Publié le 26 Février 2021

Gifty, une jeune californienne, consacre toute ses journées à la recherche sur la dépendance aux opioïdes. Elle n'a pas d'amoureux-se, très peu d'amies, une mère qui habite loin, en Alabama. Or cette mère lui est adressée par le pasteur car elle est en profonde dépression. Elle se retrouve ainsi à avoir la charge de cette femme qui ne se lève pas de son lit, refuse de manger et ne parle plus.

Gifty est obligée de faire face, et tous les souvenirs enfouis refont surface. La mère pensait offrir un bel avenir à son fils, ce fils a disparu tragiquement, le père a préféré la culture ghanéenne à l'américaine. Gifty – un cadeau ? - sait qu'elle n'avait pas été désirée, sa mère le lui a dit bien souvent.

Toutes ces douleurs sont évoquées en douceur, par petites touches délicates, sur fond d'église omni-présente, de déracinement culturel et de racisme ordinaire.

Yaa Gyasi dévoile peu à peu la façon dont les malheurs sont arrivés, avec des chapitres courts, pour laisser souffler son lecteur reconnaissant. La narration est délicate, rythmée, parfaite.

Le sujet central de ce magnifique roman est la perte, comment l'accepter ? Comment se reconstruire après ?

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 19 Février 2021

Dans un premier temps, qui ne dure heureusement pas, la lecture de ce roman est gâchée par une traduction calamiteuse, des fautes d'expression surgissent inopinément.

Puis assez vite, cette excellente histoire, aux ressorts si justes, a pris le dessus.

Ce besoin de réussir sa vie, ce besoin de quantifier la réussite sur les critères matériels est si bien décrit.

Les revers de situation sont bien vus aussi et, cerise sur le gâteau, il y a une bonne dose d'humour. Un régal.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 17 Février 2021

La Drina est une rivière qui sépare la Boznie-Herzégovine, la Serbie et le Monténégro. Le pont est le sujet de ce livre, et à cet endroit il n'est pas question du Monténégro. Le pont a été construit par un vizir turc au 16ème siècle. Les méthodes de recrutement des ouvriers étaient brutales, voir cruelles. Andric raconte toutes les péripéties diverses de la construction du pont, puis tous les évènements qui s'y déroulèrent. Où l'on découvre la puissance de l'empire Ottoman, puis comment celui-ci s'est désagrégé en quelques années alors qu'il régnait sur la vie de millions de gens pendant des siècles. L'invasion des autro-hongrois est stupéfiante, il n'y a aucune lutte armée, l'annexion est administrative, avec son cortège de règles, de mesures, de frénésie d'activité. Enfin, l'arrivée du chemin de fer ouvre les esprits de certains jeunes partis étudier et revenant avec des idées révolutionnaires, se confrontant avec ceux qui sont restés, sur fond de liberté et de consommation croissante. En ces lieux cohabitent de tout temps des musulmans, des chrétiens, des orthodoxes et des juifs. Les gens ont des origines géographiques diverses, les familles se déplacent au gré des invasions incessantes à cet endroit oscillant entre l'Orient et l'Occident.

 

La lecture peut se révéler un peu fastidieuse, difficile par manque de virgules qui oblige à relire les phrases. Andric prend tout son temps, n'hésite pas à répéter des faits, écriture d'une autre époque, où le lecteur était peu pressé. Mais il ne faut pas s'arrêter à ces désagréments. Ce livre nous présente une constellation de vies, avec leurs espoirs, leurs combats, leurs envies. Chaque personnage est intéressant et constitue à lui seul un petit roman. L'ensemble crée une mosaïque riche et variée.

Malheureusement, les états détestent les populations riches et variées, trop compliquées sans doute à assujetir. « Diviser pour régner » est la doctrine que les dirigeants ont appliqué à ce lieu maudit, où chacun méritait d'avoir sa place. Le poison s'est diffusé pendant tout le vingtième siècle. Ce livre est une leçon d'histoire, sur les difficultés rencontrées par ces gens qui n'ont pas envie de faire la guerre, ils ont envie de vivre gentiment, de leur labeur, voir les enfants grandir, des choix universels, en somme.

Andric a reçu le prix nobel de littérature quinze années après la parution en 1945 de ce roman. Il est peu connu car il ne voulait pas de publicité. Pour autant, ce livre est à classer avec « Vie et Destin » de Vassili Grossman, ces livres très éclairants qui abordent les conflits par la petite porte, celle des gens qui ont eu à les subir sans se sentir concernés.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature serbe

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Publié le 10 Février 2021

Les règles de la société indienne envers ses femmes sont mises à nues dans ce roman. Ainsi, une femme se punit elle-même d'être une femme ! La belle-mère vole et exploite la belle fille lorsque celle-ci entre dans la famille. Et la belle-fille doit faire des cadeaux somptueux, dont elle n'a pas les moyens, à cette belle-famille !

C'est un livre plein d'odeurs, d'images, les bracelets colorés, la bibliothèque … une plongée dans cet univers si lointain. Vraiment un très beau roman.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature indienne

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Publié le 9 Février 2021

Tom Wolfe raconte avec beaucoup d'humour, très grinçant, la vie de personnages très intéressants. Le sujet central est la ville d'Atlanta aux Etats-Unis. Voici un livre très agréable à lire et amusant, trop rare, plein d'idées.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 2 Février 2021

Pourquoi avoir écrit ce livre ? Pour avoir le droit d'être reconnue comme une victime. Etre reconnue comme victime donne la possibilité de vivre avec ce qui a fait de vous une victime.

La première moitié du livre dépeint la vie de petits enfants livrés à eux-mêmes, à qui l'expression des sentiments est refusée. Ils gênent les adultes, ceux qui savent. Ils sont enfermés par des injonctions permanentes, parfois contradictoires, tout est dit au nom de la liberté. De petits faits sont relatés, sans pathos, pour illustrer cette éducation « originale ».

Par exemple, la mère se moque de sa petite fille de six ou sept ans parce qu'elle lit la comtesse de Ségur. La mère lui demande de ne pas lui montrer qu'elle lit ce livre et se refuse à lui suggérer des lectures.

Camille adore sa mère, son odeur, sa gloire de professeur, ses discussions sur tous les sujets, ses yeux bleus.

Camille et ses frères, à leur retour de colonie de vacances, découvrent qu'ils ont déménagé et que leurs parents se sont séparés. Et la mère leur enjoint de considérer tout ça comme un « non-évènement ». Ce mot ne devrait pas exister. Cela n'existe pas. Surtout pour des enfants de sept ans.

Voilà le triste cadre dans lequel le beau-père pourra asseoir son emprise. Il va tous les charmer, et commettre l'inceste avec le frère jumeau.

S'en suit tout ce qui accompagne le crime : la culpabilité de la victime, le silence comme remède, l'impossibilité de continuer à vivre avec le secret, le besoin de loyauté.

Pourquoi la familia grande ? Ce sont tous les gens qui étaient autour d'eux, tous ceux qui ont pu voir, qui ont su et qui n'ont jamais consolé les victimes. Peine ajoutée à la peine.

Beaucoup à dire sur ce court livre, facile à lire et pénible à ressentir. Camille Kouchner est une lutteuse. Où trouve-t-elle toute cette énergie de vie ? Pendant trente ans, elle oscille sans cesse entre la culpabilité de se taire et le besoin de faire exploser la vérité pour enfin … vivre. Libérée.

 

 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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