Ce livre est un très bon policier, plein de rebondissements. L'histoire est originale, et l'auteur nous distille des pensées plus complexes qu'il n'y paraît.
Même si ce n'est pas le grand roman qui marque, c'est très divertissant et fait passer un très bon moment.
Ce petit recueil de nouvelles est un délice de lecture. Le style est efficace, direct.
Dans la première nouvelle, un couple se retrouve après une longue séparation forcée de près de huit années. Ils sont encore jeunes, se sont beaucoup aimés mais ils n'ont pu construire leur vie ensemble.
Ils se croisent par hasard et décident d'aller admirer ensemble la première neige sur le mont Fuji. Ils se parlent tout au long du voyage puis à l'hôtel, pleins de respect l'un envers l'autre, de crainte d'aller trop loin, de trop en dire ou trop en faire, une immense délicatesse les unit.
La seconde nouvelle a un thème bien original : un écrivain visite un autre écrivain, bien plus âgé et qui ne communique plus du tout. Sa fille s'occupe de lui. Elle dialogue avec le visiteur, sans bien tenir compte de la présence de son père. Est-ce qu'un écrivain n'existe que par ses écrits ? Est-ce que le père existe encore en quelque sorte ? Voilà la question posée par Kawabata.
La troisième nouvelle et les suivantes sont évanescentes, inattendues. Les dialogues sont directs et ont des sujets saugrenus : la chute irrégulière des feuilles, le nombre de maîtresses d'un père. Des questions sont posées par le maitre de la littérature : à quoi tient une relation ? Une odeur ? Il souligne les lubies, la fragilité d'une relation, tout ce qui nous traverse et la profondeur des liens qui unissent les gens.
Tout commence à la plage, ils sont jeunes, ils viennent de se marier … et sont tous seuls. Puis l'auteure nous détaille l'histoire de Lotto, le jeune marié, l'histoire de ses parents.
Lotto se conforme à ce qu'on lui demande, il a une réputation à tenir, il la tient. Il suit son instinct qui le guide à Mathilde.
Il est toujours le petit garçon de son papa décédé et sa mère lui a coupé les vivres pour lui apprendre à grandir. Elle n'aime pas la belle-fille qu'elle n'a jamais rencontrée.
Celle-ci est juste bonne à baiser – c'est dans le livre à de nombreuses reprises – elle n'en demande pas plus, et doit faire bouillir la marmite. Pourtant, elle sait ce qu'il va faire, ce qu'il sera. Et lui se laisse guider, centré sur lui, ne s'intéressant pas du tout à Mathilde. C'est une sorte d'inversion des rôles « classiques » entre l'homme et la femme.
Nous suivons ce couple pendant plus de vingt ans, avec le regard posé sur lui. Elle prend le relais ensuite. Les révélations fracassantes permettent de « tenir » jusqu'à la fin.
Lauren Groff aime les digressions qu'elle place entre crochets pour mieux nous prendre à parti et prendre le parti de celui ou celle dont on parle à ce moment-là. Cela donne parfois l'impression de gagner du temps sur ce qui doit être ressenti et épargne les descriptions ou anecdotes fastidieuses à raconter. Ou alors c'est un parti pris pour mieux nous saisir … et ne pas nous laisser en spectateur.
Le récit s'emballe par moments, et hop, il change de direction. C'est peut-être la démonstration que le déroulement des évènements ne tient à pas grand chose. Le rythme est très inégal.
Les personnages sont déplaisants, ne suscitent pas d'intérêt, sauf à la fin, et ils sont assez tristes. J'avoue avoir ressenti un dégoût croissant à la lecture de ce livre, car rien de beau n'en sort. C'est une escalade de vengeance entre personnes blessées, cruelles et seules.
Là encore, il y a de la surenchère dans la violence pour entretenir l'intérêt du lecteur, sans laisser la place à la réflexion subtile. Que raconteront les romans américains dans dix ans ? Il paraît que Barack Obama a adoré ce récit, alors ce n'est pas prêt de finir.
Ce deuxième tome de la trilogie berlinoise est violent, complexe et très surprenant, sans doute à l'image de la société berlinoise en ce début Août 1938.
L'été est brûlant à Berlin, le héros – Gunther le détective privé – sent autour de lui une effervescence très particulière, la guerre est imminente.
Le statut des juifs se dégrade, la nuit de cristal aura lieu en Novembre. Philip Kerr a l'art de décrire avec force détails toute l'ambiance délétère de l'époque, les petits arrangements de certains, les gros profits éhontés des autres. Tout se dérègle et devient fou. Par exemple, il y a ces quêtes obligatoires pour les bonnes œuvres nazies.
Rien n'est sûr et dès le début de cette histoire, Bernie Gunther perd son associé sans comprendre comment ni pourquoi, le comble pour un détective privé. Il est alors tout de suite recruté par ses anciens employeurs de la police, de force bien évidemment, pour enquêter sur des meurtres de jeunes filles allemandes de type aryen.
Son esprit non formaté devrait faire des merveilles pour découvrir le ou les meurtriers et stopper l'hécatombe. De plus, cet homme ne craint plus grand chose.
C'est une immersion dans un passé pas si lointain, où tout le monde semblait perdre pied. Passionnant tout simplement.
Les carnets commencent en mai 1935, Camus est âgé de vingt et un an.
Ce qui frappe tout de suite, c'est sa maturité. Il a un recul incroyable et une plume magique pour synthétiser en une ou deux phrases une pensée fugace.
Camus était un homme très libre, dans ses mouvements, ses choix. Il prend le temps de contempler le soleil du soir dans la mer, d'observer la courbe du corps des femmes qui l'excitent. Ce n'est jamais vulgaire. Il les aime d'une façon désuète, regarde leurs corps et les commente, comme des œuvres d'art, avec beaucoup d'amour.
Ces notes prises au fil de ses pensées sont des ressentis, des idées pour ses histoires, des sensations, des émotions de lecture.
Certaines phrases sont de purs bijoux, justes, allant droit au cœur.
Je n'imagine pas comment il pouvait être dans la vie courante mais toutes ces richesses intérieures devaient l'occuper beaucoup et il avait sans doute besoin d'être seul pour laisser tout ce flot de pensées s'écouler en lui.
C'est très touchant et étonnant de lire la pensée d'un homme qui savait si bien les transcrire.
Ils sont jeunes, ils s'aiment. Franck est infirmier aux urgences. Emilie reprend sa thèse de littérature sur un romancier anglais. Cet auteur mythique s'en donne à cœur joie sur le sexe et la violence dans ses polars.
Elle part trois mois sur une île d'Ecosse où cet auteur a perdu la vie mystérieusement après vingt années de retrait de la vie « normale ». Elle a pour tout compagnon le gardien de l'île.
Frank la rejoint pour assister au congrès annuel en l'honneur du romancier, impatient de la retrouver après toutes ces semaines sans elle. Nous suivons les atermoiements de Franck, il ne sait pas trop ce qu'elle pense et elle ne semble pas trop pressée de le revoir... Voilà.
Ce récit est ponctué de ces « journées d'études » fastidieuses sur les polars. C'est caricatural et ennuyeux comme cela se doit. Alice Zeniter décrit un univers triste et pathétique, à l'instar de ce couple.
Heureusement, Stock, le personnage du gardien, pimente l'histoire. Il aime boire et fait découvrir à Franck les trésors de l'île où il a toujours vécu.
Celui-ci, littéralement noyé par son obsession pour Emilie, s'intéresse peu à Stock.
Le point de départ du livre était prometteur mais l'ennui et la déception ont pris le dessus.L'oubli est arrivé bien vite.
Voici l'histoire de Gina, jeune fille de quatorze ans, orpheline de mère à deux ans, choyée par son général de père. Elle est élevée par sa gouvernante française, à Budapest. Elles visitent l'Europe pour y découvrir ses richesses culturelles.
La vie rêvée prend fin avec l'arrivée de la guerre en Hongrie, et le départ de la gouvernante pour la France. Un soir, le père déclare à sa fille qu'ils partent le lendemain pour une destination inconnue, elle ne doit emporter avec elle que le strict minimum. Il ne lui en dit pas plus.
Ils partent à l'autre bout du pays, elle va se retrouver dans un pensionnat.
Voici le résumé des deux premières pages du livre … Et le suspens tient tout au long de ce roman merveilleusement écrit, très évocateur.
Il nous plonge dans un univers très étrange qui n'est pas sans évoquer le totalitarisme. Szabo l'a écrit à la fin des années soixante, époque soviétique pour la Hongrie.
Certaines situations ou dialogues sont provoqués par des règles absurdes devant être appliquées coûte que coûte.
Ce livre est vraiment excellent, divertissant et éclairant.
Elle a quatorze ans, vit seule avec son père dans une maison isolée sur une côte américaine. Son grand-père vit près d'eux dans son mobil-home, il est alcoolique.
Le père fait subir à sa fille toutes les violences possibles. Il est instruit et lit des livres de philosophie. Elle est très douée pour le maniement des armes et passe son temps libre à les nettoyer.
Nous sommes dans la tête de Julia, incapable de saisir les mains qui se tendent, loyale envers son père.A la moitié du livre, on pense qu'il ne pourra plus rien arriver de pire que ce qui s'est déjà passé, mais non, ce n'est pas fini.
Tallent aime les répétitions : elle se traite de petite connasse, elle gobe des œufs pour son petit déjeuner et jette les coquilles dans le compost, elle lance la bière à son père à la cuillère. Ces répétitions accentuent sans doute le désespoir, elles peuvent donner l'impression que tout est immuable.
Le rythme est haletant, il ne laisse pas de place au recul, à la réflexion, tout s'enchaine si vite. Par exemple, je ne me suis pratiquement jamais demandé ce qui fait que le père est si épouvantable. Je pensais seulement à sa fille, comment et quand elle pourrait s'en sortir. J'ai ressenti du voyeurisme en continuant à lire.
Mais nous sommes dans la tête de Julia, elle non plus ne se pose pas de questions au sujet de son père et nous n'avons pas d'élément pour expliquer ce père imprévisible.
Certains livres où la violence est reine, évitent de nous ressentir comme voyeurs. Je pense à « La malédiction des colombes » ou « La chorale des maîtres bouchers » de Louise Erdrich. Faut-il une quantité de violence suffisante pour plaire ? Pour retenir l'intérêt de lecteurs blasés ? Je pense aux « Professeurs de désespoir » de Nancy Huston qui s'appliquaient dans le registre pour choquer et interpeller les lecteurs anémiés.
Car ce roman a été un best-seller lors de sa sortie aux Etats-Unis en 2017. Est-ce une dénonciation des armes à feu ? Le père n'a pas besoin d'elles pour maltraiter sa fille.
Tallent décrit très précisément la nature, en citant de nombreuses plantes inconnues. A un moment, le père évoque les obèses, incapables de prendre soin d'eux d'après lui, et du coup, insensibles à dégradation de la planète. Cette remarque est surprenante de sa part, car il n'hésite pas à brûler du plastique en quantité. Complètement déroutant.
Il s'agit d'une enquête policière très originale menée par un détective privé dont la qualité principale est l'humour. Il lui en faut beaucoup pour vivre en cette période sombre de l'Allemagne, en 1936, à la veille des jeux olympiques de Berlin. Tout semble inédit : la demande d'enquête par une femme anti-conformiste, les situations incroyables dues en partie au contexte. Philip Kerr dépeint cette société de gens qui ont peur ou qui sont plus opportunistes que jamais.
Ce livre, très simple, très agréable à lire, est plein de rebondissements.
L'auteur a certainement fait de nombreuses recherches pour nous mener aussi loin dans les détails de la vie quotidienne du berlinois en 1936.
Les Violettes de mars – nom original du livre – sont ces gens convertis à la cause nazie sur le tard. Les personnages sont nombreux, les lecteurs ayant des difficultés avec les noms allemands devront dévorer rapidement ce livre, sous peine de se perdre.
Kerr éclaire en divertissant le lecteur et c'est un régal. C'est le premier livre de la Trilogie Berlinoise.
Cyril Dion a réalisé avec Mélanie Laurent le film « Demain », sorti en 2015. Il fait le bilan depuis ces trois années.
Tout d'abord, il constate que « rien » ne s'est produit à la hauteur des enjeux, le péril devient plus immense et il cherche à comprendre pourquoi. Pourquoi il ne se passe rien ? Pourquoi on n'en parle pas plus ? Il a de multiples explications, la présence des écrans dans nos vies modernes étant l'une d'entre elles. J'y ajouterai nos profondes mutations : notre impatience (i.e. Notre habitude à vouloir tout faire le plus vite possible), notre manque de courage et notre désert intellectuel. J'avais envie qu'il évoque la télévision – même si elle est en perte de vitesse - avec ses faux rêves, surtout que tout est facile et à portée de main-, elle touche une bonne partie de notre population vieillissante. J'avais envie qu'il parle des migrants, victimes aussi du climat.
Notre société de communication n'apprécie guère les discours alarmistes. Et la conjoncture dirige l'intérêt des populations vers les aspects économiques plutôt qu'écologiques.
Pas de solutions présentées, mais des renvois à des sites internet pour montrer ce que font les autres. Au lecteur de se « bouger » pour trouver ses propres idées. L'idéal est que les gens se réunissent pour former des groupes gérables et capables de traiter au mieux les problèmes, de façon démocratique.
Cyril Dion sait bien que les lecteurs de son livre sont déjà préoccupés par le problème, sinon ils n'achèteraient pas son livre. Il préconise de construire des récits autour de la défaillance écologique pour toucher plus de gens, leur donner envie de chercher des solutions et de les mettre en œuvre. Alors à nos plumes ...