Wendy vit à New York, elle a treize ans. Elle veut rejoindre son père qu'elle connait à peine en Californie. Sa mère s'y oppose. Le compagnon de celle-ci est parfait et ils ont un petit garçon de quatre ans. Wendy adore son petit frère. Amélia est sa meilleure amie, elle est « prête à tout » (titre d'un autre livre de Joyce Maynard ...).
Bref, elle mène une vie sans histoire, ou presque. Et puis le 11 Septembre, tout bascule. La mère ne rentre pas de son travail dans une des tours jumelles. C'est l'attente infernale. Voici juste le début de ce roman.
L'auteur nous laisse entendre qu'il est plus aisé d'être jeune face à l'adversité, il est nécessaire de laisser le libre arbitre aux victimes pour les aider et toute forme d'art : dessin, musique, lecture est un baume pour l'âme blessée.
« Frankie Adams » de MacCullers et « Le journal d'Anne Frank » sont les livres de chevet de l'héroïne qui se construit non seulement par son épreuve mais aussi dans ces lectures.
Il y a des passages très forts d'humanité, où un personnage peu attrayant de prime abord, se révèle d'une grande philosophie.
Le message le plus important reste qu'il faut toujours beaucoup d'amour avec quiconque et dans n'importe quelle circonstance. C'est la seule richesse qui reste au delà de la mort. Et les souvenirs de cet amour restent pour ceux qui n'ont d'autre choix que de continuer à vivre, et cela les rend forts pour surmonter le chagrin.
La solitude des personnes de l'entourage des disparus est immense dans cette histoire. Rien ne leur est proposé, ils doivent mettre leurs petits papiers de recherches partout sur les murs de la ville, en souhaitant un signe quelconque. Aucune aide ne leur vient. Et ils vivent une situation inédite, difficile à décrire. Joyce Maynard nous amène à ces gens par le biais de ce roman.
J'ai été gênée par certaines réactions de Wendy, trop mâture à mon goût et qui m'ont empêchée d'y croire par instants. En revanche, le récit est très bouleversant.
Cet auteure m'a été conseillée par un acrobate, Julien Scholl de la compagnie Jupon. Ce document sera au cœur de leur prochain spectacle.
Sans rire, il faut avoir du courage pour lire ce livre qui emploie les mots spécifiques à la philosophie et chaque phrase a dû être pesée car la réflexion est intense. Mais c'est tellement riche !!! J'ai donc cité un bon nombre de phrases, pour ceux qui n'auraient pas le courage de le lire et qui voudraient savoir de quoi il s'agit.
Une notion essentielle du livre est le dire parrésiastique, décrit par Michel Foucault dans une de ses conférences. Le dire parrésiastique est tout simplement le dire vrai. Partant de là, il faut définir le dire vrai … et c'est ce que l'on pense, après avoir supprimé toutes les contingences qui déforment notre pensée. C'est l'adéquation entre ce que vit le sujet et ce qu'il dit.
Le parrésiaste dit surtout ce qu'il pense mais d'abord « il se lie à cette vérité, il s'oblige, par conséquent à elle et pour elle ». Pour qu'il y ait parresiâ, il faut que « le sujet en disant cette vérité qu'il marque comme son opinion, sa pensée, sa croyance, prenne un certain risque, risque qui concerne la relation même qu'il a avec celui auquel il s'adresse ».
Au fur et à mesure que le temps passe, le découragement, la mélancolie s'installent et adoucissent les déceptions, les inéluctables renoncements.
Le courage est de voir ce qui peut être, ce qui reste, connaître la peur, la mesurer, l'accepter, vivre le temps présent.
« Le vingtième siècle a en effet signé la fin des convergences, la fin des évidentes alliances entre le progrès et la raison, la morale et la science, l'éthique et la technique ».
Il faut veiller à savoir bien vivre. Rien de plus simple à énoncer, ni de plus difficile à mettre en œuvre.
« Maintenir le désir devant la vie qui s'efface ».
Tout un programme car en avançant dans la vie, il y a la décrépitude, la maladie, la mort, les absences définitives, les renoncements ...
Il faut privilégier ce qui est proche, modeste, sans calcul, s'en réjouir tout simplement.
Le courage c'est d'être heureux avec ce que l'on a et ce qu'on est, et rester vigilant.
Le savoir du courageux est le fait de savoir qu'il ne sait rien. Nous restons ignorants de l'éternité et de la finitude. « Vouloir contrer à tout prix cette ignorance nous éloigne du courage. » Par exemple, vouloir décider de tout, organiser sa vie pour ne pas à avoir éprouver son courage … Or la mort est là, rien ne peut être prévu pour s'y préparer.
« Le parrésiaste ne peut manquer d'humilité ».
Une personne n'ayant plus de reconnaissance au travail n'a plus d'estime de soi. En particulier, elle ne trouve plus sa place dans la démocratie. Une conséquence est qu'elle ne vote plus. On peut étendre ce raisonnement aux jeunes qui ne votent pas. Est-ce parce qu'ils ne se sentent pas à leur place dans notre démocratie ? Est-ce parce qu'ils ne se sentent pas considérés ?
Le courage est intrinsèque à la reconnaissance sociale. Or que deviennent les chômeurs ? Les retraités ? Les femmes au foyer ?
C'est une lutte perpétuelle pour conserver notre démocratie. Rien n'est jamais acquis. C'est aux riches de se préoccuper des pauvres, aux heureux des malheureux. La loi doit être en accord avec le droit.
Ce livre a été l'occasion de découvrir Victor Hugo homme politique, l'auteure cite des extraits de discours absolument magnifiques.
Il est question également du besoin d'imiter pour se définir. D'où vient ce besoin qui nous empêche d'accéder à notre moi ? A quel moment avons nous ce besoin ?
« Le courage est sans doute l'unique façon de réhabiliter le moi et son unicité, et sa légitimité ».
« Le courageux ne cherche pas à être courageux. Il concilie son dire et son acte et devient par là-même courageux ».
« Le courage est sans victoire. Sans victoire, d'une part, car il ne parvient jamais à écumer le reste de la morale ». « Et d'autre part, parce qu'il y a souvent au bout de l'acte de courage un échec. Ce qui sanctifie le courage, ce n'est pas la réussite de l'opération mais bel et bien qu'il y ait eu courage, intention courageuse ».
«L'élan courageux sanctifie l'élan vital ».
Est-ce que le courageux peut faire peur aux autres ?
« Le courageux est celui qui a la volonté de l'absence de ressentiment ». « II garde par devers lui le sens et la volonté de la joie ». « Et le sillage de la joie reste un rempart sûr contre le ressentiment et la mésestime de soi-même ». « La volonté de la joie évite la barbarie ».
Cynthia Fleury cite à de nombreuses reprises Vladimir Jankélévitch, comme par exemple : « Devenir n'est pas mourir à petit feu, ou se morfondre, mais se réaliser à l'infini ».
Elle nous interroge, certes, mais exacerbe notre volonté, notre liberté, notre unicité pour nous amener vers nous-mêmes.
« Refuser de miser sur la fuite du réel comme source du bonheur. Faire le pari de l'optimisme, c'est assumer la responsabilité d'un destin ».
C'est un livre très difficile à lire mais qui fait un bien fou, à méditer, à relire, pour y puiser une immense énergie.
L'histoire se passe de nos jours en Californie ; une jeune femme, Mae, débute dans une société appelée le Cercle. Mae est solide, sûre d'elle, elle sait ce qui lui convient, comme sortir en kayak pour se retrouver.Elle est heureuse d'être embauchée, se sent privilégiée d'avoir été choisie. D'entrée de jeu, le malaise est là : son amie qui l'a cooptée lui fait une sombre blague à son arrivée dans l'entreprise.
Le Cercle est une société high tech, un mélange de Google, Apple, mais en plus grand. Il y a tout ce qu'il faut sur place pour que les dix mille employés se sentent chez eux, y compris des chambres d'hôtel améliorées … des fois que le temps ait si vite filé au travail. Mae est confiante, elle ne remarque pas trop les attitudes étranges, ou elle préfère ne pas les voir. Assez vite le piège se referme sans qu'elle s'en rende compte et les responsables de cette entreprise ont des comportements semblables à ceux des gourous de secte.
Cette dystopie est très agréable à lire même si l'auteur ne se prive pas de décliner tout le fonctionnement du Cercle, avec force chiffres et détails qui ajoutent à la gêne. Les mots employés par Cercle sont Communauté, Like, … toute ressemblance avec ce que vous savez n'est sans doute pas fortuite.
Le livre, publié aux Etats Unis en 2013, est pour moi une dénonciation de nos choix de société faits sans notre consentement. Or c'est ce qui nous arrive déjà. Les revenus doivent désormais être déclarés par internet. Tout savoir sur la santé d'un patient via sa carte vitale permet de transmettre ensuite ces informations aux mutuelles. Celles-ci sont des organismes privés qui ne se « privent » pas d'exploiter toutes ces données.
Dans ces deux cas, l'Etat décide qu'il en sera ainsi. Mais pour combien de temps ? Qui décide des recherches à mener ? Certaines sociétés privées très riches peuvent déjà se permettre de chercher des moyens de prolonger la vie, de conserver les ovocytes de leurs employées … sans aucun débat éthique.
Le Cercle supplante les politiques sans difficulté, impossible de ne pas penser aux fake news, aux dernières élections américaines où les réseaux sociaux ont eu un rôle certain. Il n'y a aucun intellectuel ni journaliste dans cette histoire.
L'héroïne est obsédée par l'amour virtuel des autres, conditionnée par le discours ambiant, très manipulateur, où tout repose sur la crainte de déplaire. Or est-ce si grave de déplaire ? Non, bien sûr. Pourtant Mae est désespérée dès qu'il lui manque un « like ». Le rythme effréné des tâches à accomplir et les efforts à faire pour faire partie activement de la communauté, l'empêchent d'avoir du recul et de penser.
Par ailleurs, il est impossible de refuser de faire partie du système, c'est à dire de regarder sans cesse les autres, sans cesse parce qu'il y a stimulation constante, et d'accepter d'être observé. Les moyens de surveillance sont tels qu'il faut bel et bien disparaître pour y échapper, et ce, au prix de l'éloignement et de l'isolement total.
Eggers nous fait respirer un peu en introduisant un personnage énigmatique qui va à l'encontre de ce Cercle oppressant. Mae est intriguée, mais est surtout très attirée sexuellement par lui. Elle enfreint les règles seulement dans le cas où son instinct sexuel prend le dessus. Celui-ci ne peut pas être manipulé. L'introduction de ce personnage est géniale car le lecteur ne peut s'empêcher de se demander si il ne s'agit pas d'une mise à l'épreuve de Mae.
Le Cercle est un livre dérangeant, mais son univers est plausible. Quelle sera la prochaine frontière franchie dans le tout numérique ?
Dans Budapest après la seconde guerre mondiale, sans illusions, sans ambitions, deux jeunes garçons déambulent avec pour tout espoir faire un jour pitié aux californiennes qui pourraient alors … leur tailler des pipes !
Imre vit avec sa famille dans une maison coincée entre les rails de la gare, pleine du bruit et de la lumière des phares des trains. Le jardin est quotidiennement maculé des déchets jetés par les fenêtres.
Ses parents se respectent mais il n'y a pas d'amour entre eux. Aussi bien la situation de la maison que celle des parents ne peuvent avoir lieu qu'à l'ère soviétique. Tout y est absurde mais on s'accroche à ce qui est, de crainte d'avoir moins en voulant changer.
Alice Zeniter raconte avec délicatesse cet univers froid et brutal, la lente évolution de ce garçon qui doute de lui, dans ce monde incertain. Il va croiser la route d'une jeune femme toute différente, très sûre d'elle, qui voit la vie en noir et blanc. Il en est ébloui et prend cette rencontre comme un cadeau.
Au delà de ce récit original parce qu'il met en scène des gens ayant vécu avant et après la chute du mur de Berlin, l'auteur dresse un tableau touchant de la Hongrie, pays qui n'intéresse personne, sans paysage marquant et bien malmené par l'Histoire.
Ce livre est très beau, touchant et d'une lecture très agréable, même si le propos est assez désabusé.
Dès les premières pages, la curiosité est piquée, elle ne lâchera plus le lecteur jusqu'à la fin.
Un homme est échoué sur une plage écossaise. Il ne se souvient de rien, ni qui il peut être. Très rapidement, il ressent en lui une volonté de fer, implacable, sans savoir pourquoi. Il dépense beaucoup d'énergie à trouver, tout en ayant le sentiment qu'il ne doit révéler à personne cette amnésie.
Alors qu'il est presque sur le point de réussir à se « retrouver », la recherche reprend de plus belle. Cet échec ajoute à l'énigme principale, à savoir qui il est, et sera expliqué en toute fin du livre. La construction du récit est vraiment parfaite, le rythme soutenu et les personnages très complexes. Et le propos en toile de fond est relatif à l'écologie, thème bien actuel.
Que du bonheur à la lecture de ce livre, impossible à poser, avec un suspens de plus en plus intense, une vraie performance. Non seulement il y a des retournements de situations, mais le héros abdique lorsqu'il n'en peut plus. Aurait-il entendu la plainte de la lectrice qui l'implore d'abandonner ? C'est très fort de la part de Peter May.
Comme pour sa trilogie écossaise, les descriptions superbes donnent envie de se précipiter dans le nord de l'Ecosse où se déroule l'action.
Ce livre est à lire en été. La température des hauts fourneaux, la plage en plein midi, la tension des situations donnent très chaud.
L'histoire est terrible et magnifique en même temps, à l'image du décor comme cette « plage » entre deux bâtiments industriels, envahie par les chats errants, avec toute la pollution possible.
Le récit raconte la relation entre deux filles de ces cités abandonnées de tout espoir, très belle, très forte, dans une cité industrielle toscane, dans les années 90.
Elles sont pleines d'énergie, rayonnantes de leur amitié. Cette amitié est suffisante pour surmonter toute la violence autour d'elles, la laideur du lieu. Celle-ci est accentuée par le contraste avec l'île d'Elbe fréquentée par les touristes, de l'autre côté de la mer. Elles l'observent sans cesse, comme une promesse qu'un ailleurs est possible.
Ce lieu inaccessible fait partie du décor comme les cours de béton, les barres d'immeubles.
L'auteur répète à plusieurs reprises de petits faits insignifiants pour marquer un peu plus la désolation. Par exemple, il y a cette petite fille qui fait pipi sur les marches de l'escalier de leur immeuble. Ce fait est présenté comme anodin … et le fait que ce soit présenté comme anodin ajoute à la misère déjà grande.
Et pourtant, il va se passer quelque chose de beau dans ce décor sale et désoeuvré. Rien n'est noir, malgré tout. Il n'y a pas d'apitoiement car les personnages ne se l'autorisent jamais. Seulement de la dureté, comme l'acier. Tout est visuel, sensoriel.
Le tour de force de ce livre est de donner réellement envie au lecteur de se rendre dans cet endroit perdu, grâce à des descriptions fascinantes.
La morale est la suivante : tout est possible, l'amour et le beau, surtout. Un grand coup au cœur.
Ce polar raconte l'histoire d'un flic qui s'intéresse par hasard à une série de morts dûes à des piqûres d'araignées « Recluse ». Il est seul contre tous à trouver ces morts suspectes et doit, grâce à son charisme incroyable, se faire aider par les membres de son équipe. Chacun d'entre eux est une nature unique.
En marge de l'énigme principale, des meurtres et des harcèlement sont résolus. Le commissaire est très doué, rien ne lui échappe grâce à son sixième sens, et il n'hésite pas à faire appel à tout le monde, y compris son frère, avec des moyens parfois discutables.
Tous les personnages, très nombreux, font l'objet d'une description très détaillée, et les particularités sont répétées, au cas où le lecteur aurait oublié.
Chaque élément du décor est précis : la camionnette est non seulement jaune mais du jaune de la Poste. Voilà ; j'ai été noyée par tout ça et il en est resté une impression désagréable de lire du club des cinq pour adultes.
Après la lecture du du « Dernier des Camondo » de Pierre Assouline (article du 26 Mars 2018), j'ai eu envie de visiter la maison que le comte Moïse de Camondo comptait léguer à son fils Nissim. Celui-ci étant mort sur le front de la première guerre mondiale, Moïse décida d'offrir cette demeure à la République Française pour inciter toute jeune personne ayant envie d'être artiste ou artisan à découvrir les trésors du 18ème siècle qui y sont accumulés.
Cet hôtel particulier est intact, rien n'a changé depuis la donation en 1934, excepté quelques aménagements pour la visite. Tous les objets, tapis, revues, assiettes, horloges … sont là pour l'éternité semble-t-il.
La famille, elle, a brutalement disparu en 1943. L'état français, bien reconnaissant, a déporté Béatrice, la sœur de Nissim, son mari Léon Reinach, et leurs deux enfants d'une vingtaine d'années. Aucun ne reviendra. La famille de Camondo s'est alors définitivement éteinte. Elle avait pourtant cru en l'Etat qu'elle avait si bien servi.
Sur les murs de la cour du Mémorial de la Shoah se trouvent les noms de cette famille, Béatrice n'est pas sur le même mur que les autres, étant décédée l'année suivante.
L'entrée du Mémorial est dédiée à Simone Veil, deux albums de belles photos en noir et blanc retracent sa vie. Il y a un livre d'or pour lui dire merci. Et puis quelques marches pour descendre, encore une installation immense, toute grise de béton pour se rappeler, et la voix de Sandrine Kiberlain et d'une autre femme qui lisent à haute voix, sans interruption, les noms des 76 000 juifs de France morts en déportation.
Encore quelques marches et nous y sommes. Pour commencer la visite, un film retrace l'histoire de la persécution des juifs de tous temps. Même si le film est très explicite, je ne comprends toujours pas cette haine, si profonde, si ancienne.
Tout au long de la visite, il y a des petites vitrines avec sur chacune d'entre elle, un cahier accroché, le nom et le visage de la personne déportée. Dans la vitrine, des lettres de celle-ci, des effets personnels et le petit cahier raconte certains moments de sa vie. Ainsi cette jeune fille étudiante à la Sorbonne qui ne peut pas présenter l'agrégation parce que juive. Elle raconte dans une lettre l'humiliation ressentie lors de sa première sortie avec l'étoile jaune sur son vêtement.
Tous les thèmes possibles sur les exactions commises à l'encontre des juifs sont présentés avec des photos, des phrases simples et claires, des documents de l'époque.
Des écrans permettent d'écouter des déportés racontant leur voyage pour le camp, les tâches avilissantes, la déshumanisation.
Un couple relate comment, alors qu'ils étaient tous deux déportés depuis des années, ils se retrouvent dans le hall de l'hôtel Lutetia bondé de gens désespérés. Elle est énorme à cause d'un oedème, lui fait 32 kilos. Ils se reconnaissent immédiatement.
Simone Veil raconte aussi, presque au bord des larmes, toutes les peines encourues. Elle dit n'avoir plus jamais été comme avant à son retour, elle a abandonné une partie de sa vie dans le camp.
Le témoignage le plus frappant est celui de cette femme, jeune fille à l'époque pleine d'espoir. Elle a cru tout le temps de son enfermement que, dès que les autres pays seraient informés de l'existence des camps, ils interviendraient immédiatement. Il ne pouvait en être autrement.
Enfin, Vivette raconte la ration de pain donnée chaque soir, pour tout repas de la journée. Cette ration est maigre mais qu'il serait bon de pouvoir partager le lendemain matin avec son amie, ce qui aura pu être gardé, malgré les vols. Elle survivait pour ces matins de partage, sa portion d'humanité qu'elle avait su conserver en elle dans cet enfer.
Au détour d'un mur chargé de photos, voici une photo de Simon Wiesenthal. Il n'a pas le droit comme Claude Lanzmann à un écran où une interview est projetée. Son statut de chasseur de nazis est indiqué. Sa petite place est sans doute dûe à toutes ces incohérences dans ses récits de déporté. Et pourquoi pas ? Les gens n'avaient pas envie d'entendre à leur retour, il a cru bon peut-être d'exagérer pour être écouté.
Avant de partir, un tableau présente la répartition par pays des 6 millions de juifs morts en déportation. Les trois millions de juifs polonais représentaient 89,5 % des juifs polonais avant la guerre. Mêmes proportions pour les lituaniens et les tchèques, en moindre nombre. Que sont devenus ces rescapés juifs polonais, lituaniens et tchèques ? Plus personne à retrouver, plus rien certainement, plus envie de revenir peut-être.
Les murs de la dernière pièce sont recouverts des photos des juifs français morts en déportation, c'est infini et concret en même temps.
J'ai eu envie de pleurer pendant les trois heures passées dans cet endroit. Je devrai y retourner car je n'ai pas tout regardé, c'était suffisant pour une première fois. On a beau savoir que l'on sait, il faut revoir encore et encore, les photos de ces gens, leurs témoignages. Il y a toujours à apprendre.
Je repense à cette lettre d'un homme incarcéré au camp de Pithiviers. Il sait qu'il va être déporté et qu'il ne reviendra pas. Il écrit une lettre magnifique à sa femme. Il sait que c'est la dernière. Relire cette lettre n'est pas du voyeurisme, juste perpétuer la mémoire de ces victimes, leur donner une parole.
Ne pas oublier doit nous rendre plus tolérants, ouverts, généreux.
Ce livre, sorti aux Etats Unis en 1961, a été un succès d’estime dans les milieux littéraires. Publié sur le nom « Revolution Road », il retrace la vie d’une jeune famille d’américains moyens vivant dans la banlieue de New-York, leur maison est sur la Revolution Road, nom prometteur. Frank est pédant et se regarde vivre sous l’oeil admiratif d’April, sa jeune femme qui rêve aussi sa vie. Les rêves se rejoignent parfois mais pas toujours. Les hasards de la vie sont là pour les éprouver. Frank et April sont très conformistes alors qu’ils se veulent différents des autres, au-dessus des autres. Ils critiquent sans cesse leur entourage. Par exemple, Frank s’observe pendant une discussion avec son responsable et pense déjà à la façon dont il narrera le soir la scène à sa femme, pour bien mettre se mettre en valeur et montrer combien son responsable est méprisable.
La description de son travail est digne du film « Brazil » de Terry Gilliam, chacun occupe une place interchangeable dans ce dédale de bureaux minuscules placés sur un plateau. Il traite un dossier ou ne le traite pas, aucune importance pour lui comme pour les autres. Il est désinvolte mais tout le monde l’est, alors pourquoi pas lui ?
Je dois reconnaître que la lecture de ce livre est une épreuve car il est magnifiquement écrit et juste de cruauté, les atermoiements des personnages sont d’actualité. Yates va très loin dans les abysses de l’âme humaine, avec la grâce de ne pas avoir l’air d’y toucher. Il prend son temps pour décrire les dérives de ce petite couple a priori inoffensif. Il y a de la violence, beaucoup d’alcool. Seul un vrai (?) fou ayant la permission de sortie dominicale sait désigner directement ce qui ne fonctionne pas dans les relations autour de lui. Cela peut être drôle quand il s’agit du comportement de sa propre mère.
Tout le long de la lecture, on se pose plusieurs questions : jusqu’où ira ce couple ? A quoi tient un couple ? A ses projets ? Ses mensonges ? Les hasards tout simples comme une visite impromptue qui déclenche une colère ou au contraire évite l’inéluctable ?
Ce récit est glaçant de vérité, trop juste, trop désespérant, ce qui explique peut-être qu’il n’a pas rencontré son public au moment de son édition.
Le titre est déjà une promesse de réconfort pour parent perdu.
Isabelle Fiolliozat nous guide avec simplicité et bienveillance, avec pour unique but de progresser et surtout pas de culpabiliser, réflexe pourtant courant.
Or la culpabilité est un frein à la relation et pour la résolution des problèmes.
Une des pistes pour se sentir mieux en tant que parent est : - être en contact avec ses propres émotions, - avoir un sentiment de sécurité à l’intérieur de soi, - quels que soit leurs comportements ou paroles, les enfants n’ont pas le pouvoir de détruire le parent, - ne pas craindre le regard des autres, - s’aimer (tout simplement !).
Mais vouloir élever ses enfants est bien plus compliqué qu’il n’y parait puisque « Nos réactions violentes envers nos enfants ont aussi une autre dimension : celle de la vengeance de notre propre enfance ».
Ce livre est non seulement écrit de la façon la plus simple possible mais chaque sujet est ponctué de nombreux exemples très courants. Il propose dans sa deuxième partie un coaching, des exercices, une réflexion plus poussée sur sa propre histoire, une vraie boite à outils pour mieux bricoler ces relations rêvées idéales et si douloureuses parfois.
A offrir à tous les parents curieux et désireux de mieux faire.