Publié le 29 Avril 2020

Sylvain Tesson est original au sens propre. Qui aurait envie d'emprunter la route de la débâcle russe de Napoléon au jour près, c'est à dire en décembre, en side-car ?

Il est accompagné par deux amis français – qui n'iront pas jusqu'à Paris – et deux amis russes. Ils affrontent le froid, la boue, la neige, les gerbes gelées des camions qui les frôlent. Le soir, ils évoquent le repli de la Grande Armée, à l'aide des mémoires de Bourguignon et de Caulaincourt qui furent aux côtés de Napoléon.

Tesson use de mots peu communs, transforme les noms en verbes et abuse des formules, cela ne gâche en rien notre bon plaisir. Il nous donne à réfléchir tout en nous amusant de ces rudes conditions de voyage.

C'est instructif et très drôle en même temps, donc rare … et cher à nos cœurs de lecteurs.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 26 Avril 2020

Ce roman dépeint la vie de la famille Chapochnikov pendant le siège de Stalingrad fin 1942, début 1943. Chaque chapitre raconte une bribe d'existence pour constituer le puzzle familial, chaque bribe apporte sa touche de couleur au récit, couleur terne, sombre ou joyeuse, selon. Nous nous approchons au plus près des vies, des besoins, des questions, des préocupations de toutes ces personnes. Puis les situations se font plus intenses : l'entrée dans le Ghetto, dans la chambre à gaz, dans le bureau d'interrogatoire de la Loubianka, où sont les services secrets soviétiques. 

Grossman n'a rien omis, le plus futile comme le pire, dans le camp, sur le champ de bataille, dans l'isba, dans l'appartement défoncé, dans la maison résistant à l'ennemi, au sein du laboratoire de recherches.

Bien sûr certaines personnes ont plus souffert que d'autres mais le général qui doit décider d'envoyer ses chars conduits par des gamins sans expérience, souffre de les mener à la boucherie. Il prétend plus souffrir que son rival amoureux qui est interrogé à la Loubianka.

Des images fortes restent après avoir refermé ce chef-d'oeuvre. Par exemple, les bolcheviques continuaient à exercer leurs pressions à l'intérieur des camps de prisonniers russes. L'encerclement des allemands à la fin du siège de Stalingrad aurait pu être évité si Hitler lui-même ne leur avait pas enjoint de continuer à se battre puisqu'il leur faisait encore confiance. Il y a aussi ce petit passage où Staline décide, alors que la guerre n'est pas finie, que les prisonniers russes rejoindront les prisonniers allemands dans les goulags après la guerre.

Bien sûr, ces faits sont plus ou moins connus mais là on mesure à quel point il est difficile de se dépêtrer du totalitarisme, de la peur entretenue à tous les niveaux de la société, avec un système avilissant de récompenses et de sanctions.

Heureusement, d'autres petits fragments de vie sont lumineux à leur façon, car il en ressort une très grande humanité. Il y a cette histoire de cette vieille femme qui sauve la vie de l'allemand qui avait tué le mari la veille. Il y a cet accouchement sur les planches glacées de la péniche. Il y a Natacha qui traverse Stalingrad complètement détruite, pour faire cuire les petits pâtés à la viande qu'elle offrira pour le départ de ses amis. Tous ces gens s'oublient, pour rester vivants et continuer coûte que coûte, en s'adaptant avec un immense courage. Ces beaux gestes consolent de la dureté.

Grossman met parfois son histoire entre parenthèses, en nous livrant ses réflexions, pour parfaire son message.

Lire ce livre offre l'occasion de savoir ce que les gens ont enduré, de leur rendre hommage, car leurs voix ont été tues. En effet, cet ouvrage n'aurait jamais dû être édité car il a été saisi par le FSB en 1969, chez l'auteur. Il franchira le rideau de fer et sera imprimé à Lausanne en 1980.

Chaque vie est précieuse et singulière. Nous avons tous en nous une petite graine de bonté à faire grandir.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature russe

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Publié le 22 Avril 2020

Cette excellente histoire est racontée a posteriori. Un jeune marchand d'art vend des œuvres. Elles intriguent un policier à la retraite : il y reconnaît les visages d'enfants tués il y a bien longtemps. C'est très complexe, il y a beaucoup d'informations qui donnent envie de le relire. La psychologie des personnages est très détaillée et toute en finesse.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 21 Avril 2020

Ce roman nous narre la triste histoire d'un garçon d'une fratrie de onze enfants. Le père est perclu de dettes et grand menteur. La mère est dépressive, ne voulant pas ou ne pouvant voir les choses correctement.

Très bien écrit, ce récit dérange parce que c'est une intimité au fond peu intéressante, et qui finit par tourner en rond. Il y a quelques passages sur la résurrection du journal Libération qui valent le coup mais on n'en sort pas vraiment ébloui mais plutôt agacée ...

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 20 Avril 2020

Histoire d'indiens dans le Montana, vue par un petit garçon partagé entre la famille peu aimante et sa jeune fille indienne violée par l'oncle … protégé par le grand-père ex-shériff …. Bien raconté mais ne laisse pas trop de souvenirs finalement.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 19 Avril 2020

Histoire d'apprentissage de la lecture entre un écrivain et sa femme de ménage marocaine … L'écriture n'est pas assez littéraire pour avoir du plaisir à lire ce récit.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 18 Avril 2020

Yôko Ogawa maîtrise l'art de construire un univers infernal et original, à partir de faits pouvant être tout à fait réels. Une petite fille meurt brutalement, la mère décide de vivre avec ses trois aînés dans une grande maison un peu abandonnée, entourée d'un parc, avec fontaine et cours d'eau, le tout entouré d'un haut mur de briques. L'endroit appartient au père des enfants.

Seule la mère sort de l'enceinte – protectrice?- pour aller travailler. Dès le premier soir, elle impose à ses enfants de se trouver un nouveau nom désigné au hasard, dans une encyclopédie. Elle leur fabrique des accessoires à porter tous les jours : des ailes pour le dos de la plus grande, une crinière et une petite queue ronde pour les garçons. Elle leur demande de parler très doucement.

Passé la surprise – tout est surprise – il est clair que la folie de la mère est avérée, les enfants n'en ont pas conscience ou ils ne le montrent pas, ils n'ont pas d'autres repères. Ils ne réclament rien, ils ont peur. Ils appliquent toutes les règles imposées, surtout cette interdiction de sortir de la propriété, ils ont peur. Ils doivent se conformer au rythme décidé, comme chanter tous les soirs, ils ont peur.

Les enfants grandissent dans cet univers étroit, mais sans limites pour leur imagination, refuge de liberté. Le père n'apparaît jamais.

Des alternances avec d'autres moments et d'autres personnages apportent un peu de respiration et d'espoir à cette ambiance confinée. Puis tout se mélange, l'imaginaire et le réel, comme une sorte de délire intérieur.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature japonaise

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Publié le 16 Avril 2020

Magnifique livre qui commence comme un conte cruel, onirique, tout est magique, la nature, les chevaux verts … Et puis la sauvagerie se répand, elle se décline, elle se retourne contre tout le monde. A se demander si tout le livre a été écrit pour raconter la fin terrible, sans détours, sur la guerre civile, l'horreur, l'absurdité, tellement insupportables à lire. Je me suis demandé si un livre qui aurait été écrit seulement sur la fin de ce récit, aurait pu être publié et lu. 

C'est un témoignage exceptionnel sur l'horreur de la guerre. J'ai tout aimé : les personnages odieux, les descriptions, le style avec un changement de voix sans ménagement du lecteur.

Tout est parfait. Merci à l'oncle Lucho de me l'avoir conseillé.

 

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature sud-américaine

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Publié le 9 Avril 2020

Le sujet de ce roman est la narcolepsie, maladie rare. Elle déclenche chez ses victimes le sommeil sans prévenir, avec des conséquences dramatiques parfois. Claire cherche à vivre avec, en cachant aux autres ce véritable handicap. Par moments, elle est incapable de discerner si elle a rêvé ou vécu le moment.

Sa maladie l'isole, et fausse ses choix de vie.

Le récit est faible sur le plan littéraire, mais il dépeint parfaitement la situation de cette jeune femme, qui ne se résoud pas à être différente, voire qui a honte d'être malade.

Il en est de même pour bien d'autres vraies maladies qui ne se voient pas, donc qui ne sont pas prises au sérieux par l'entourage. Par conséquent, elles font doublement souffrir, parce qu'elles culpabilisent en plus.

Je pense à l'endométriose ou les intolérances alimentaires ...

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 7 Avril 2020

Un homme fuit ses responsabilités par peur. Il se trouve confronté, après douze années d'isolement sur une île suédoise, à la femme qu'il l'a abandonné, la fille dont il ignorait l'existence puis sa victime d'un acte de chirurgie ratée.

Les descriptions de la vie sur l'île, la mer, les oiseaux, les buissons donnent envie d'y aller ...

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature suédoise

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