philosophie

Publié le 11 Novembre 2020

Petit coup de fouet en direct du dix-neuvième siècle, d'un américain très religieux. Son objet est d'affirmer qu'il y a une volonté à être soi, à ne pas s'apitoyer, ne pas pleurer avec les malheureux.

Emerson parle aussi clairement que si il était là, les questions sont universelles, c'est étonnant.

Parenthèse importante : le traducteur est essentiel. Commencé dans la version traduite par Anne Wicke (éditions Michel Houdiard), j'ai souhaité acheter le livre pour le garder. Je ne reconnus pas ce que j'avais lu dans le livre emprunté à la bibliothèque. Je commandais alors la version traduite par Anne Wicke.

Son point de départ est que nous voulons écarter sans cesse nos propres pensées pour faire nôtres celles des autres. « La vertu la plus prisée est le conformisme ». Nous ne sommes pas sûrs de nous. C'est le problème. « Celui qui veut être un homme doit être non conformiste ».

Et il appuie son propos en écrivant « Rien n'est sacré que l'intégrité de notre propre esprit. Sachez vous pardonner d'être vous-même et vous obtiendrez le suffrage du monde ».

Les œuvres d'art « nous apprennent à rester fidèles à nos impressions spontanées, avec une joyeuse inflexibilité, surtout quand le choeur des voix leur est opposé. Sinon, demain, un étranger viendra nous dire avec un bon sens consommé exactement ce que nous pensons et ressentons depuis toujours et nous devrons accepter avec honte que notre propre opinion nous vienne d'un autre».

C'est vivifiant, réconfortant, moderne.

Depuis l'époque d'Emerson, ces phénomènes se sont amplifiés, en particulier grâce aux réseaux sociaux. Ils nous conduisent, par leurs moteurs d'inférence, à conforter nos idées et non les confronter. Cela nuit à la construction et l'évolution de nos personnalités.

L'éducation doit contrebalancer cette tendance, cultiver toutes les différences, les considérer comme des richesses.

Ce livre est une belle source de réflexion, des phrases qui vont droit au cœur … et à l'esprit. « Les hommes mesurent l'estime qu'ils portent aux autres à l'aune de ce que chacun possède, et à non à celle de ce que chacun est ».

Eh bien, tout est dit, n'est-ce pas ?

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Philosophie

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Publié le 13 Décembre 2019

La grande passion dans la vie de Pline fut l'écriture, qu'il mit au service de ses discours d'homme politique, d'avocat ou encore d'amoureux de la poésie. Il échangeait toutes ses idées avec ses contemporains du début du premier siècle dans l'empire romain à travers de nombreuses lettres, où là encore le plaisir d'écrire s'exprime, et dont le sujet principal est … l'écriture.

Il faut copier, traduire du grec au latin puis du latin au grec, réécrire … pour éprouver, exercer son esprit. Mais cela ne suffit pas car il faut aussi de l'imagination, de l'audace, du courage, de l'endurance … Pline le jeune exhorte ses amis à varier leur écriture … jusqu'à écrire en vers. La belle question de l'écriture est abordée de toutes façons, au sens propre.

Les dernières lettres présentées dans cet ouvrage sont adressées à Tacite, elles relatent une explosion du Vésuve avec une réalité impressionnante, alors qu'il n'avait que dix-sept ans au moment des faits.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Philosophie

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Publié le 5 Septembre 2018

Cet auteure m'a été conseillée par un acrobate, Julien Scholl de la compagnie Jupon. Ce document sera au cœur de leur prochain spectacle.

Sans rire, il faut avoir du courage pour lire ce livre qui emploie les mots spécifiques à la philosophie et chaque phrase a dû être pesée car la réflexion est intense. Mais c'est tellement riche !!! J'ai donc cité un bon nombre de phrases, pour ceux qui n'auraient pas le courage de le lire et qui voudraient savoir de quoi il s'agit.

Une notion essentielle du livre est le dire parrésiastique, décrit par Michel Foucault dans une de ses conférences. Le dire parrésiastique est tout simplement le dire vrai. Partant de là, il faut définir le dire vrai … et c'est ce que l'on pense, après avoir supprimé toutes les contingences qui déforment notre pensée. C'est l'adéquation entre ce que vit le sujet et ce qu'il dit.

Le parrésiaste dit surtout ce qu'il pense mais d'abord « il se lie à cette vérité, il s'oblige, par conséquent à elle et pour elle ». Pour qu'il y ait parresiâ, il faut que « le sujet en disant cette vérité qu'il marque comme son opinion, sa pensée, sa croyance, prenne un certain risque, risque qui concerne la relation même qu'il a avec celui auquel il s'adresse ».

Au fur et à mesure que le temps passe, le découragement, la mélancolie s'installent et adoucissent les déceptions, les inéluctables renoncements.

Le courage est de voir ce qui peut être, ce qui reste, connaître la peur, la mesurer, l'accepter, vivre le temps présent.

« Le vingtième siècle a en effet signé la fin des convergences, la fin des évidentes alliances entre le progrès et la raison, la morale et la science, l'éthique et la technique ».

Il faut veiller à savoir bien vivre. Rien de plus simple à énoncer, ni de plus difficile à mettre en œuvre.

« Maintenir le désir devant la vie qui s'efface ».

Tout un programme car en avançant dans la vie, il y a la décrépitude, la maladie, la mort, les absences définitives, les renoncements ...

Il faut privilégier ce qui est proche, modeste, sans calcul, s'en réjouir tout simplement.

Le courage c'est d'être heureux avec ce que l'on a et ce qu'on est, et rester vigilant.

Le savoir du courageux est le fait de savoir qu'il ne sait rien. Nous restons ignorants de l'éternité et de la finitude. « Vouloir contrer à tout prix cette ignorance nous éloigne du courage. » Par exemple, vouloir décider de tout, organiser sa vie pour ne pas à avoir éprouver son courage … Or la mort est là, rien ne peut être prévu pour s'y préparer.

« Le parrésiaste ne peut manquer d'humilité ».

Une personne n'ayant plus de reconnaissance au travail n'a plus d'estime de soi. En particulier, elle ne trouve plus sa place dans la démocratie. Une conséquence est qu'elle ne vote plus. On peut étendre ce raisonnement aux jeunes qui ne votent pas. Est-ce parce qu'ils ne se sentent pas à leur place dans notre démocratie ? Est-ce parce qu'ils ne se sentent pas considérés ?

Le courage est intrinsèque à la reconnaissance sociale. Or que deviennent les chômeurs ? Les retraités ? Les femmes au foyer ?

C'est une lutte perpétuelle pour conserver notre démocratie. Rien n'est jamais acquis. C'est aux riches de se préoccuper des pauvres, aux heureux des malheureux. La loi doit être en accord avec le droit.

Ce livre a été l'occasion de découvrir Victor Hugo homme politique, l'auteure cite des extraits de discours absolument magnifiques.

Il est question également du besoin d'imiter pour se définir. D'où vient ce besoin qui nous empêche d'accéder à notre moi ? A quel moment avons nous ce besoin ? 

« Le courage est sans doute l'unique façon de réhabiliter le moi et son unicité, et sa légitimité ».

« Le courageux ne cherche pas à être courageux. Il concilie son dire et son acte et devient par là-même courageux ».

« Le courage est sans victoire. Sans victoire, d'une part, car il ne parvient jamais à écumer le reste de la morale ». « Et d'autre part, parce qu'il y a souvent au bout de l'acte de courage un échec. Ce qui sanctifie le courage, ce n'est pas la réussite de l'opération mais bel et bien qu'il y ait eu courage, intention courageuse ».

«L'élan courageux sanctifie l'élan vital ». 

Est-ce que le courageux peut faire peur aux autres ?

« Le courageux est celui qui a la volonté de l'absence de ressentiment ». « II garde par devers lui le sens et la volonté de la joie ». « Et le sillage de la joie reste un rempart sûr contre le ressentiment et la mésestime de soi-même ». « La volonté de la joie évite la barbarie ».

Cynthia Fleury cite à de nombreuses reprises Vladimir Jankélévitch, comme par exemple : « Devenir n'est pas mourir à petit feu, ou se morfondre, mais se réaliser à l'infini ».

Elle nous interroge, certes, mais exacerbe notre volonté, notre liberté, notre unicité pour nous amener vers nous-mêmes.

« Refuser de miser sur la fuite du réel comme source du bonheur. Faire le pari de l'optimisme, c'est assumer la responsabilité d'un destin ».

C'est un livre très difficile à lire mais qui fait un bien fou, à méditer, à relire, pour y puiser une immense énergie.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

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