiblesse pour mieux exercer son emprise, ses chantages … il mène la danse.

La question posée est la suivante : est-ce qu'un artiste peut tout se permettre ?

Voir les commentaires

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

Repost0

Publié le 7 Novembre 2018

Voici l'histoire de la grande écrivain britannique Daphné du Maurier, de ses débuts dans sa famille iconoclaste pour la société britannique du début vingtième, jusqu'à la fin de sa vie. La famille est très aisée, les parents sont tous deux des artistes.

Daphné est touchante, très seule, vraiment courageuse et assurément indépendante. Rien ne l'arrête. Par exemple, Daphné fait du bateau par tous les temps sur son petit esquif et coupe même le bois pour se chauffer ! Une longue et difficile route ne la dissuade pas de tenter la visite d'une maison abandonnée. Celle-ci marquera son imagination au point de l'utiliser comme modèle pour « Rebecca ».

Elle pense à son écriture avant tout, et parfois bien même avant ses tous jeunes enfants. Elle est sans complexes, ni culpabilité, sans concessions. Elle ne veut pas faire de promotion pour ses livres, ni répondre aux demandes d'interviews des journalistes … et ça à une époque où la société britannique était très codifiée sur les devoirs d'une femme, qui plus est, femme de militaire et mère.

Sa première interview la présentait comme une jolie petite épouse de militaire, un peu en retrait, afin de la présenter sous son meilleur jour, sans doute. Mais cela ne l'intéresse pas de savoir ce qu'on peut penser d'elle. Elle a toujours été ainsi, dès son plus jeune âge.

Par exemple, elle refuse d'assister aux obsèques de son père. Pendant que celles-ci se déroulent, elle libère deux oiseaux en cage en guise de rituel d'adieux.

Elle décide et elle agit. Elle possède la force pour devenir écrivain à part entière.

Son attitude vis à vis de ses enfants a pu choquer, mais elle avait besoin de solitude, de vider son esprit, être très concentrée sur ses récits. Elle sait rire et s'amuser aussi.

Sur les photos présentées dans le livre, Daphné est fascinante, magnifique, un peu ailleurs.

 

Cet écrivain n'a pas eu la reconnaissance méritée de son vivant, peut-être parce qu'elle était vraiment libre. Elle n'avait peur de rien, ni de la noirceur dans ses écrits, ni de ce qu'elle pouvait provoquer comme sentiments en tant que femme émancipée, ni nuire à la carrière militaire de son mari.

Voir les commentaires

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

Repost0

Publié le 3 Novembre 2018

Delphine Minoui, iranienne et française, nous fait part de ses émois à propos de son histoire personnelle. Toutes les pistes sont brouillées, volontairement peut-être. Elle annonce à l'avance ou non les faits et nous entraine dans un labyrinthe de sensations et d'évènements entremêlés.

Par moments, j'ai eu l'impression qu'elle ne pose pas les bonnes questions, qu'elle a envie de nous perdre, ce qui a finit par arriver pour moi.

J'ai donc été tiraillée entre la déception et l'envie d'apprendre encore quelque chose sur l'Iran qui m'intéresse beaucoup. Le fait qu'elle s'adresse très régulièrement à son grand-père pour établir une comparaison entre sa vie et la sienne « casse » le récit.

Certains moments d'action sont prenants malgré tout.

Pour autant, ce récit trop décousu n'a pu me toucher.

Voir les commentaires

Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

Repost0