Publié le 7 Janvier 2026

Ce livre est composé de lettres, d’interviews, de comptes-rendus, de mails, de réflexions, de photos. Les dates ne se suivent pas forcément, il y a beaucoup de noms, de gens ayant des liens de parenté avec Elisabeth, surnommée Betsy. Elle est l’arrière-grand-mère de l’auteure. Tout cela est bien vite surmonté au détour d’une phrase sensible, d’un évènement curieux, qui finissent par accrocher, révolter aussi.

Nous sommes en juin 1940. André, le mari de Betsy, lui écrit des lettres avant leur mariage. Il est sur le front, elle est réfugiée dans le Limousin. Ils se sont croisés à une soirée, il l’a trouvé intelligente et le lui a dit. Elle est conquise. Ces lettres sont dignes d’un extrémiste religieux, il la prévient de ce qu’il attendra d’elle une fois qu’elle sera sa femme. Je ne comprends pas comment on peut avoir envie de se marier avec un forcené pareil, quand bien même il deviendrait ingénieur de l’école polytechnique. Ce qui fut le cas.

Je ne comprends pas comment elle veut se marier avec lui alors qu’elle ne le connait que depuis deux mois. Peut-être voulait-il la décourager de se marier avec lui ? Il n’aurait pas le courage de lui refuser ce mariage qu’il ne se serait pas pris autrement.

Je ne comprends pas comment les parents de Betsy l’ont laissée le rejoindre pour se marier avec lui, d’autant que la France est en guerre.

Ces incompréhensions amènent des questions. Ce n’est qu’un début, il y aura encore d’autres interrogations. Je vous laisse le soin de vous poser les vôtres, en fonction de votre propre histoire.

Il est question ici de lobotomie, de l’enfermement des gens qui ne se conforment pas à ce qui est attendu d’eux, des colères et des silences transmis de générations en générations. C’est terriblement inconfortable.

Adèle Yon parle admirablement « Des familles où une organisation est faite en dehors de l’affect. Des mécanismes d’autorité, des valeurs bourgeoises où l’émotion, la parole, n’ont aucune place … ».

Enfin, pour mieux justifier la soi-disant démence d’une aïeule, on cherche dans la descendance la folie, en invoquant la malédiction, voire le problème génétique transmis. Et l’inconscient est si puissant que cette nécessité d’un mal maudit finit par se concrétiser pour certains.

Adèle Yon a réussi à débarrasser sa famille de ce mal qui la rongeait, elle relate cette démarche douloureuse dans ce livre bouleversant.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Document

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Publié le 29 Décembre 2025

Une femme se dirige vers la gare, elle semble hésiter, puis monte dans le train où elle a réservé sa place. Elle n’hésite pas à choisir le wagon, elle hésite sur son choix de partir. Elle n’a pas eu beaucoup d’occasion de décider pour elle dans sa vie.

Le compartiment est réservé aux femmes, c’est ainsi en Inde. Les femmes présentes ont aussi un long trajet à parcourir, partagent d’abord des oranges, puis leurs vies. L’une d’entre elles est à part, caste oblige. L’héroïne évoque son passé, tout ce qu’elle a subi, en sachant qu’elle ne reviendra jamais, ni sur son passé, ni vers sa famille à qui elle ne doit rien. Tous ses devoirs sont désormais terminés.

Anita Nair sait nous entrainer avec grande aisance dans ces portions de vie, bien évidemment si éloignées des nôtres. Il ressort de ces récits beaucoup d’humanité, malgré ces règles si rigides et si dures envers les femmes. Il arrive même que les femmes exercent des pressions sur d’autres femmes. Le sujet n’est pas nouveau, mais la manière de raconter ces parcours de femme encourage à découvrir ces situations désespérantes.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature indienne

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Publié le 29 Décembre 2025

Trois récits constituent ce livre : celui d’Arthur à Londres à la moitié du 19ème siècle, celui de Naryn au bord du Tigre en 2014 et Zaleekha à Londres en 2018.

Arthur est un personnage hors du commun, inspiré de la vie d’une personne, avec une passion totale pour le déchiffrage de l’écriture du passé. Cette passion le sort de sa condition malheureuse.

Naryn vit aux côtés de son père et de sa grand-mère. Celle-ci est radiesthésiste et conte sans cesse des histoires du passé. Naryn souffre d’une maladie qui la rend sourde progressivement. Ils partent en Irak pour le baptême de Naryn.

Zaleekha n’est pas apte au bonheur, c’est son mari qui le lui a dit en la quittant. Elle est chercheuse sur l’eau dans un laboratoire. Elle déménage sur une péniche sur la Tamise. Son oncle et sa tante veillent sur elle, ainsi qu’ils l’ont toujours fait depuis la disparition de ses parents.

Chaque personnage aurait pu faire l’objet d’un livre séparé. Maintenant, j’avais une préférence claire pour Arthur mais aurais-je pu lire ce qui concerne les autres héroïnes ? Pas sûr, et c’est peut-être le calcul fait par l’auteure qui aborde des sujets plus proches de nous, voire encore d’actualité.

Malgré un petit ralentissement au milieu de ce roman, les récits sont bien menés, ils se mêlent peu à peu.

Ce roman décrit des tragédies, passe des messages. Découvrir de l’intérieur les massacres, en donnant des visages aux victimes donne énormément de force pour relater ces catastrophes humaines. Impossible d’oublier ensuite ce qui s’est passé, alors que la lecture d’un article de journal laisse une faible trace. En particulier, je me souviens d’articles consacrés à l’extermination des yézidis par Daech qui n’ont pas eu la même portée que la lecture de cette histoire. Les histoires incarnées marquent plus sûrement que les articles de journaux, indispensables par ailleurs.

Cela peut sembler lourd à digérer tant il y a de sujets traités ici. Le principal est l’eau, enjeu de pouvoir depuis des lustres. Cette ressource n’est pas infinie, alors que nous avons grandi avec cette idée, et elle devient un point crucial pour l’avenir. Petite question qui gratte un peu : Combien sommes-nous encore à rincer la théière avec de l’eau potable ? Et pour prendre notre douche ? Et pour combien d’années encore ?

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature turque

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Publié le 29 Décembre 2025

Le roman « La végétarienne » de Kan Kang m’a plus donné à ressentir et à réfléchir que tous les livres lus ces dernières années. On sait pourquoi elle a reçu le prix Nobel de littérature.

La révélation sera « Nord et Sud » d’Elizabeth Gaskell, livre complet, palpitant, riche, sans fioritures.

Mon coup de cœur est le recueil de nouvelles « Autour de ton cou » de Chimamanda Ngozie Adichie, chaque nouvelle est un bijou, construite avec intelligence, bien sensible, impressionnante souvent. Et pour finir, du même auteur, « L’hibiscus pourpre », un roman éprouvant pour les âmes sensibles mais plein d’amour et parfaitement écrit à mon goût.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Eclat de voix

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Publié le 26 Décembre 2025

La lecture de ce recueil de nouvelles est un pur enchantement, porté par une écriture absolument parfaite. Nous y découvrons les parcours de femmes qui subissent, qui ont un « truc » autour de leur cou qui les empêchent. Sont dénoncés le machisme, les règles sourdes qui régissent les liens des femmes, entre elles, et avec les hommes. C’est très fort, bien amené, le racisme latent surgit par moments.

Chaque page tournée apporte son lot de sensations, toujours intenses, qui nous conduisent à percevoir la fragilité de l’exil, le poids du regard d’autrui, la peur de ne pas être conforme, en raison de la couleur de peau par exemple.

On mesure combien être étranger est délicat quand il est nécessaire de connaitre les règles de la nouvelle société où on veut se fondre. On doit les découvrir peu à peu, patiemment, au prix de déconvenues, au prix d’impairs commis sans intention, mais parfois avec des conséquences.

Ce recueil est fascinant, brillant, le meilleur sans conteste. Cette littérature sensible dessille mes yeux de blanche occidentale, et me conduit à apprécier ces femmes, drôles, courageuses, intelligentes et si éloignées de moi.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature nigériane

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Publié le 26 Décembre 2025

Nous pénétrons la société iranienne dans son cœur le plus douloureux avec ce récit d’un crash d’un avion ukrainien juste après son décollage de Téhéran. Cet attentat aurait été orchestré par le régime cynique pour alimenter sa propagande anti-américaine. Tous les événements sont décrits, détaillés, ce qui constitue un document rare et sensible, qui désespère profondément.

Comment se défaire de cette relation toxique avec ces gouvernants ivres de pouvoir, prêts à tout ? Et comment éviter au peuple iranien de tomber dans les bras d’un autre dirigeant qui se révèlera nocif d’une autre façon ? Le peuple iranien, comme n’importe quel peuple, ne mérite pas ce qui lui arrive. Cette lecture est difficile car elle pose des questions de façon juste et n’offre aucune perspective ou presque.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 23 Décembre 2025

J’ai été élevée pour me conformer aux autres, ne pas dépasser du rang qu’on m’a désigné et c’est un énorme effort d’avoir à justifier mes écarts, mes goûts qui ne sont pas ceux des autres, parce que je culpabilise d’être différente, de ne pas m’enchanter comme les critiques à propos de ce livre, le soupçon d’être stupide, pas à la hauteur, ne méritant aucune attention me traverse alors.

Lilia Hassaine m’a sauvée samedi dernier lors de son émission radiophonique en me délivrant le point clef de cette histoire. Je n’avais lu que 450 pages. Je me sens libre ainsi d’arrêter ma lecture.

Le sujet est une histoire de famille sur quatre générations. Laurent Mauvignier imagine ce qu’une ou un a ressenti, nous fait part parfois de ses doutes. Il brode, reprend, reprise ses phrases, certaines sont coupées par des digressions qui obligent à relire le début de celles-ci. L’agacement s’installe quand les faits sont répétés, au cas où on aurait oublié. C’est comme si rien n’avait été relu ou s’il fallait donner l’impression d’un grand livre en ayant beaucoup de pages. C’est vilain de penser ça car le sujet touche encore. Mauvignier nous dit : « À défaut d’amour, il reste le devoir ». Comment les malheureux soldats de la première guerre mondiale ne pouvaient pas s’exprimer sur l’horreur des tranchées. Comment un père régnait en maitre absolu sur sa maison. Comment la raison d’une fille douée pour le piano pouvait flancher après un renoncement imposé.

Devoir avant tout, et amour jamais. Trop de règles de toutes sortes imposées par la société, le regard d’autrui qui juge tout le temps. Avons-nous bien progressé ? Savons-nous bien nous aimer désormais ? Il reste les silences de famille, qui détruisent les victimes et permettent que la magie continue. Les plus libres s’en vont pour construire du neuf, tachant de ne pas répéter les erreurs.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 24 Novembre 2025

Nouvelles férocement fantaisistes. De l’une à l’autre, se retrouve un personnage, plus extravagant à chaque fois. Les histoires frisent la méchanceté, on sursaute, on sourit de moins en moins, on se demande comment Véronique Ovaldé va réussir à créer un lien avec la nouvelle précédente. L’écœurement vient, la sensation de lire un livre jeunesse, pas si grave au fond, aussi mais avec une sorte d’abandon sur la qualité de l’écriture inhérente parfois à ce registre. La place de l’imaginaire se réduit, celle de la réflexion aussi. Il ne reste presque rien une fois le livre terminé, de petits sourires peut-être ?

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 24 Octobre 2025

La première nouvelle de ce recueil est « Le planteur de Malata », récit mythique d’un auteur mythique pour moi. Il ne s’agit pas cette fois d’une histoire de marin, mais celle obscure d’un homme qui se retrouve dans un imbroglio. Cet homme a construit sa vie en installant une plantation sur une île, Malata. Il a fait venir des gens pour travailler dans cette plantation, celle-ci semble bien marcher. En revenant à terre pour régler des affaires, il se rend à un dîner, et s’étonne auprès d’un rédacteur en chef local de cette invitation. Il n’avait rien à faire là mais il est tombé indubitablement amoureux. Je n’en dis pas plus à ce sujet. Cette introduction a bien été difficile à comprendre, mais la magie du récit l’a emporté. Il est question d’honneur et de sentiments, j’ai bien pensé à Zweig en découvrant cette histoire toute en nuances.

J’aurais été avisée de la note du traducteur qui date de 1920 car le style m’a beaucoup heurtée et j’ai compris en découvrant que cette traduction a plus d’un siècle… et que le propose du traducteur est au moins aussi embrouillé que le début de la nouvelle. J’ai dû relire à plusieurs reprises des passages qui ont une construction étrange par moments. Conrad avait relu cette traduction, ce qui en fait le prix. J’avais eu cette impression de confusion pour d’autres roman de Conrad, mais moins prégnante.

Ces nouvelles sont brillantes et donnent un aperçu de la société de l’époque du début du siècle dernier. La deuxième a un suspense haletant très réussi.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

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Publié le 10 Septembre 2025

Philippa Motte nous décrit ici sa troisième crise délirante et son enfermement sous contrainte à l’hôpital Saint Anne. Ce récit est nécessairement douloureux car il ne dissimule rien des épreuves du malade mental. Tout commence par une immense fatigue, celle-ci pourrait être le signe avant-coureur d’une crise maniaque. Un mode de vie frénétique peut accélérer la crise.

Tout est décrit sans fard, lire ses mots permet de sentir combien c’est terrifiant, inhumain d’être « pris en charge » et ce, dès l’arrestation par la police. Rares sont les personnes qui lui montrent un peu de compassion, d’intérêt, elle se retrouve seule physiquement et psychologiquement. Elle tisse des liens avec d’autres malades.

Le système de Santé manque de moyens et la psychiatrie encore plus semble-t-il, sans compter les méthodes répressives très infantilisantes, parfois méprisantes, souvent angoissantes, sans rien pour rassurer le patient.  Il se trouve que la peur s’installe, la souffrance s’ajoute à la souffrance et le manque de confiance ne peut rien donner, d’autant que ces crises sont amenées à se répéter. Comment peut-on se réparer dans ces conditions ? Espérons que ce livre puisse être lu et amener à des progrès dans la prise en charge de ces douleurs.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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