Publié le 27 Mars 2020

Ce conte se situe dans une petite ville polonaise imaginaire, au début du siècle dernier, avec ses deux rivières, sa forêt, deux ou trois grandes villes alentour.

Certains de ses habitants sont un peu étranges. Puis survient un fait réel : la première guerre mondiale. Michel Céleste, le meunier, découvre à son retour du front sa petite Misia, à qui il offre son trophée de guerre, un moulin à café. Un châtelain désoeuvré reçoit en cadeau du Rabbin un jeu qui se joue tout seul, jeu qui l'obsède complètement, au point de tout oublier. Au détour d'une conversation entre un militaire et un jeune homme un peu simplet s'engage une réflexion sur la place de Dieu.

Le livre est merveilleusement écrit, même si je lis une traduction du polonais, avec de très courts chapitres ayant toujours pour titre « Le temps de ... ». Le sujet du temps est aussi bien l'un des nombreux personnages que le chat ou le saule pleureur, ou qui sait ? Cela évoque les récits d'Isaac Bashevis Singer, autre grand écrivain nobélisé.

Il y a de nombreuses digressions et réflexions superbes, philosophiques, drôles, au gré de la vie de ces gens qui se déroule sur plusieurs générations, avec des traits relatifs aux élans de la vie, de la Nature. Les émotions sont palpables, envie de rire, de pleurer, tout est à prendre.

Par exemple, il est question de l'inquiétude des gens face à l'inconnu, aux situations perpétuellement changeantes, à l'incertitude, un écho à notre confinement ...

Cette vraie fiction est magique et magnifique, tout simplement.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature polonaise

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Publié le 25 Mars 2020

Ce polar expose très clairement ce qui ne l'est pas : la situation au Donbass, déchiré entre la Russie et l'Ukraine. Cette province est l'objet d'un conflit depuis 2014, conflit qui n'évolue guère depuis, n'intéressant personne, et surtout pas les Européens. Ses habitants se sont « habitués » et ils oscillent entre la nostalgie de l'époque soviétique – où aucune liberté ne leur était accordée mais tout était prévisible, y compris la maigre pension accordée – et la république de Maïdan, promesse d'ouverture à l'Occident et d'incertitude angoissante.

Les gens récoltent surtout le pire des deux offres et n'ont guère le choix, sans compter les bombes qui leur tombent dessus tous les jours.

Cette partie du monde a été – reste – ignorée. Le peuple a « subi » la chute de l'Union Soviétique, à l'instar des Allemands de l'Est. Les usines de charbon se sont retrouvées entre les mains de gangsters. Certains hommes, jadis fiers de leur outil de travail, ont découvert le chômage, la nécessité des « rapines » pour les plus jeunes, l'incompréhension pour tous. La négligence et le mépris du Pouvoir envers eux a créé une colère juste. Tous les ingrédients sont réunis pour une installation durable de la violence, avec son cortège de trafics en tout genres.

Vitkine présente tout cela à la perfection, sans fioritures, efficacement, avec une affaire judiciaire à régler. L'enquêteur est policier sans envergure à ses propres yeux, mais prestigieux pour sa ville. Il se fie à son instinct, médite longuement entre d'énormes prises de risque. Il est las de tout, ayant fait la guerre en Afghanistan, rien ne l'impressionne.

Vitkine est le correspondant du journal Le Monde sur le sujet depuis des années, ses articles sur la mer d'Azov m'avaient beaucoup interressée. Une fois encore la fiction complète le regard sur ces situations impossibles.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 13 Mars 2020

L'auteure rend hommage à sa mère dans ce livre en racontant son histoire et ses souffrances. Celle-ci a honte et est seule. Elle surmonte sa situation en écrivant courageusement une lettre à toute sa famille, y compris à ses deux filles (l'ainée a alors douze ans) pour raconter ce que son père lui a fait subir. S'en suit un silence total. Personne ne réagit.

Alors cette femme plonge dans le désespoir complet. Sa vie devient infernale, triste et pathétique. L'auteure, sa fille, se sens coupable de ne pas avoir su lui tendre la main après le décès de la grand-mère, mais elle ne l'a pas fait … faute d'y avoir pensé. Terrible solitude, manque d'amour, les enfants subissent tant. Personne ne veut remettre en question le père atroce qui met la pression sur toute la famille. Ils ne sont pas tous armés pareil pour le supporter. La mère aurait pu s'en sortir car sa meilleure amie avait aussi subi les attouchements de Georges, l'ignoble père. Mais la honte les a empêchées de se confier l'une à l'autre.

Ce livre est très émouvant, malgré des longueurs et des digressions.

Certaines scènes de folie de la mère sont très marquantes.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 13 Mars 2020

Cette petite nouvelle raconte comment l'atrocité nazie s'acharne sur un pur esprit. Toujours très très bien écrit et édifiant. Immense plaisir.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature autrichienne

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Publié le 11 Mars 2020

« Révoltant » est le mot qui me revient tout au long de la lecture de ce récit. Pierucci est un cadre de haut niveau d'une grande société française, Alstom. Il nous raconte comment sa vie a basculé un jour d'Avril 2013, jour où le FBI l'a arrêté à sa descente d'avion à New-York. Il se tait, conformément aux instructions qui lui ont été données lors d'une formation reçue. Il se rassure étant certain de l'intervention d'Alstom pour le tirer de là, assurance venant de plus de vingt années de bons et loyaux services dans cette entreprise.

Il découvre les règles du système judiciaire américain : jamais de procès (sauf pour les plus riches), toujours de la négociation. Il constate le peu d'expérience des avocats dépêchés par Alstom, puis le silence incroyable de celle-ci. Aucune visite de collaborateur, aucun message, refus des cadres de répondre aux demandes d'entretien de l'épouse ou du père de Pierucci. 

Un degré est franchi quand Pierucci reçoit sa lettre de licenciement pour abandon de poste, lui qui est incarcéré depuis plus de quatre mois dans une prison réservée aux prisonniers les plus violents en attente de procès.

Cet homme surmonte tout : les humiliations physiques et verbales, les conditions de détention inhumaines et le silence de son entreprise responsable de sa situation.

Les américains ont décrété la lutte contre la corruption pour n'importe quelle entreprise sur terre, et surtout si celle-ci empiète sur les plates-bandes américaines. Alors la sentence s'applique : paiement de centaines de millions de dollars au trésor américain, quitte à laisser exangue la dite entreprise, incapable dès lors de gêner les concurrentes américaines. Bien évidemment, les tribunaux européens ne pratiquent pas les mêmes règles envers les entreprises américaines, très peu poursuivies.

Aucune moralité de la part d'Alstom vis à vis de cet ex-employé incarcéré, payant une dette qui concerne Alstom. Aucune moralité de la part des américains pour faire plonger un homme afin de faire pression sur Alstom qui ne veut pas payer une infraction aux américains …

Edifiant et effrayant.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

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