litterature turque

Publié le 20 Janvier 2021

Ce roman débute par l'acte de bravoure de Mevlut, un acte fou pour un garçon turc : il enlève la jeune fille dont il est tombé amoureux à un mariage. La vue de ses yeux a suffi à lui inspirer pendant trois ans des lettres enfiévrées. Son cousin l'aide dans cette expédition pour amener la belle de sa campagne à Istanbul, où ils vont vivre ensemble.

Une surprise l'attend.

Pamuk revient ensuite sur la propre arrivée de Mevlut à la capitale, ses débuts dans la vie partagée avec son père, la vente dans les rues le soir de la boza, yaourt au goût léger d'alcool. Son père est souvent en colère, se disputant sans cesse avec son frère. Les deux frères ont délimité un terrain, sur lequel ils ont construit ensemble une maison à pièce unique, dans un bidonville. Puis le frère a choisi un autre terrain, ils ont à nouveau construit une maison. Voilà comment Istanbul s'est développée et peu à peu les terrains ont été reconnus par les maires, avec ou sans pots de vin. Et ces gens sont devenus « riches » de ces parcelles insalubres. Mais ce manque de transparence a créé certains conflits.

La narration est originale : un des personnages raconte puis l'auteur reprend le récit. Jamais ennuyeuse, elle est lente, pour mieux apprécier cet étrange univers, cette ambiance, ces règles, et ressentir d'autant mieux les évènements vécus par les personnages, l'évolution de la société, l'influence de la politique et le poids des moeurs. Pamuk nous détaille avec une immense délicatesse les rapports familiaux.

Cette merveilleuse lecture à rebours de nos rythmes modernes est un genre de méditation sur le temps qui passe, l'acceptation des changements, comme voir ses filles adorées partir de la maison...

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature turque

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Publié le 13 Août 2020

Une jeune femme turque a décidé de s'installer au Brésil, à Rio, pour changer de vie. Elle donne des cours de langue pour subvenir à ses besoins. Tout ne se déroule pas comme prévu car Rio est une ville imprévisible et très déroutante. Les repères sont bien différents de ceux qu'elle connait.

Le roman commence par une chaleur oppressante, elle a besoin d'acheter des cigarettes, course bien anodine à première vue. Pourtant elle est très inquiète car le risque est grand de sortir. La violence est partout, tout le temps. Elle ne peut s'habituer à elle, et ne peut s'y soustraire. A cela s'ajoutent des conditions climatiques extrêmes. Les pluies diluviennes provoquent des catastrophes au lieu de soulager de la chaleur torride.

L'héroïne décide alors d'écrire un roman, son titre est « La ville dont la cape est rouge ». Ce sera le miroir lui permettant de surmonter ses difficultés d'étrangère. La cape recouvre tout, de sang surtout.

Ce roman moite offre des descriptions très fortes, certaines accompagnées d'humour, prouesse dans un contexte si rude.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature turque

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Publié le 18 Septembre 2017

Livre très brillant avec une belle écriture, une construction exceptionnelle, chaque chapitre est raconté par un protagoniste qui peut être une couleur, et très instructif sur la société turque de Constantinople à la fin du 18ème siècle.

Mais il s'agit plus que cela, il y a une histoire d'amour pas si simple, une histoire de changement d'histoire car on passe de la peinture qui représente ce que Dieu voit à une peinture qui représente ce que l'homme voit, une histoire de crime atroce suivi d'un autre crime atroce. Tout se répond comme dans un miroir infini.

Pamuk explique aussi les conséquences du changement de représentation graphique sur la mentalité des hommes, le fait que n'importe qui peut se faire réaliser son portrait, ce n'est plus l'apanage des sultans de posséder des peintures (cachées aux yeux de tous).

Tout le récit, magnifique par ses descriptions, est empreint aussi de violence : violence physique, morale, insécurité de la position sociale. Il révèle aussi la crainte et la détestation de l'Occident, une défiance qui ôte toute curiosité et empêche toute évolution. Celle-ci ne peut venir que de Chine, de Mongolie, mais rien de bon ne peut venir de l'Occident. Très instructif.

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature turque

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Publié le 20 Décembre 2016

Livre véritablement extraordinaire alors qu'il est oppressant comme ses héros sont oppressés par la folie, l'inculture, le manque de tout : les illusions, la beauté, l'espoir, la sensibilité. Seul Necip semble le plus "humain" et il meurt assez vite. Le héros est un poète réaliste. Il est envoyé en mission comme journaliste dans la ville de Kars afin de comprendre pourquoi les jeunes filles de cette ville se suicident.  Kars est une ville défunte, ville du fin fond de la Turquie. Très vite notre héros justifie son retour dans cette ville de Kars qu'il connait déjà, par son désir de retrouver Ipek qu'il a aimée autrefois. Il semble naviguer à vue parmi toutes les personnes qui "comptent" et qui le sollicitent pour le ramener à leurs causes. Lui ne pense qu'à retourner en Allemagne, accompagné d'Ipek. Kars devient une prison morale lorsque la neige bloque toutes les issues et qu'il devient acteur d'une répression organisée par les extrémistes artistes de théâtre. L'histoire est haletante et peu à peu, l'importance ou les rôles des personnages changent, comme la neige transforme un paysage...

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Rédigé par Hélène Daumas Objectif Livre

Publié dans #Littérature turque

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