Une femme prend ses affaires pour partir. Elle ne quitte pas son mari. Elle a l'air très déterminée, on ne sait pas où cela se passe ni à quelle époque. Ils ont une voiture quand même et on sait que c'est aux Etats-Unis.
Finalement le mari l'accompagne. Peu à peu, l'auteur distille les informations, il ne reste qu'au lecteur à faire marcher à plein sa machine à imagination. Et à comprendre qu'il s'est trompé. Watson nous prend à revers, et oblige à changer d'avis sur les personnages que l'on croyait avoir bien cernés. Comme si cela ne suffisait pas, il nous entraine dans des situations pleines de surprises. Jusqu'à la fin.
En toile de fond, il y a la violence, les armes à feu, les paysages arides et fascinants. Vrai coup de cœur pour ce roman américain.
Histoire de Bergman racontée par lui-même. Ce qui frappe d'abord est son talent d'écrivain, c'est très bien raconté, avec des allers-retours très judicieux, il n'y a rien d'ennuyeux excepté quelques pages sur la fin. C'est très visuel, de la part d'un grand réalisateur de cinéma cela n'est guère étonnant, et très très cru par moments. Il n'hésite pas à raconter des détails qui rendraient honteux n'importe qui. C'est passionnant de suivre son chemin, ses rapports difficiles avec ses parents. Il a eu beaucoup de femmes et d'enfants, on s'y perd un peu. Il a des remords pudiques et réalise lorsqu'il est âgé combien il a pu être cruel avec ses femmes.
C'est très intéressant de voir aussi qu'il a puisé dans son enfance pour son film « Fanny et Alexandre » et ses désirs de meurtre de son père qui se réalisent dans son film … Il n'y a pas de morale, juste des passions. Une vie bien remplie. Il n'en a fait qu'à sa tête, sauf pour les impôts qui ont bien failli le faire sombrer définitivement dans la dépression. Cet épisode est intéressant car il met en lumière combien cette personne a été conditionnée à obéir avant tout aux règles. Il les a enfreintes à son insu et cela a été terrible pour lui quand la publicité de son manquement a été énorme, à la hauteur de sa popularité artistique. Peut-être que cette épreuve a été un vrai tournant pour lui au fond. Il a réalisé le poids de cette éducation horrible et s'en est bien débarrassé à cette occasion. Il est resté alors avec sa femme de l'époque jusqu'à son décès. Il était avec une personne très perspicace sur ses faiblesses et ne s'en cachait pas. Passionnant.
Le titre original est Honneur. Il est vrai qu'on pourrait penser que toute cette histoire se concentre sur un crime, tout de suite annoncé. Or il ne s'agit pas que de cela. La construction du livre est non seulement excellente, mais il est un condensé d'odeurs, d'impressions, de sensations. Comme il est annoncé d'entrée de jeu, il s'agit d'un drame et tout le long de l'histoire, on tremble pour tous les personnages … et finalement, ce sont tous des victimes. Rien n'est complètement noir, et le personnage le plus amusant arrive en prison, a l'air complètement allumé mais est d'une très grande générosité.
Nous ignorons cette notion d'honneur portée à ce paroxysme. Ce récit est une démonstration brillante et éclatante de vérité car l'écriture est tellement efficace que chaque personnage a une cohérence et une profondeur qui nous les rends bien réels et compréhensible. Parfait pour découvrir d'autres cultures, d'autres façons de vivre.
Ce roman démarre comme un mauvais livre pour adolescents, puis le stress arrive sans faire de bruit. D'entrée de jeu, le meurtre est annoncé et la progression est inéluctable pour arriver à l'acte. Les personnages ne sont pas sympathiques ; on ne comprend pas ce qui lie le héros aux autres, la fascination de l'argent peut-être, ou bien encore le fait qu'il soit accepté dans ce petit cercle parce qu'il a fait croire que lui aussi est d'un milieu riche ?
C'est une sorte d'automanipulation, il veut faire partie de ce groupe qui l'attire, à l'aide d'artifices extérieurs à son milieu pauvre et ennuyeux.
Le groupe s'est constitué autour d'un professeur qui a le goût du mystère et de la sélection. Il le jauge et l'accepte avec pas mal de facilité. Le piège se referme. Il semble qu'il a été retenu pour servir ultérieurement, alors qu'on sait qu'un crime aura lieu. Sera-t-il le bras armé ? La victime ? Tout le livre est une longue suite de jeux intenses, désespérés, qui m'ont plongée dans un univers fascinant de jeunes qui ont tout pour eux : l'intelligence, l'argent, la beauté et qui s'ennuient tellement. Ils ont été tant gâtés qu'il leur faut toujours trouver plus pour pimenter leurs vies sans but, ces vies qui pourraient continuer sans fin … Et c'est l'exaltation de la jeunesse qui va les mener à transgresser leurs personnalités et leurs règles. Tout est possible et plausible.
C'est glaçant car c'est minutieusement écrit, avec beaucoup de détails. Ces enfants sont beaucoup livrés à eux-mêmes et même si ils sont très doués, ils n'ont pas d'expérience de la vie, ce qui les mène à rester sous la coupe admirative de leur professeur qui distille son affection à ces êtres assoiffés d'attention. La seconde partie est consacrée aux cauchemars de la peur d'être découvert et au cauchemar de la culpabilité. C'est une spirale dévorante qui va les réduire à néant. Une fois le livre refermé, on a envie d'y retourner car la fascination l'emporte sur le dégoût, à l'instar du héros.
L'auteur s'inspire de sa propre expérience pour écrire ce roman à la première personne. Nous sommes à Calcutta, à la fin des années 30. Il est proposé à un jeune homme seul, cultivé, de s'occuper d'une immense forêt dans le nord est de l'Inde, la province du Bihar. Désoeuvré, il accepte le poste sans en mesurer les conséquences. Dès son arrivée, il se retrouve extrêmement isolé et souhaite retourner à la vie, la ville, son agitation, ses préocupations. D'autant que les personnes autour de lui ne parlent pas la même langue. Il est bengali, ils sont d'autres castes, comme les gantas. La forêt l'ensorcelle rapidement. Il découvre un univers infini et exceptionnel.
Sa mission est de découper la forêt en parcelles données ensuite en fermage à des gens qui viennent de nulle part et qui sont déterminés à améliorer leurs vies. Quitte à dormir dans des huttes de paille au bord de la forêt qui abrite tigres et chacals. Peu à peu, les champs recouvrent la surface de la forêt, à laquelle il s'est fortement attaché, ainsi qu'à ses habitants très peu communs.
Les descriptions sont vraiment superbes, très sensibles, on s'y croirait. C'est d'autant plus touchant qu'il s'agit d'un monde disparu.
Ce livre est considéré comme le premier roman écologique. C'est seulement un chef d'oeuvre que je quitte à regrets.
Seul petit bémol à l'intention de l'éditeur : certains mots employés en caractères italiques sont dans la langue d'origine, sans aucun glossaire auquel se référer. Au lecteur de s'adapter et d'apprendre les mots du cru, ce qui se fait bien entendu.
Ce roman raconte comment un salaud peut assouvir ses mauvais penchants dans un pays soumis à la dicature. Le récit est difficile à suivre parce qu'il y a nombre de personnages et de noms qui se mélangent. Les descriptions sont magnifiques et saisissantes car elles ajoutent une vérité à ce roman. On sent les odeurs, on voit les endroits, c'est très étonnant.
Le titre correspond tout a fait au sujet de ce roman. Son auteur n'a que vingt-huit ans quand il est publié en 1958.
L'histoire se déroule au sein d'un clan, au Nigéria, dans les années cinquante. Le clan est composé de villages qui appliquent tous les mêmes règles de vie, depuis des millénaires semble-t-il, où les ancêtres et les dieux ont une place importante. Le personnage central est un jeune homme très ambitieux, il veut être riche et puissant. Ayant beaucoup souffert de la réputation de son père, il ne veut en rien ressembler à celui-ci.
Nous assistons à son ascension sociale, occasion de découvrir la société et les coutumes du clan. Par exemple, les gens ne discutent pas les décisions prises par les anciens. Il existe une hiérarchie entre les anciens qui repose sur les mérites de chacun. Tout se déroule sans heurts même si à nos yeux, les règles peuvent s'avérer cruelles. Par exemple, les jumeaux sont abandonnés à leur naissance dans la forêt parce qu'ils portent malheur.
Certains sont moins bien lotis que d'autres, mais l'exemple du héros laisse à penser qu'il est possible d'évoluer.
Dans une seconde partie, l'homme et sa nombreuse famille – il a trois femmes – doivent s'exiler. Aucune discussion n'a eu lieu, c'est l'application de la règle. Grâce à l'entraide familiale et amicale, leur exil de sept années est surmonté.
La troisième partie est celle du retour au village, la reconstruction du domaine et … l'arrivée des blancs.
À vous de découvrir comment les évènements se déroulent. Le parti pris des colons anglais de savoir ce qu'il faut, ce qui est, ce qui doit être, est glaçant. Cette assurance démesurée du savoir emporte tout sur son passage telle une vague immense et destructrice.
Ce livre est plus qu'un roman magnifiquement écrit, c'est un document anthropologique sur les conséquences du colonialisme en Afrique. C'est édifiant et instructif.
L'effondrement se déroule en quelques mois, cette vague submerge toutes les croyances, les piliers millénaires sur lesquels la société fonctionnait. Glaçant.
Quel plaisir de lecture, ces courts chapitres, si fluides, avec de beaux personnages, la culture indienne, les Chippewa, les Cree, quel plaisir !
Et puis on est happé par ces histoires mêlées, les conditions de vie de ces indiens dans leur réserve sont rudes. Leur volonté, leur force, leurs valeurs l'emportent et cette lecture est vivifiante, revigorante, pleine d'espoir.
L'auteure nous raconte une histoire vraie, passée en 1954, celle d'un homme qui découvre que le gouvernement américain a décidé de voter la « termination ». Cela sonne comme terminer et extermination. En fait, un sénateur mormon a fait une proposition de loi visant à émanciper les derniers indiens. Ceux-ci vivent depuis plusieurs générations dans leur réserves. Supprimer le principe des réserves est louable en soi mais il consiste aussi à supprimer les contributions financières qui les aident à survivre et à occuper des terres pauvres où ils sont reclus. Et cette loi serait en quelque sorte l'ultime étape pour se débarrasser d'eux.
Cet homme, Thomas, n'a pas dit son dernier mot. Il va se défendre et défendre les siens pour empêcher cette termination, à sa manière d'homme pacifique, ouvert et lucide. L'histoire s'est répétée, les indiens ne peuvent oublier les spoliations et la violence qu'ils ont subie dans les pensionnats où ils devaient obligatoirement grandir.
Bien évidemment, le « Termination Act » est voté sans jamais solliciter les intéressés. Une fois encore, ils ne sont ni considérés, ni respectés.
Quel bonheur de lire ce livre enchanteur, prix Pulitzer 2021 !
Toutes ces coutumes indiennes sont si belles, si aimantes, si respectueuses au plus près de la Nature et des hommes.
Les personnages sont touchants dans leurs imperfections humaines. Difficile de quitter cette lecture bienfaisante. On est loin de la violence de « La malédiction des colombes ». Ce récit est plein d'amour dans une société qui reste brutale à l'égard des indiens. Gageons que cette brutalité a cessé depuis cette époque... Même si Louise Erdrich évoque les agissements de Trump contre certaines communautés indiennes dans ses remerciements.
Voici un très beau livre sur la filiation avec suspens jusqu'au bout. C'est très facile à lire et en même temps, intéressant. C'est curieux car j'ai beaucoup aimé et je ne suis pas triste de l'avoir terminé. Peut-être que l'écriture n'est pas très puissante ; pourtant il y a de très belles images. Et puis avec le temps, tout s'efface, plus d'impression, plus de souvenir à propos du récit. Très étonnant.