Publié le 24 Décembre 2019

Pourquoi ne peut-on pas vivre là où on veut ? Depuis quand est-ce impossible ? 

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky a été interviewée par Frédéric Worms dans son émission « Matières à penser » sur France Culture, ce qui m'a conduit à avoir envie d'en savoir plus sur son activité. Elle assure des consultations un ou deux jours par semaine à l'hôpital Avicennes, hôpital créé en 1935 pour les musulmans de passage ou s'installant en France, dans la banlieue de Bobigny. Maintenant, ils arrivent de toutes parts. Elle est parfois accompagnée d'un interprète pour dialoguer avec les migrants, seuls avec leur trauma, culpabilisant d'avoir survécu. Qui sont-ils ? Ceux dont on ne veut pas, ni là-bas, ni ici.

A travers tous ces parcours de vies brisées, apparaissent en creux toute la folie dont les hommes sont capables. Pas besoin de se dire que les nazis c'est du passé, les descriptions des tortures sont effroyables, avec des conséquences qui se prolongent inexorablement. Par exemple, la victime ne peut plus employer sa langue, car elle lui évoque trop douloureusement la langue de ses tortionnaires. Certains ne peuvent plus dormir qu'une heure ou deux par nuits … et ces gens dorment dehors, exclus encore et encore, complètement perdus, pour être ensuite broyés par la machine administrative française.

Le miracle est qu'ils survivent malgré tout et que cette femme parvient, avec toute son intelligence, à ramener à la vie ces gens «détruits à l'intérieur ».

Cette femme exceptionnelle évoque tout, leurs parcours, la méthode employée, ses difficultés, avec ses termes parfois trop techniques pour une béotienne et avec une distance obligatoire pour ne pas être brisée elle-même. 

Comment accepter tout cela ? Comment ne pas être ébranlée par notre refus de les accueillir dignement, sans ajouter de maltraitance ? Ces gens se tournent vers la France, nation si fière de rappeler à toute occasion qu'elle est le pays des droits de l'homme. Etait ?

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Document

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Publié le 19 Décembre 2019

Toujours très intéressante, drôle, animée, cette longue marche se déroule cette fois à travers la Chine. C'est un excellent livre sur la vie. J'aime décidément beaucoup la personnalité de Bernard Ollivier et son plaisir à raconter.

La dernière partie de la marche est laborieuse pour notre marcheur courageux et déterminé … sans pour autant que ce soit laborieux à lire !

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 13 Décembre 2019

La grande passion dans la vie de Pline fut l'écriture, qu'il mit au service de ses discours d'homme politique, d'avocat ou encore d'amoureux de la poésie. Il échangeait toutes ses idées avec ses contemporains du début du premier siècle dans l'empire romain à travers de nombreuses lettres, où là encore le plaisir d'écrire s'exprime, et dont le sujet principal est … l'écriture.

Il faut copier, traduire du grec au latin puis du latin au grec, réécrire … pour éprouver, exercer son esprit. Mais cela ne suffit pas car il faut aussi de l'imagination, de l'audace, du courage, de l'endurance … Pline le jeune exhorte ses amis à varier leur écriture … jusqu'à écrire en vers. La belle question de l'écriture est abordée de toutes façons, au sens propre.

Les dernières lettres présentées dans cet ouvrage sont adressées à Tacite, elles relatent une explosion du Vésuve avec une réalité impressionnante, alors qu'il n'avait que dix-sept ans au moment des faits.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Philosophie

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Publié le 11 Décembre 2019

Voici le récit fleuve de la vie de Moura. Comment la présenter ? Elle fut la maitresse de Gorki et de Wells, et de quelques autres encore. Elle est née à la fin du 19 ème siècle en Ukraine, a vécu en Russie, en Estonie, puis en Italie et en Angleterre. Elle aura vécu de très près la révolution russe. 

Moura était une femme exceptionnelle au sens propre du terme, éprise de liberté et courageuse. Elle a mené une vie d'aventurière, traductrice et éditrice, ayant différents amants en même temps et sans s'en cacher. Elle a confié le soin de l'éducation de ses enfants à la nurse anglaise qui l'avait élevée, sans beaucoup s'en préoccuper. Elle avait la passion de la littérature. Elle a collaboré au journal La France Libre avec Raymond Aron et a permis la publication du premier roman de Romain Gary en Angleterre, avant son édition française...

Ce livre s'appuie sur de nombreux travaux de recherche et est un très bon moyen de découvrir ou redécouvrir la Russie avant et après sa révolution, de l'intérieur, avec ces revirements, ces violences faites aux russes. Moura supporte tout, a un caractère exemplaire et comme toute personne en marge, a fait l'objet de nombreuses contreverses. Elle n'acceptait pas la facilité car Wells l'a demandée plusieurs fois en mariage, qu'elle a refusé. Difficile pour ses proches de savoir ce qu'elle pense ou elle ressent, c'est une femme d'action tenant en priorité à sa liberté. Elle aurait pu sortir brisée de ses séjours en captivité, mais elle en revient plus déterminée. D'où lui vient toute cette force ? Elle a des atouts : l'intelligence, le charme, un appétit de vie énorme. Elle ne se vante de rien, ne profite pas de ses relations. La liberté avant tout.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 10 Décembre 2019

Après en avoir entendu un extrait à la radio, j'ai eu envie de découvrir ce livre, écrit en trois parties : Sorella, Italia et Vapore. Sorella est le récit à haute voix d'une bonne sœur ; elle n'aime rien, pas même Dieu. Cette nonne est en confrontation feutrée avec la mère supérieure, qui lui impose de s'occuper de tout petits enfants. Sorella les déteste et les maltraite en quelque sorte, sauf un, Lucas, qui aurait été adopté. Impossible de terminer cette première partie, trop dérangeante de cruauté, avec une héroïne incohérente.

Pourtant l'écriture est exceptionnelle, si touchante qu'elle accentue le malaise de l'histoire. La narration continue, sans chapitres, provoque une sorte d'apnée.

Italia est le prénom d'une femme qui a grandit dans un institut à Rome pour orphelins. Elle est préparée à une vie de labeur au sein d'une famille qui lui est désignée à ses vingt ans. Elle n'aura pas de vie à elle. Italia scrute les moindre faits et gestes des membres de la famille, elle est parfois semblable à un robot, sans affect, tout à son dévouement à cette famille pour qui elle ne représente rien. Des occasions, rares, se présentent pour qu'elle s'en échappe. Mais elle n'en fait rien. La famille se délite peu à peu, c'est vraiment désespérant. Elle décrit toutes les étapes de déchéance pour chacun, sans pathos.

J'étais impatiente d'en finir alors que je restais subjuguée par le style, la sensibilité extrême des phrases.

Vapore commence plus légèrement, comme un conte : une femme âgée se fait conduire à sa maison de campagne mise en vente. Le jeune vendeur lui fait raconter ses souvenirs en attendant la visite. Elle se laisse faire volontiers. Il vient la chercher tous les jours, qu'il y ait ou non une visite. Les confidences sont de plus en plus douloureuses. Vapore est le nom de son mari disparu, magicien errant, difficile à vivre au quotidien. J'ai avalé la fin, écrasée par ce récit. Quel dommage de mettre tout ce talent d'écriture au service de la noirceur la plus banale, celle qui touche le plus sûrement. Je suis sortie de cette lecture très profondément déprimée. Raymond Carver a écrit aussi des histoires tristes avec beaucoup de talent, sans jamais m'affecter à ce point.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature italienne

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Publié le 5 Décembre 2019

Ces quatre nouvelles se passent au Vietnâm entre le 19 ème et le 20 ème siècle. L'une d'entre elles se déroule sur cinq générations. Toutes les histoires, très succintes, sont relatives à l'argent. Il y a de la cruauté, des croyances. Les femmes sont malmenées et si elles ont à peine de l'importance, elles sont alors peu sympathiques. Je n'ai pas été marquée par ce livre trop rapide car je n'y ai pas trouvé d'humanité et encore moins de crédibilité même si cela se lit bien sur le moment.

Pudeur de l'auteur ? Décalage de civilisation ? Problème de traduction ?

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature vietnamienne

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