Publié le 12 Avril 2025

L’américain Jake Adelstein nous raconte sa vie de journaliste au Japon, palpitante, très bien traduite, avec nombre de références en marge de la page pour en savoir plus. La lecture est agréable et riche d’informations sur le Japon, ce pays si différent du nôtre à bien des égards.

Ce juif américain arrive à dix-neuf ans pour étudier dans une des plus prestigieuses universités de Tokyo. Doué, brillant, il postule, après avoir terminé ses études, pour écrire dans le journal le plus vendu au Japon, tiré à l’époque, dans les années 1990, à neuf millions d’exemplaires. Il se lance avec humilité, apprend toutes les règles auprès de ses « senpai », les gens déjà en poste, tout en surmontant le fait d’être étranger, sachant que les portes se ferment vite ou ne s’ouvrent pas toujours à ceux-ci.

Son métier le passionne. Après avoir débuté dans une banlieue, le journal le conduit à traiter des affaires plus importantes. Il sacrifie très vite sa vie personnelle au profit de son travail, il s’investit totalement. Aucun retour arrière n’est possible, il a tant donné. Il a créé un réseau précieux d’informateurs de tous horizons. Il atteint le graal, il obtient des informations très sensibles sur un yakuza haut placé, puissant, qui aurait tué pas moins de soixante-dix personnes. Jake Adelstein le défie beaucoup trop, sa vie est en danger, ainsi que celle de son entourage. Il se heurte, alors qu’il vit au Japon depuis bien des années, à des différences entre les Américains et les Japonais. Ceux-ci ne partagent pas leurs informations avec les étrangers, ne condamnent pas la détention d’images pédo-criminelles. C’est très étonnant. L’auteur n’hésite pas à dénoncer la collusion entre les dirigeants et les yakuzas. C’est finalement très douloureux à lire pour quelqu’un qui aime le Japon.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 14 Mars 2025

Il est de certains livres comme d’un alcool fort, qui vous brûle à l’intérieur et vous donne une nouvelle clairvoyance. « La végétarienne » est l’un de ceux-là, un livre qui vous emporte très loin, rare sensation.

Yŏnghye fait des rêves épouvantables. Elle pense s’en débarrasser en cessant de manger de la viande.  Yŏnghye n’est jamais la narratrice du livre, excepté dans sa première partie, de façon fugace, à l’instar de ses rapports avec les autres. Son entourage n’a pas envie de savoir pourquoi elle devient végétarienne, personne ne s’intéresse vraiment à elle. Il est impensable de ne pas manger de viande dans cette société coréenne et Yŏnghye tente inconsciemment de provoquer un intérêt pour elle. Elle abandonne le soutien-gorge et finit par moments par se dénuder. Toujours le vide autour d’elle, les gens ont besoin toutefois de son corps, mais pas de sa personne, alors ils insistent de plus en plus pour qu’elle ingère la nourriture, qu’elle rentre dans le rang. On la force à manger, et de la pire façon.

Le manque de dialogue est évident, écrasant. C’est un plaidoyer pour l’écoute et le respect des autres, première marche pour se trouver, voire guérir de ses maux.

Ce petit livre de deux cents pages m’a touchée en plein cœur, il a créé en moi de nombreuses déflagrations, multipliées par ces images poétiques qui accompagnent le récit. L’imaginaire peut adoucir et ou agrandir les maux, les images. 

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature coréenne

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Publié le 11 Mars 2025

Le sujet de ce livre est justement un livre, son titre : La vie nouvelle. Il est écrit par deux hommes qui ne se connaissent pas et qui décident d’écrire ensemble un essai sur les invertis – terme employé à l’époque - en Angleterre, à la fin du 19ème siècle. L’homosexualité était alors interdite et les contrevenants risquaient la prison ou le bagne.

Au moment où la rédaction du livre est terminée, a lieu le procès d’Oscar Wilde. Les éditeurs deviennent frileux à l’idée de servir une cause maudite. Les deux auteurs font connaissance à cette occasion. Un éditeur plus courageux, plus en marge aussi de la société, finit par imprimer le livre et le diffuser.

L’un des auteurs, John, est un bourgeois bien établi, qui n’avait pas caché à sa femme son homosexualité. Il s’est marié sur les conseils de son père et du médecin de famille. Il a eu avec Catherine trois filles. Or son besoin de rapports sexuels avec des hommes l’obsède et il finit par créer une relation avec Frank, jusqu’à le faire vivre sous son toit, au vu et au su de tous. Catherine souffre énormément de la situation, elle n’a pas d’autre choix que de la subir, pour maintenir un semblant de vie familiale aux yeux de ses filles, parties de la maison puisque mariées ou étudiantes. Les filles voient Frank vivre dans la maison de leurs parents, sans poser de questions. John pense à lui en priorité, il est habitué à décider seul, comme le veut la société patriarcale de cette époque. Il ne discute pas, il impose. Il veut sa liberté. Frank ne se laisse pas gouverner comme Catherine, qui reste dépendante à tous points de vue de son mari.

Henry est un personnage plus complexe, un médecin qui ne pratique pas, essayiste, misanthrope, introverti, et non inverti. Il se marie avec Edith qui l’a prévenu avant leurs noces qu’elle aime les femmes. Ce couple vit séparément, et ne se fréquente guère, Edith partage sa vie avec Angelica. Henry n’exprime pas grand-chose, va chercher Angelica quand celle-ci s’est brouillée avec sa femme, par amour platonique pour sa femme. Edith utilise le paravent de la femme mariée pour asseoir sa position de conférencière respectable.

Tous ces mensonges, ces dissimulations reposent sur un silence assourdissant. La peur conduit tous ces gens à se taire, le danger est grand. Même Oscar Wilde, auteur réputé, a été condamné publiquement. Il a cru pouvoir s’exprimer sans danger, s’appuyant sur sa réputation intellectuelle.

Ma surprise a été grande à la fin du récit, de découvrir que ces gens ont existé, que certaines lettres échangées entre les deux auteurs ont été reprises par Tom Crewe qui est historien. Le style de ce roman est parfois poétique, puis rugueux, je ne sais pas si c’est dû à la traduction.

Ce livre rappelle que l’interdiction de l’homosexualité a conduit à des situations insensées et cruelles, que la liberté est coûteuse et les moyens de faire changer une société sont difficiles à trouver.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature britannique

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Publié le 10 Mars 2025

Ce roman est de prime abord un peu classique : une famille aisée en Irlande, quatre filles, un fils, une mère intraitable, un père effacé. Le tableau se fissure, un des filles est contrainte de se marier rapidement sans son consentement. Il se brise plus certainement lors de l’arrivée de Cynthia, la femme de Desmond, le fils. Celui-ci est complètement dépassé par la personnalité de sa femme, ils s’aiment éperdument, chose impensable dans cette famille rigide.

Tout se disloque, à cause de la dureté de la mère, inquiète des rumeurs, de la réputation et qui n’a aucune sympathie pour les autres. La première guerre mondiale survient. Desmond part au front en laissant femme et enfants. Sa plus jeune sœur, fascinée par la liberté de Cynthia, se rapproche de sa belle-sœur.

Ce roman décrit sans trop de manières les rapports entre les personnages dont la vie tourne dans un premier temps autour de la mère, que ce soit contre elle ou pour elle. Dans la seconde partie, Cynthia se découvre.

Le récit coule tout seul, servi parfois par des descriptions saisissantes, on se demande jusqu’où le malheur va aller, tant la dureté de la mère puis l’égocentrisme de la belle-fille impriment les caractères de leur entourage.

Molly Keane est une autrice à découvrir, à lire, par les amateurs de littérature anglo-saxonne du siècle dernier.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

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Publié le 17 Février 2025

Un souvenir me revient en lisant ce livre. Nous rentrons de la plage avec mes sœurs et nos voisines. Nous avons prévu de longue date notre forfait, économisé chaque centime. Enfin, nous allons réaliser notre fantasme : acheter une barquette de frites. Nous en avons tant parlé entre nous, en secret de nos parents. Je vois encore l’ainée de notre petit groupe distribuer chaque frite grasse et translucide. Le goût de la frite est incroyable, il est celui de la transgression. Je nous vois dans le petit sentier, à l’écart de la route, j’entends nos rires aigus de plaisir. Ce moment intense scelle entre nous une relation faite du plaisir et du secret.

Quelle femme ne s’est jamais affamée pour se faire plaisir, pour plaire, pour se plaire ? « L’alimentation s’impose, pour de nombreuses femmes, comme un lieu d’enfermement, de culpabilité, de honte, d’asservissement, voire de maladie grave ». L. Malka nous explique que le problème de l’alimentation pour les femmes n’est pas récent.

L’idée de cet essai est de constater puis de définir des valeurs communes pour se libérer des carcans et décliner chez chaque lectrice sa propre voie. « Le rapport à la nourriture est le bastion invisible du patriarcat ». Aie ! Si on se trouve trop grosse, on est un peu victime du patriarcat. Allons voir plus loin.

On infantilise les femmes au moins depuis le Moyen Age et charge aux hommes de contrôler leurs comportements, y compris en contrôlant leur nourriture. Question cruciale qui me vient aussitôt : est-ce que les femmes, en contrôlant leur propre nourriture, ne reprennent pas leur liberté ? Question subsidiaire ; comment faire cesser ce malheureux contrôle que les hommes, eux, ne subissent pas ?

Les extraits de traités de cuisine parus à la fin du 19ème siècle sont révoltants envers les femmes. Des expressions « à la bonne femme » ou « ménagère » apparaissent dans les recettes les plus simples. Et cette école de cuisine à Paris, ouverte aux femmes … en 1980 !

On pourrait dire qu’il y a un certain acharnement à exclure les femmes. Par exemple, elles n’ont pas le droit d’aller au restaurant à l’époque où ils se développent au début du 19ème siècle. Ainsi, il arrive parfois qu’une femme attende dans sa voiture devant le restaurant pour qu’on veuille bien lui apporter le dessert ou la glace, mangé dans la voiture et sans mets préalable, comme le mari attablé dans le restaurant.

La fin du livre est plus ardue, elle traite de l’anorexie, de la boulimie, du lien de ces maladies avec les abus sexuels.

Être gros a pu trahir une basse extraction sociale, être assimilé à de la paresse, à l’ignorance aussi. En avons-nous fini de ces préjugés ? Non, il est nécessaire de cesser de transmettre des jugements grossophobes, de stopper les « compétitions » de la plus mince et bien sûr, sur les réseaux sociaux, dans les magazines féminins. Chacune doit prendre soin de soi, s’aimer sans contrainte de genre.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Document

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Publié le 12 Février 2025

Après un début difficile à mon goût, je me suis laissé happer par l’histoire de Zohar, racontée par son fils. Je recommande une lecture rapide pour surmonter les digressions et le style parfois déconcertant. Parfois, j’ai songé aux récits d’Isaac Bashevis Singer, un peu d’étrangeté, un univers avec ces lois inconnues, énormément d’amour.

Zohar est né au Caire, sa mère est adorable, un peu sorcière et gentille. Je n’aime pas le mot sorcière mais quel est le nom pour désigner une femme qui a des dons et qui est généreuse ? Zohar fréquente la haute société par son travail. Les temps changent, l’avènement de Nasser est sur le point de se produire. On découvre que les nazis se « recyclaient » après la guerre au Moyen Orient aussi. L’un d’entre eux pourchasse Zohar, par haine brute pour les juifs. A tel point que Zohar doit fuir. Je n’en dis pas plus. La seconde partie est très différente et résolument marquante. Zohar trouve des compagnons d’infortune. On découvre la soif de vengeance pure et dure. Mais comment se construire quand les fondations ont été détruites ? Les personnages sont très attachants, on suit leur quête de justice en tremblant un peu. Ce livre permet, de très loin, de sentir l’abyssale souffrance infligée à tous ces survivants de la Shoah. C’est beau tout de même, j’ai adoré ce roman.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 10 Février 2025

Le sous-titre m’a attirée : « Comment guérir d’une mère mal-aimante ? ». J’ai rarement eu autant de peine à lire ce type d’ouvrage, à compter les pages restantes, tant il m’a touché au cœur. Susan Forward va droit au but et propose à plusieurs reprises à la lectrice de se faire aider pour aborder la dernière partie.

Le début du livre est consacré à la présentation des différents modèles de mère toxique. Susan Forward détaille ensuite les moyens pour se détacher des relations avec chaque type de mère. Elle préconise, entre autres, des éléments de langage, proclame une charte de la relation mère-fille, propose d’écrire à l’avance son argumentaire avant une conversation qui peut s’avérer difficile, écrire une lettre à sa mère et la lire pour soi à voix haute.

Des exemples sont présentés tout au long du livre, issus de son expérience de thérapeute. Elle incite à s’activer, c’est très stimulant. Il y a toujours à apprendre et à améliorer. Les questions me sont venues peu à peu, elles me donnent l’impression d’être plus préparée, donc plus confiante.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Document

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Publié le 8 Février 2025

Une idée séduisante : une femme écrivain en difficulté récupère le manuscrit d’un roman écrit par son amie qui était étudiante avec elle à l’université de Yale. En effet, celle-ci meurt dans ses bras, étouffée par un aliment avalé de travers. Il y a de longues digressions sur le monde de l’édition américain. En réalité, cela ne m’a pas fait rire, ni intéressée. L’héroïne devient paranoïaque, tout en devenant célèbre grâce au roman volé. La toxicité des réseaux sociaux est démontrée au passage, faisant et défaisant les réputations. J’ai abandonné la lecture à la moitié, malgré la recommandation de Stephen King.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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Publié le 5 Février 2025

Le roman commence sur les chapeaux de roue, avec une écriture qui me rappelle celle de Gabriel Garcia Marquez ou d’Isabel Allende. Un bébé est récupéré sur les marches d’une église par une méchante femme. L’enfant grandit dans un bidonville au bord d’un lac. Le pétrole est découvert, arrive alors son lot d’aventuriers et de gens cherchant une meilleure vie. Antonio profite aussi de celle nouvelle manne, en travaillant comme homme à tout faire dans un bordel. Il a quatorze ans. Le hasard fait qu’un jour un client sort devant lui sa boite à tabac. Antonio possède la même. Elle était placée dans ses langes … Voilà plein de promesses avec ce début flamboyant. Bonnefoy s’amuse des formules, souvent plaisantes, même si l’essoufflement peut survenir sans crier gare. C’est un bon récit palpitant qui décrit le Venezuela au siècle dernier.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature française

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Publié le 27 Janvier 2025

La difficulté à vivre lorsqu’on n’est pas être aimé est magnifiquement décrite dans cette histoire. Yara est une jeune femme qui évite les autres et est parfois agressive sans que cela soit bien justifié. Elle n’est guère aimable. C’est peut-être une des raisons pour laquelle elle perd son emploi dans une université, emploi de webdesigner et de professeur d’Arts Plastiques. Ce poste ne la satisfaisait pas tant que cela puisqu’elle aurait préféré être uniquement professeur mais il lui permettait d’aller chercher ses filles à la sortie de l’école. Ainsi, elle alliait sa vie professionnelle, sa vie de mère, sa vie de femme qui s’occupe de son foyer et sa vie d’épouse.

Yara est née à Brooklyn, fille de migrants venus de Palestine, tout comme son mari. Dans son milieu, il ne faut surtout pas dialoguer. Elle espérait tant pouvoir le faire avec son mari. L’argument du Mauvais œil est l’ultime raison pour éviter les discussions. Yara s’exténue avec les tâches ménagères pour enrayer la mécanique infernale de ses pensées, faute de pouvoir parler avec quelqu’un.

Elle réalise peu à peu qu’elle souffre sans cesse, qu’elle refoule des souvenirs douloureux et qu’il y a mieux à vivre. Elle veut sa liberté. Au fur et à mesure, Yara évolue et on se prend à l’aimer plus.

Ce roman donne une belle énergie, il est possible de surmonter les malheurs malgré tout, à force de courage. Le récit est émaillé de très jolies phrases, malgré une traduction parfois gênante.  

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature américaine

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